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Développement agricole durable : aider les jeunes à entreprendre

Août 12, 2016

Avec 50 à 70 % des jeunes dans les zones rurales des pays du Sud, le secteur agricole est un bassin d’emploi crucial pour les jeunes. Face au triple défi climatique, économique, démographique auquel ils sont confrontés, le CTA soutient l’engagement des jeunes dans les emplois verts dans les pays ACP.

À quelques encablures de l'échéance de sa stratégie pour la jeunesse 2013-2017, le CTA peut d'ores et déjà faire un bilan positif en termes d'appui à l'engagement des jeunes dans les chaînes de valeur agricoles, aux innovations, à l'entrepreneuriat et à l'utilisation des TIC dans l'agriculture, les grands axes de cette stratégie.

L'appui à l'organisation du deuxième Forum international « Jeunesse et emplois verts » (FIJEV) organisé à Niamey (Niger) en juin 2014, en collaboration avec la République du Niger et l'Organisation internationale de la francophonie (OIF), a constitué un exemple des actions de cette stratégie. Au cours de ce forum, plus de 200 jeunes de 18 à 34 ans ont concouru en présentant leur projet d'entreprise en matière d'agriculture durable, de TIC ou d'entrepreneuriat social et solidaire.

Le CTA a contribué à la réussite de cette rencontre en finançant la participation d'experts et de certains jeunes, et en fournissant aux lauréats les moyens de finaliser et développer leur projet grâce à une subvention et un accompagnement technique (notamment en gestion de projet et business plan). Parmi les quinze lauréats du concours, sélectionnés pour la qualité de leurs idées de projet d'entreprise créatrice d'emplois verts, cinq avaient été financés par le CTA. Chacun à sa façon, ces jeunes ont défendu des projets innovants. Quatre pays d'Afrique de l'Ouest (Bénin, Niger, République centrafricaine et Sénégal) ont été mis à l'honneur.

Mathieu, Djibril, Kader, Rodrigue et Yacouba, jeunes entrepreneurs verts

mathieuAu Bénin, les producteurs agricoles observent depuis quelques temps une diminution sensible de la fertilité des sols entraînant le déclin de la productivité. Face à ce constat et grâce à l'appui du CTA, Mathieu Anatole Tèlé Ayenan avec quatre autres jeunes béninois a créé la Coopérative Agricole et Agro-Alimentaire du Bénin (CAAG). La CAAG a installé une ferme intégrée sur un domaine de 5 hectares. Cette ferme combine l'élevage des ovins et des poulets locaux, la production végétale (manioc et maïs) et la transformation de manioc en gari et en tapioca. Le système de production est basé sur l'intégration entre agriculture et élevage, qui consiste à utiliser des résidus issus de la transformation du manioc dans l'alimentation animale et les déjections des animaux pour la fertilisation du sol. Ceci leur permet non seulement de remédier à la faible fertilité du sol, mais aussi de réduire la consommation de fertilisants chimiques et d'aliments concentrés pour l'élevage. En dehors des cinq coopérateurs, la ferme a deux employés permanents. Dans un rapport d'étape, ils se montrent enthousiastes tout en étant réalistes sur les difficultés rencontrées, notamment en matière d'accès à l'eau, un forage étant nécessaire contrairement aux prévisions initiales comptant sur un simple puits. Selon Mathieu, « la mise en œuvre de notre projet est une contribution à l'intensification durable de l'agriculture et elle nous permet d'impacter la vie des producteurs qui s'inspirent de nos techniques de production ». C'est dans cet esprit et avec le soutien du CTA que Mathieu a participé en tant jeune entrepreneur au Youth Agribusiness, Leadership, and Entrepreneurship Summit on Innovation (YALESI), tenu en mars 2016 à Dakar, au Sénégal.

