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Vers une feuille de route suite à la Conférence régionale de Malabo

« Nous revenons de Malabo avec des éléments clairs pour l’établissement d’une feuille de route à cinq ans »

Décembre 4, 2015

Face à face avec Vincent Fautrel, Coordonnateur de programme sénior au CTA pour le développement des filières agricoles.

Question (Q) - De quelle façon la conférence régionale de Malabo a-t'elle permis au CTA de réaffirmer son engagement vis-à-vis de la région ? Quelles idées de projets spécifiques ont découlé de la conférence ?

La conférence régionale de Malabo a été un moment fort de notre engagement en Afrique Centrale. En effet, pour la première fois, le CTA a pu réunir l'ensemble des acteurs de la région, tant les décideurs publics que les représentants des organisations paysannes et du secteur privé, et s'entendre sur les enjeux et les opportunités liés au développement du commerce régional et des chaînes de valeur agricoles.

Ces trois jours d'intenses discussions ont surtout conduit les acteurs d'Afrique centrale à adopter une série de recommandations et résolutions très concrètes et à établir ensemble une feuille de route pour les cinq prochaines années. C'est précisément cette feuille de route qui va constituer le cadre d'orientation prioritaire des activités du CTA destinées à appuyer le développement du commerce régional et des chaînes de valeur.

Parmi les domaines prioritaires figurent la volonté de favoriser l'émergence d'un commerce structuré via la mise en place de systèmes d'information de marchés fiables, l'harmonisation régionale des normes et standards, le développement de systèmes de récépissés d'entrepôts et à long terme la possibilité de mettre en place une bourse régionale des produits. Le développement d'interprofessions régionales ou, de façon plus générique, de plateformes multi-acteurs a été également mis en avant comme priorité. Autant de chantiers sur lesquels le CTA est aujourd'hui prêt à accompagner la région.

Q - Suite à la signature du Programme indicatif régional pour l'Afrique centrale dans le cadre du 11ème FED, le CTA et la CEEAC ont amorcé une collaboration en faveur du commerce agricole régional, les chaînes de valeur stratégiques et la résilience face aux changements climatiques. Comment se déroule cette collaboration à l'heure actuelle ?

La collaboration entre nos deux institutions a démarré officiellement en juin 2015 avec en effet une première rencontre officielle à Bruxelles en marge de la signature du Programme Indicatif Régional (PIR) entre la CEEAC et la Commission Européenne. Il s'agissait alors de mieux comprendre quels étaient nos domaines d'intervention et priorités respectives mais surtout d'identifier ensemble les grandes lignes d'un programme de travail conjoint.

Cette réunion nous a donc permis de retenir les trois thèmes stratégiques suivants : développement du commerce agricole régional, promotion des chaînes de valeur stratégiques pour la sécurité alimentaire et enfin résilience face au changement climatique. Il a été aussi convenu lors de cette première réunion à Bruxelles de commencer par organiser ensemble la conférence de Malabo afin de pouvoir établir avec les acteurs de la région une feuille de route qui puisse servir de guide pour notre programme de travail conjoint sur les deux premiers thèmes.

C'est chose faite aujourd'hui puisque nous revenons de Malabo avec des éléments clairs sur les domaines de concentration pour les cinq prochaines années. Nos deux institutions travaillent maintenant à l'opérationnalisation de la feuille de route et notamment à la mobilisation des ressources humaines et financières. Quant aux questions de résilience face au changement climatiques, celles-ci devront faire l'objet d'un nouvel examen début 2016 en collaboration notamment avec la nouvelle agence technique sur le climat mise en place récemment par la région à Douala ainsi qu'à la lumière des discussions et engagements qui seront pris ces prochains jours à Paris, lors de la COP21.

Q - Parmi les dossiers traités lors de la conférence, figuraient les entraves au commerce régional des produits agro-alimentaires. Pouvez-vous expliquer de façon simplifiée quelles sont ces entraves et quelles mesures pourraient aider à les supprimer ?

Comme pour de nombreuses autres régions d'Afrique, les barrières au commerce régional constituent un enjeu important pour l'Afrique centrale compte tenu de son niveau d'insécurité alimentaire très élevé mais également des conséquences négatives sur sa balance des paiements, les importations représentant un coût en devises très important pour la région.

Il est donc nécessaire d'assurer une meilleure circulation des produits des zones excédentaires vers les zones déficitaires et de favoriser une meilleure connexion entre les principaux bassins de production et les zones de consommation, notamment les grands centres urbains. Bien évidemment, ceci passe en premier lieu par des investissements lourds au niveau des infrastructures (routes, centres de tri et de stockage, marchés de gros, chaîne de froid, etc.), une harmonisation des normes et standards ainsi que par un meilleur respect des textes règlementaires et une plus grande transparence dans leur mise en œuvre.

Il est important de documenter de façon plus systématique les entraves officielles et informelles de façon à ce que les opérateurs privés puissent avoir un argumentaire de poids lors de leurs dialogues avec les autorités régionales. L'exemple de l'Afrique de l'Ouest avec notamment le travail important mené par le Comité permanent Inter-Etats de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel (CILSS) et l'initiative 'Borderless' sur le suivi des flux transfrontaliers est à ce sujet assez éloquent et montre que des actions concertées peuvent avoir un effet positif. Le Comité CILSS, présent à Malabo, a d'ailleurs marqué sa disposition à collaborer avec la CEEAC et les différentes agences concernées afin de mettre en place un dispositif adapté et qui puisse faciliter le commerce régional en Afrique centrale. Le CTA, qui appuie également l'Afrique de l'Ouest sur toute une série de questions stratégiques dont celle du commerce régional, favorisera les échanges d'expériences entre ces deux régions qui font face à des enjeux communs.


VINCENT rondÉconomiste du développement de formation, Vincent Fautrel a travaillé dans le développement en Afrique de l’Ouest pour l’Orstom/IRD et pour l’AFD, puis à Paris en tant que responsable de projets sur l’Afrique et l’Asie dans les secteurs agriculture, pêche et agro-industrie pour un des principaux bureaux d’études européens spécialisés dans le développement. Au CTA depuis 2003, il est actuellement Coordonnateur de programme sénior pour le développement des filières agricoles..

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A propos de la conférence de Malabo