Connaissance et formation

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Aider les agriculteurs de Micronésie face au changement climatique

A travers la gestion des connaissances

Janvier 19, 2017

Les effets du changement climatique sont de plus en plus clairs, voire préoccupants dans certaines parties des îles du Pacifique. Herman P. Semes constate chaque jour le défi que représente la variabilité du climat. Chef de Pohsoain, une communauté agricole de 80 habitants située sur l'île de Pohnpei dans les États fédérés de Micronésie, Semes est convaincu que l’acquisition de nouvelles connaissances peut améliorer le quotidien. « Nous avons grandi en sachant qu'une année est rythmée par des périodes de pluies suivies de périodes ensoleillées mais au fil du temps, nous observons de plus en plus de changements. Le mois de novembre était généralement caractérisé par des vents alizés d’est, qui soufflent à présent plus fort et sont retardés à décembre et janvier. Aujourd'hui, le temps à Pohnpei est très imprévisible », déclare le Chef de Pohsoain. 

inline KM pacificLes participants à l'atelier à Pohnpei. © Israel Bionyi, 2016.

Dans quelle mesure les connaissances peuvent-elles contribuer à faire face plus efficacement aux impacts du changement climatique ?

Les connaissances peuvent aider la Micronésie et d'autres petits états insulaires en développement à mieux se préparer pour faire face aux impacts du changement climatique. Grâce à la collaboration, au partage des connaissances et à la mise en commun de l’expérience parmi les agriculteurs, les chercheurs, les conseillers agricoles et les consultants, les défis communs aux îles peuvent être abordés en synergie. En collaborant pour documenter leurs expériences et échanger leur connaissance des problèmes communs, ces petites nations insulaires pourraient s'adapter plus efficacement à la variabilité du climat. Mais quelle est la méthode la plus efficace ?  

Une expérience pratique 

Un atelier de formation organisé au Centre alimentaire communautaire insulaire de Pohnpei a réuni 37 conseillers agricoles, agriculteurs et représentants de groupes d'agriculteurs des Îles Marshall, de Palaos et d'autres états fédérés de Micronésie comme Chuuk, Kosrae, Pohnpei et Yap. Ils ont bénéficié d’une formation sur l'utilisation d’outils de gestion des connaissances et d'outils sur les approches de diagnostic rural participatif (ARP). Ces outils peuvent aider à rassembler des informations concernant les conséquences du changement climatique sur les moyens de subsistance. Les communautés et les individus peuvent apprendre les uns des autres, créer et stocker ensemble les connaissances, partager des expériences et résoudre leurs problèmes afin d’accroître leurs capacités d’adaptation. En particulier, le diagnostic rural participatif permet aux communautés d'explorer et de mobiliser leur propre potentiel et leurs propres ressources pour relever les défis auxquels elles doivent faire face..

Les participants à l'atelier ont également découvert les bases des techniques rédactionnelles et de communication, notamment sur la manière de comprendre les connaissances existantes, de les organiser et de les présenter au mieux pour que d’autres personnes puissent les réutiliser. Plus précisément, l’atelier visait à renforcer la capacité de gestion des connaissances des chercheurs, des conseillers agricoles et des consultants afin de mieux servir les communautés rurales.

L’atelier de cinq jours a obtenu le soutien du Secrétariat de la Communauté du Pacifique (CPS) - au travers du Projet intra-ACP de l’Union européenne sur les politiques agricoles en Océanie (PAPP) - , du CTA et du Réseau des services de vulgarisation rurale des îles du Pacifique (PIRAS).

Qu’est-ce que le diagnostic rural participatif ?

Selon la boîte à outils sur le partage des connaissances (The Knowledge Sharing Toolkit), « le diagnostic rural participatif est un ensemble de méthodes participatives et majoritairement visuelles pour l'évaluation des ressources du groupe et de la communauté, l’identification et la hiérarchisation des problèmes et l’évaluation des stratégies qui permettront de les résoudre. Il s’agit d’une méthodologie de recherche et de planification dans laquelle une communauté locale (avec ou sans aide externe) étudie une question qui concerne la population, hiérarchise les problèmes, évalue les options permettant de résoudre ces problèmes et propose un plan d'action communautaire afin de répondre aux inquiétudes qui ont été soulevées ».  

Comprendre, organiser et livrer : les leçons sur la gestion des connaissances

Pendant les deux premiers jours, les participants ont étudié la gestion des connaissances. Les trois jours suivants de l’atelier ont été consacrés à une formation sur le processus de collecte des données, sur la présentation et la rédaction des informations pour en faire des histoires, des récits et des rapports, et sur le partage de ces connaissances avec différents types de public. 