Djibril

Djibril Niang, du Sénégal, a mis en œuvre une entreprise de recyclage et revalorisation des déchets, avec son projet intitulé Joal 3R. Son idée ? Récupérer et trier les déchets (pneus, bidons, palettes de bois) pour créer un jardin maraîcher hors sol. Pour le fertiliser, Djibril compte fabriquer du compost à partir des déchets organiques provenant des foyers des clients qui achètent les produits du jardin. Selon lui, il s'agit « d'une alternative écologique et économique de production de denrées agricoles saines et de qualité. ». Le CTA a également soutenu la participation de Djibril au YALESI 2016.

Kader

Petit arbre originaire d'Inde surnommé « arbre miracle », le moringa a suscité l'intérêt de Kader Kaneye, du Niger. Il a ainsi créé une unité de transformation du moringa en produits innovants. « Nous proposons divers types de produits comme les feuilles de moringa, la poudre de moringa, la tisane fortifiante, l'huile de qualité similaire à l'huile d'olive, mais aussi des produits innovants à long terme, comme les produits naturels anti-âge, antioxydants et anti-inflammatoires, les produits cosmétiques et le biogaz », explique-t'il. Avec quatre salariés et des associés bénévoles, début janvier 2015, le projet a procédé à une première récolte, et également dû faire face à des difficultés d'approvisionnement en eau. Il constate néanmoins que l'appui du CTA a été déterminant car il a permis d'acheter de l'eau, stockée dans des containers.

Alfari inline okYacouba Alfari Bonkano, du Niger, a inventé un séchoir à charbon minéral. Il s'agit d'un système innovant pour la déshydratation des aliments que Yacouba a breveté à l'Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle (OAPI). A travers Yabe, sa société à responsabilité limitée, le jeune ingénieur agronome produit de la poudre de tomate à partir de la tomate séchée. Les objectifs poursuivis par Yabe sont de permettre aux producteurs maraichers d'être plus résilients face à la pauvreté, de favoriser l'intégration socioprofessionnelle des jeunes du milieu rural et aussi de permettre l'utilisation judicieuse des ressources locales. « La société a déjà contribué à transformer plus de 40 tonnes de tomate fraiche de nos producteurs en poudre de tomate biologique, conservable pendant deux ans », déclare Yacouba. « En effet, le but de la société entre dans la droite ligne de la souveraineté alimentaire : remplacer les concentrés de tomates importées par des dérivés de tomates locales. A l'heure actuelle la société Yabe compte six employés dont quatre à plein temps, et aussi elle a contribué à la création de plus 20 emplois au niveau des trois coopératives maraichères auprès desquelles elle s'approvisionne en tomates. Pour les perspectives d'avenir, la société compte intégrer dans la chaine de transformation deux autres cultures en plus de la tomate dont la disponibilité est sensée être périodique, à travers toutes les saisons de l'année. Yacouba a présenté ses activités lors de la rencontre YALESI 2016 avec beaucoup de retours positifs. Auparavant, il avait également été sélectionné et a participé à la COP 21 à Paris fin 2015.

Une communauté d'inventeurs

Il est encore tôt pour tirer les leçons des expériences de ces jeunes entrepreneurs, mais chacun d'entre eux a su faire preuve d'inventivité, et d'un esprit d'entreprise remarquable. Leurs rencontres leur ont par ailleurs permis de tisser des liens qui viendront surement les aider à adapter, réorienter et renforcer leurs projets, le jour où cela sera nécessaire...

Le CTA soutient également l'entrepreneuriat agricole de diverses autres manières, par exemple à travers les projets sélectionnés dans le cadre de son appel à projets sur la jeunesse ou dans le cadre d'un projet clé mis en œuvre par le réseau des producteurs Caribéens CAFAN.

En savoir plus

Soutien aux jeunes entrepreneurs agricoles dans les pays d’Afrique, Caraïbes et Pacifique

Des jeunes innovent dans le domaine de la pêche et des chaines de valeur alimentaires en Afrique de l'Ouest

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