Marchés et chaînes de valeur

Articles choisis

Structurer le commerce au profit des exploitants agricoles

Le nouvel ouvrage du CTA détaille comment les exploitants agricoles d'Afrique de l'Est accroissent leurs profits en s'affranchissant du système commercial traditionnel.

Septembre 22, 2016
  • Afrique de l'est

En donnant aux petits exploitants agricoles la possibilité de stocker leur production et de la vendre lorsque les prix sont élevés, ceux-ci font un pas de plus vers la prospérité. Traditionnellement, les intermédiaires exploitaient souvent les paysans : ces derniers n'avaient pas d'autre choix que de vendre leurs cultures juste après la récolte, quand les prix étaient au plus bas. Le commerce structuré, dont un stockage amélioré n'est qu'une des composantes, constitue une approche qui est profitable à la fois pour des millions d'exploitants défavorisés et pour les consommateurs.

De nombreux petits exploitants agricoles africains restent piégés dans le cycle de la pauvreté, quelle que soit leur ardeur au travail. Ils produisent plus de 80 % des denrées alimentaires du continent mais leurs familles continuent à souffrir de la faim. De mauvaises pratiques agricoles et une fertilité des sols en déclin sont synonymes de rendements faibles. Toutefois, la manière dont les cultures sont stockées et vendues complique encore plus la situation des exploitants agricoles.

Le fait de ne pas avoir accès à de bons moyens de stockage et à des crédits fiables place les exploitants à la merci de négociants et d'intermédiaires. Le nouvel ouvrage du CTA, À la recherche du commerce équitable, montre comment le commerce structuré peut être profitable pour les céréaliers et les négociants. Le second volume de la série 'Chroniques du terrain', recueille des expériences d'exploitants agricoles, de négociants, de propriétaires d'entrepôts, de banquiers et de fonctionnaires gouvernementaux dans des situations réelles, au Keyna, en Tanzanie et en Ouganda.

Dans ses commentaires sur cet ouvrage, Michael Hailu, le Directeur du CTA, a déclaré : « Le commerce structuré se fonde sur l'établissement de systèmes commerciaux ordonnés et coordonnés, de l'exploitation agricole jusqu'au marché de détail. Les témoignages des personnes interviewées dans cet ouvrage montrent comment le commerce structuré a changé la vie des petits exploitants agricoles en Afrique de l'Est. »

Deux exploitants kenyans en détaillent les avantages. Ils avaient coutume de récolter leur maïs, de conserver la quantité nécessaire à leur alimentation et de vendre le reste au prix qu'ils pouvaient obtenir de courtiers itinérants. Aujourd'hui, ils stockent leur récolte dans le nouvel entrepôt de la coopérative locale, à l'abri des rats et des charançons, prélèvent ce dont ils ont besoin quand cela leur convient et vendent le reste lorsque les prix montent. En 2015, le maïs se vendait à 15 euros le sac juste après la récolte ; six mois plus tard, chaque sac coûtait 22 euros.

1933 PDF 7Martin Kigano et Michael Wanyeki, respectivement président et sous-secrétaire de Ng'arua Cereals and Produce Cooperative, en compagnie de la gestionnaire, Sophy Materu, dans l'un de leurs magasins au Kenya. « Personne ne peut plus exploiter notre ignorance », a déclaré Michael Wanyeki. © Charlie Pye-Smith, 2016.

Le texte est particulièrement captivant car il est rédigé dans les termes des exploitants agricoles de trois pays différents au travers de huit témoignages. Longtemps exploités par les courtiers, les producteurs peuvent maintenant utiliser leurs récoltes stockées comme garantie pour des emprunts bancaires, afin d'acheter des semences, des fertilisants, des médicaments ou pour payer des frais de scolarité. « On compte de plus en plus de personnes actives dans la commercialisation collective et elles peuvent se permettre de s'acheter plus de choses », a affirmé Emiti Munisi, membre du conseil d'administration de la Kware Savings and Credit Cooperative Organisation de Tanzanie. « Il suffit de regarder les maisons » ajoute-t-il en pointant du doigt les nombreuses nouvelles maisons disséminées autour des champs de maïs.

« Nous croyons que le commerce structuré des céréales, similaire à celui qui est déjà pratiqué dans cette partie de l'Afrique pour le thé et le café, pourrait considérablement améliorer la manière dont les récoltes de céréales sont commercialisées, au bénéfice des producteurs et des acheteurs », a déclaré Gerald Masila, Directeur exécutif du Conseil céréalier de l'Afrique de l'Est (EAGC), qui collabore étroitement avec le CTA en vue de donner des conseils aux exploitants agricoles sur la meilleure manière de procéder.

Cet ouvrage vise aussi à présenter un aperçu équilibré de la situation. Un des témoignages décrit les enseignements tirés de l'échec d'un système de commercialisation mis en place à Nakuru, au Kenya. En outre, la vie des petits négociants est également difficile. « Les négociants et les intermédiaires ont souvent une mauvaise réputation, mais eux aussi sont confrontés à des difficultés », a expliqué Kevin Kinyangi, le directeur de Techfortrade pour l'Afrique de l'Est, une organisation à but non lucratif britannique qui développe une nouvelle approche du commerce agricole. Les sociétés céréalières peuvent refuser les produits pour des raisons de qualité et les négociants éprouvent aussi des difficultés à obtenir des crédits. Son organisation développe un « commerce à livre ouvert » grâce auquel tous les intervenants – exploitants agricoles, négociants, transformateurs et acheteurs – savent exactement qui fait quoi et où. À la mi-2015, 25 négociants kenyans, tanzaniens et ougandais faisaient appel à ce service.

1933 PDF 16Emiti Munisi et ses sacs de céréales stockés par la Kware Savings and Credit Cooperative Organisation. © Charlie Pye-Smith, 2016

Le commerce structuré permet à un nombre croissant d'exploitants agricoles d'augmenter leurs revenus. Mais, bien qu'il soit plus équitable et plus efficace, les défis à relever restent nombreux, comme par exemple de mauvaises pratiques de manutention et la méconnaissance des normes applicables aux céréales. Cet ouvrage donne de précieuses informations sur la situation et prouve de manière irréfutable que les systèmes de commerce structuré peuvent être très efficaces pour accroître les revenus des exploitants agricoles, lutter contre la pauvreté rurale et améliorer la sécurité alimentaire.

Pour en savoir plus

Restez connectés

Suivez @CTAflash, @EAGrainCouncil et @fairtrade sur Twitter.