Le processus comportait également une formation sur l'utilisation des outils de diagnostic rural participatif au sein du cadre de la SPC pour l’évaluation de la vulnérabilité au niveau communautaire (CVA) dans le but d’évaluer la variabilité et le changement climatiques, l’impact du PRA sur l’agriculture et les moyens de subsistance, ainsi que la capacité d'adaptation des communautés.

Benjamin Ludwig, agriculteur et représentant d’une organisation d’agriculteurs, a participé à l'atelier. « Au travers de l’approche du PRA, j’ai appris des choses sur la vulnérabilité de ma communauté face au climat. Pendant l’atelier, nous avons analysé les conditions météorologiques, le sol et les finances. Cela m’a permis de comprendre le changement climatique et la manière de m’y adapter. » Le troisième jour de l'atelier, Ludwig et les participants originaires des autres îles ont visité Pohsoain pour évaluer la vulnérabilité de la communauté par rapport au changement et à la variabilité climatiques dans le cadre de la CVA. « Pendant l’excursion, nous avons discuté des cultures adaptées au changement climatique comme le manioc et le taro », déclare Ludwig. Par exemple, le manioc est considéré comme tolérant à la sécheresse, donc idéal pour améliorer la sécurité alimentaire dans la région. Le taro résiste également aux contraintes climatiques et aux maladies.  

Pour aider les communautés dans les états insulaires de Micronésie à appliquer efficacement les outils de gestion des connaissances, l’approche des écosystèmes des connaissances du CTA a été présentée aux participants à l'atelier. Afin de mieux comprendre leur capital de connaissances et la manière de l’utiliser, ils ont appliqué l’analyse de la gestion des connaissances. M. Ioanis Engly, Directeur faisant fonction du Cooperative Research & Extension College of Micronesia, a déclaré « nous avons la connaissance mais nous devons la comprendre réellement et la gérer afin que les générations futures puissent la réutiliser. » Il a cependant fait remarquer que l’un des problèmes est le départ, presque tous les deux ans, de l’un des principaux membres du personnel de la division Agriculture, qui emporte avec lui la connaissance institutionnelle. Mais il considère que les outils de gestion des connaissances sont accessibles : « nous pouvons les utiliser pour comprendre [ces connaissances], alimenter le programme et en même temps, partager avec les communautés pour qu’elles puissent en bénéficier.

Des solutions pour et par la communauté

L’un des principaux enseignements de l'utilisation de l’outil de DRP dans la communauté locale est qu’il a ouvert les esprits des participants aux défis rencontrés et aux possibilités disponibles pour les résoudre. Pour Pohsoain, le Chef Semes indique qu’après l'évaluation, la communauté comprend à présent certaines de ses difficultés et met en place un groupe de travail chargé d'identifier des solutions au problème essentiel : la rareté de l'eau.

Melander Yamado, conseiller agricole au Département de l'agriculture et de la gestion du territoire de l’état de Kosrae, tire plusieurs enseignements de l’atelier. « Nous avons appris à rédiger, scénariser et utiliser d’autres techniques pour nous aider à documenter notre travail sur le terrain », déclare Yamado. « Nous avons rendu visite à une communauté locale et nous avons mis en pratique nos apprentissages, parlé à la communauté et utilisé les compétences que nous maîtrisons à présent pour raconter notre histoire. »

Enicar Arisako, de l’Unité agriculture de Pohnpei, tire également des apprentissages de l’atelier. « Pendant l’atelier, j’ai appris les six mots clés (qui, quoi, où, quand, comment et pourquoi). J’ai aussi appris à créer un scénario et à rédiger des modèles. Au cours d'une visite sur le terrain dans le cadre de l’atelier, j’ai utilisé les techniques que j'avais apprises pour collecter les informations et rédiger des histoires. »

Des actions de suivi auront lieu après cet atelier. La SPC va introduire des cultures qui résistent au climat dans les pays ciblés (Îles Marshall, Palaos et trois États fédérés de Micronésie). Le CTA assistera quant à lui la SPC pour s’assurer que les connaissances acquises sont appliquées. Il organisera des forums de suivi avec l’aide du projet ACP-PAPP.

Le chemin de l’apprentissage est peut-être terminé à Pohnpei, mais les participants peuvent à présent emporter leurs expériences, les mettre en pratique et partager leurs connaissances. Comme le formule le Chef Semes, « Sans nouvelles connaissances, les gens restent au même niveau. Mais quand ils acquièrent de nouvelles connaissances, cela aide chacun de nous à grandir. Nous devons partager cette information afin que d'autres puissent en bénéficier. »

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