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Les données pourraient susciter la transformation agricole en Afrique

Juin 15, 2016

La Banque Africaine de Développement (BAD) va mobiliser des fonds en vue d'investir dans les matières premières agricoles et les zones agricoles écologiques. Un système de données de l’Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et un investissement du Fonds International de Développement Agricole (FIDA) d'un demi-milliard de dollars par an sur les trois prochaines années soutiendront le secteur agricole en Afrique.

L'histoire de l'agriculture africaine est souvent liée à l'image de la pauvreté. Jusqu'à présent, le secteur est la principale source de revenus, employant plus de 60 % de la population du continent. Récemment, les dirigeants africains ont exprimé la nécessité de transformer l'agriculture paysanne à un modèle industrialisé, avec le potentiel pour mettre fin à la faim et à la pauvreté. Le besoin du continent pour la transformation du secteur agricole a été formulée au cours de l’assemblée annuelle de la BAD tenue à Lusaka, Zambie du 23 au 27 Mai 2016.  

Une session (« Vers la transformation de l’agriculture en Afrique - « Nourrir l’Afrique »), visant à faire avancer les discussions sur la transformation agricole, a invité des acteurs du développement agricole en Afrique à discuter de leur vision pour l'agriculture. Des représentants du FIDA, de la FAO, la BAD et le secteur privé ont donné leurs avis sur la stratégie de développement « Nourrir l'Afrique » de la BAD. Les membres du panel ont fait valoir que l'agriculture doit être considérée comme un commerce florissant qui pourrait être propulsé par la participation accrue des femmes et de la jeunesse ainsi que par le biais des technologies de l'ère numérique.

Des technologies et un système d'information adaptés à l'agriculture

M. Périn Saint-Ange, vice-président adjoint du FIDA, a déclaré qu'il était nécessaire de disposer des technologies appropriées pour faciliter et réduire les risques des investissements qui exercent un effet de levier sur le secteur agricole.

« Si vous n'utilisez pas la bonne technologie, vous courez très vite le risque que votre récolte soit perdue, que votre bétail meure et que vos systèmes d'irrigation ne fonctionnent pas. Nous devons souligner le fait que la technologie doit être utilisée lorsque elle est adéquate. L'Afrique est de mieux en mieux préparée à mettre en place un renforcement des capacités, d'instaurer un environnement propice aux nouvelles technologies, et le leadership pour favoriser la croissance... Ce sont précisément les domaines d'intervention du FIDA. Et j'ai le plaisir de confirmer qu'au cours des trois prochaines années, nous investirons chaque année un demi-milliard de dollars dans l'agriculture en Afrique, en complément à l'action menée par la BAD », a-t-il ajouté.

La FAO a mis en place un vaste système d'information pour différents pays utilisant des données satellites afin de développer des systèmes résilients en cas de chocs. « Le Système Mondial d'Information et d'Alerte Rapide sur l'alimentation et l'agriculture utilise des données spatiales capables de fournir des informations en temps réel sur les récoltes et les conditions météorologiques qui surviennent sur l'ensemble de la planète», a déclaré M. Bukar Tijani, sous-directeur général de la FAO et représentant régional pour l'Afrique. « Grâce à ce système, il est possible de réaliser en 10 mois ce qui, même en cinq ans, n'aurait pas été possible. En tant que représentant de la FAO, je suis convaincu que dans les dix prochaines années ou même plus tôt, l'agriculture africaine sera très différente ». Il a également souligné que les agents de vulgarisation et les journalistes peuvent autant utiliser la plate-forme pour informer les petits agriculteurs et le public, en fonction de leurs besoins.

L'industrie 4.0 peut favoriser la transformation agricole de l'Afrique

Plusieurs études ont reconnu l'utilité des données et des technologies pour transformer l'agriculture. Des ensembles de données issues de plusieurs décennies d'expériences dans l'agriculture sont actuellement exploités dans les pays développés du monde entier afin de rendre l'agriculture plus précise et d'en améliorer les rendements. On désigne ce concept d'association « l'internet des choses », les big data, l'internet mobile et des technologies intelligentes aussi connu comme industrie 4.0.

Selon Germany Trade and Invest (GTAI), l'industrie 4.0 est : « Une véritable révolution rendue possible par les progrès technologiques qui vont à rebours de la logique conventionnelle des processus de production. Plus simplement, cela signifie que les machines de production industrielles ne se contentent plus de traiter simplement le produit, mais que le produit communique avec les machines pour leur dire exactement ce qu'elles ont à faire. »

L'exemple d'un projet qui associe les big data et les technologies intelligentes est le Project du CTA, 'Market-Led, User-Owned ICT4Ag Enabled Service d'information' (MUIIS). Ce projet utilisera les données générées par les satellites et la technologie mobile pour améliorer la production et la commercialisation des cultures en Ouganda. Le projet MUIIS est étroitement lié au projet axé sur révolution des données pour l'agriculture, qui a démontré certain nombre d'exemples sur comment les données ouvertes peuvent être utilisées pour améliorer l'agriculture familiale et la sécurité nutritionnelle.

Pour le Dr Adesina Akinwumi, Président de la BAD, l'Afrique doit améliorer sa volonté de préparation à la révolution numérique. " L'Afrique a manqué les révolutions industrielles du passé. Nous ne pouvons pas manquer la 4ème révolution industrielle ", a-t-il dit. Dans le cadre du plan d'action de transformation de l'agriculture en Afrique, « Nourrir l'Afrique », la BAD travaillera avec ses partenaires pour réunir des fonds pour investir dans les matières premières agricoles et les zones agricoles écologiques.

Michael J. Vincent, associé principal de l'unité Monitor chez Deloitte Africa, croit en l'utilisation des technologies et des données intelligentes pour développer des politiques éclairées et transformer l'agriculture. En tant qu'observateur pour le secteur privé pendant les réunions, Michael J. Vincent estime que l'industrie 4.0 a le potentiel d'aider l'Afrique à mettre un terme à la faim et à la pauvreté grâce à l'agriculture.