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Une croissance saine pour le Vanuatu

Torba souhaite devenir la première province organique du Pacifique d’ici 2020

Février 9, 2017

Une façon de promouvoir des habitudes alimentaires saines au sein des communautés est celle de produire et consommer des alimentaux locaux nutritifs. Dans la province de Torba, dans l'une des îles du Vanuatu, le père Luc Dini, un leader communautaire et directeur du conseil touristique local, envisage un futur plus sain pour les locaux. Le but : interdire en permanence l'importation d'aliments malsains ou sans valeur nutritive et rendre Torba la première province organique du Pacifique d’ici 2020.

« Nous faisons actuellement face à une infiltration d’aliments malsains étrangers. Nous sommes la province la plus isolée de Vanuatu et, jusqu’à présent, notre santé est restée bonne grâce à cette situation, et nous souhaitons continuer à nous préserver des maladies. »
Luc Dini, chef du conseil touristique local [Source]

Une première étape a déjà été franchie avec la fourniture exclusive de produits biologiques locaux aux bungalows touristiques de Torba.

Le lien entre le tourisme durable et la production agricole locale constitue également un point important dans l’agenda politique international, puisque les Nations Unies ont proclamé 2017 « Année internationale du tourisme durable pour le développement ».

En 2016, le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) a collaboré avec les gouvernements régionaux du Pacifique du Vanuatu et des Samoa afin d’élaborer des politiques connectant le développement agricole local à l’industrie touristique en plein essor, et les acteurs de la chaîne de valeur aux marchés touristiques. Ces activités ont été menées en collaboration avec le Fonds international de développement agricole (FIDA) et l’Organisation du secteur privé des îles du Pacifique (PIPSO), et avec le soutien du Réseau des Organisations d’agriculteurs des Iles du Pacifique (PIFON) et la Communauté du Pacifique (SPC).

Premier festival d’agritourisme du Vanuatu

À la suite de l’atelier pour l’élaboration d’une politique mis en place par le CTA, le gouvernement du Vanuatu a organisé son premier Festival d’agritourisme en novembre 2016, à Port-Vila. À cette occasion, Matai Seremaiah, le ministre vanuatuan de l’Agriculture, de l’Élevage, des Forêts, de la Pêche et de la Biosécurité (MALFFB) a constaté que le lien entre l’agriculture et le tourisme n’a pas encore été suffisamment exploré au Vanuatu, et que l’organisation de festivals tels que celui-ci contribuera à promouvoir l’utilisation d’aliments locaux dans la restauration. 

Torba produit une riche variété d’aliments locaux afin d’alimenter sa population, y compris du poisson, du crabe, des crustacés, du taro, des patates douces, du paw paw et des ananas. Selon Matai Seremaiah et Luc Dini, il est nécessaire de produire et de consommer des aliments traditionnels locaux.

Des opinions partagées dans le Pacifique

Aux Samoa, Jesse Lee, chef cuisinier et propriétaire de son restaurant familial « Palusami », sert de la viande, des légumes et des fruits locaux. La plupart des produits proviennent de l’ONG « Women in Business Development Samoa ». L’approche « de la ferme à l’assiette » y est fermement soutenue :

« Nous voulons que nos populations locales sachent que les aliments provenant du petit potager à côté de leur maison sont suffisamment bons pour être servis dans notre restaurant. [...] Ils ne sont pas seulement bons, mais ils sont également plus sains, car ils sont biologiques. »  Ronna Lee Hadfield, la sœur de Jesse Lee

Jesse Lee fait partie du projet Chefs4Development qui soutient l’approvisionnement d’aliments sains locaux dans les hôtels et restaurants. Ce projet organisé par le CTA vise à promouvoir l’utilisation d’aliments nourrissants et locaux par les chefs dans la région du Pacifique, des Caraïbes et de l’océan Indien, tout en renforçant les liens entre les acteurs de la chaîne de valeur dans les secteurs culinaire et agricole. Cependant, l’un des obstacles majeurs doit encore être surmonté, à savoir : comment améliorer dans la pratique la production locale et proposer une alimentation plus variée sur le marché ? Le projet « Grow Healthy Pacific » a été lancé durant le 2e Forum Agribusiness du Pacifique, organisé en 2016 aux Samoa. Soutenu par le cofinancement du FIDA et la co-organisation du PIPSO, le CTA vise à exploiter le développement des cultures locales et des chaînes de valeur dans le secteur de la pêche dans les sept îles du Pacifique : les Fidji, les Kiribati, les îles Marshall, les îles Samoa, les îles Salomon, les Tonga et le Vanuatu.

Le projet se fonde sur quatre lignes d’action :

1) Élaborer une feuille de route pour les sept pays cibles sur la base d’études « quick-scan » et de consultations avec les parties prenantes sur le lien entre l’agriculture et l’alimentation ;
2) Identifier les contraintes au niveau de la production locale et renforcer les capacités afin de les surmonter ;
3) Soutenir les idées innovantes et les mettre en avant (en particulier dans le secteur des TIC) ;
4) S’assurer que le projet privilégie les femmes et les enfants par le biais d’activités ciblées.

À l’instar du cas de Luc Dini au Vanuatu, plusieurs autres pays de la région du Pacifique font face à des problèmes nutritionnels sévères. Le  taux le plus élevé de maladies non transmissibles (telles que les maladies cardiovasculaires et les diabètes) dans le monde se trouve dans trois des sept pays cibles du projet « Grow Healthy Pacific ». Dans la plupart d’entre eux, le taux d’obésité chez les adultes est même estimé à plus de 50 %. Il est urgent que des mesures soient prises afin d’améliorer la production locale et une croissance saine.

Article de blog écrit par Jana Dietershagen, stagiaire en recherche et communication dans le cadre du projet CTA/FIDA Îles du Pacifique.
Crédits photo Geof Wilson (bannière)/Katia de la Luz (encadré).

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