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Des GPS aux drones : les femmes à la pointe du progrès

  • Afrique de l'est

Pour l’entrepreneuse tanzanienne Rose Funja, les technologies de l’information et de la communication (TIC) sont la clé d'un avenir meilleur pour les jeunes femmes, notamment dans le domaine de l'agriculture. Montrant l'exemple, elle a lancé une start-up qui fait le lien entre les petits exploitants et les institutions financières, et envisage aujourd'hui d'utiliser les drones.

Une start-up informatique, AgrInfo, créée à l'issue d'un « hackathon » organisé par le CTA, s'apprête à résoudre l'un des problèmes les plus épineux rencontrés par les agriculteurs en Tanzanie : comment prouver aux banques qu'ils sont propriétaires des terres qu'ils cultivent afin de pouvoir s'en servir pour garantir un emprunt ?

Derrière cette start-up, se trouve Rose Funja, une entrepreneuse très dynamique et spécialiste en TIC. AgrInfo utilise la technologie des systèmes d'information géographique pour cartographier les terres agricoles et leurs cultures. Avec sa partenaire Grace Makanyaga, elle pensait à l'origine exploiter cette idée pour les producteurs forestiers, mais les deux jeunes femmes se sont vite rendu compte du potentiel que présentait ce concept pour toucher d'autres producteurs. Dans de nombreuses régions de Tanzanie, la propriété foncière n'est pas enregistrée, si l'on fait exception des documents coutumiers des villages, ce qui empêche les agriculteurs d'obtenir des prêts.

« Nous savons tous que le principal patrimoine d'un petit agriculteur, c'est son exploitation », explique Rose Funja. « AgrInfo établit le profil de l'agriculteur et de son activité agricole : la ferme, son emplacement, sa taille, ce qu'elle produit. Puis nous publions ces données sur une plateforme en ligne à laquelle les services financiers ont accès. Ils peuvent donc s'en servir pour évaluer la solvabilité des agriculteurs et leur accorder des prêts. »

Ce concept commercial a reçu un coup de pouce majeur quand AgrInfo est arrivé deuxième lors du concours « Talent AgriHack » du CTA pour l'Afrique de l'Est en 2013. Ce concours s'inspirait de « hackathons », des événements qui réunissent des programmeurs informatiques pendant une brève période de temps afin de développer une application ou une plateforme cherchant à répondre à un problème spécifique.

Améliorer le modèle commercial

Lors de la préparation à la finale du tournoi, Rose Funja et Grace Makanyaga ont bénéficié de l'assistance technique nécessaire pour développer leur idée, ainsi que de conseils pour mettre au point un modèle commercial, contacter des investisseurs et présenter leur idée aux juges et au public. Après le hackathon, un suivi a été assuré par une plateforme locale d'innovation dans le domaine des TIC qui leur a offert des services d'incubation et de mentorat. Elles ont également reçu des smartphones et la somme de 4 000 €, un premier investissement inestimable.

« L'aide du CTA et la formation que nous avons suivie ont donné une tout autre envergure à notre idée », raconte Rose Funja. « C'est là que les choses ont commencé à se mettre en place, et depuis, ça n'arrête pas ».

Rose et sa nouvelle partenaire (Grace Makanyaga n'est plus vraiment impliquée dans la start-up) mènent actuellement une campagne promotionnelle pour expliquer le service Agrinfo aux agriculteurs, en ciblant principalement les organisations de producteurs. Ce service fonctionne par abonnement, dont le coût est ajouté aux frais d'adhésion à l'organisation de producteurs pour les agriculteurs qui souhaitent y participer.

Le prix du service a été maintenu volontairement à un niveau abordable et Rose Funja prévoit que cette dépense sera amortie lorsque les agriculteurs auront un meilleur accès au crédit et étendront donc leurs activités.

« Nous récoltons les coordonnées GPS d'une exploitation et en vérifions la propriété », explique-t-elle. Ensuite, nous joignons une évaluation de la production qui sert de base à l'analyse de crédit. Nous actualisons également les données au fil du temps, ce qui améliore la solvabilité des agriculteurs. Ainsi, si la superficie d'une exploitation passe de un à cinq hectares, par exemple, la banque peut constater son développement et sera mieux disposée à accorder un prêt. »

Parmi les projets de la start-up figurent l'extension du modèle de la base de données utilisée pour pouvoir couvrir toute la chaîne de valeur, l'établissement d'un lien entre les agriculteurs, les fournisseurs agricoles et les vulgarisateurs, la mise à disposition des prévisions météorologiques, et toute une série d'autres données, notamment des informations sur les marchés.

Toujours à la recherche de nouvelles idées, Rose Funja étudie actuellement la possibilité d'offrir un service supplémentaire : l'utilisation d'un drone pour contrôler l'entretien des terres afin de réduire les dégâts des incendies. Les coupe-feux, ces sentiers d'une largeur de 1 à 5 mètres dégagés entre les terres, sont parfois efficaces pour empêcher le feu de se propager d'une exploitation à l'autre, mais éviter qu'ils soient envahis par la végétation peut être difficile. Chaque année d'ailleurs, des centaines d'hectares de terres agricoles finissent en cendres.

Un camp de formation aux TIC pour jeunes femmes

Rose Funja est résolument convaincue que les TIC sont la voie à suivre pour le développement de l'Afrique, surtout pour les femmes. Elle a cofondé un réseau en Tanzanie qui promeut l'utilisation des TIC par les femmes. Cette organisation, She Codes for Change, a récemment organisé un camp de formation aux TIC pour des jeunes femmes de 14 à 19 ans, où elles ont été initiées pendant un mois à des technologies telles que les applications Web, la conception de jeux vidéo et l'électronique.

« Il ne fait aucun doute que les TIC peuvent créer de nouvelles opportunités pour les femmes et je pense qu'il est important qu'elles s'aventurent du côté des technologies dès leur plus jeune âge », affirme Rose Funja. Elle-même a passé six semaines à New York en 2014 après avoir été sélectionnée en tant que jeune dirigeante par the Young African Leaders Initiative, un projet du président américain Barack Obama.

Actuellement, elle est également directrice des TIC à l'Université de Bagamoyo et, à la suite de ses contacts avec des agriculteurs pour AgrInfo, elle s'est récemment lancée dans ce secteur et cultive du sésame.

« J'aimerais vraiment que les femmes apprennent à utiliser la technologie à des fins socioéconomiques, et pas uniquement pour les relations sociales. Plutôt que d'utiliser les téléphones mobiles et Internet pour passer son temps sur les réseaux sociaux, j'aimerais qu'elles comprennent que la technologie est un outil précieux pour les aider à améliorer leurs moyens d'existence en les aidant à vendre leurs récoltes à meilleur prix en accédant à des informations sur les marchés. »


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