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La modélisation participative en 3D, un outil puissant pour le développement des associations au Madagascar

Interview avec Rajoelisolo Kotondrajaona, Secrétaire Général du BIMTT ou Bureau de Liaison des Institutions de Formation en milieu Rural à Madagascar

Rajoelisolo Kotondrajaona, Secrétaire Général du BIMTT ou Bureau de Liaison des Institutions de Formation en milieu Rural à Madagascar, n’a pas hésité un instant à adopter la maquette participative, faisant figure selon lui d’un puissant outil à clé multiple pour le développement de son Association après avoir assisté à l’exercice de modélisation participative en 3D (MP3D) mené par une équipe de CTA à Madagascar.

Vous n'avez pas hésité à approprier la maquette, c'est quoi au juste selon vous un outil à clé multiple ?

Rajoelisolo Kotondrajaona : Effectivement, nous n'avons pas hésité à l'adopter le processus. Au départ, ce n'était qu'une simple curiosité, que c'était nouveau et que notre organisation ait entretenu avec le CTA une collaboration de longue date. Mais l'appétit venait en mangeant. En 2015, j'ai participé avec mon équipe à la formation octroyée par le FTA (Farmer Technology Agriculture), une organisation appuyée par le CTA. Un apprentissage sur le processus de la modélisation de la carte 3D à l'occasion de la fabrication d'une maquette villageoise. Au premier abord, la scène m'a fasciné : l'ambiance de travail, mais surtout l'implication des participants. Chacun joue un rôle spécifique : les enfants et les jeunes s'occupent du découpage des cartons, les adultes du tracé et de l'affichage des données factuelles, les anciens du mémoire historique du village. Tout le monde est uni, unifié autour de la carte, dirigé ensemble vers un même objectif : celui de restituer l'histoire, construire et inventorier les détails du village. Une complicité se dessine entre participants : enfant-adulte, technicien-pratiquant, communauté-autorité, contemporain-traditionnel. Du coup, j'avais une assurance au fond de moi que les exercices de modélisation 3D apporteraient à notre association, dont notre premier souci serait d'assurer la synergie des actions et de développer la collaboration entre les membres et le monde extérieur, tout en renforçant la capacité technique et pédagogique de chacun. C'est un outil performant qui sûrement va faciliter notre tâche. Ce n'est pas la maquette en elle qui est la plus importante. C'est l'effet qu'elle déclenche, qu'elle crée, qu'elle entretient : la convivialité, l'élargissement des valeurs et perspectives individuelles, la confirmation de l'identité de la communauté, la découverte partagée de pistes de projet, les décisions...La modélisation 3D est un processus de collecte d'informations, d'analyse de situation, de plaidoyers, de sensibilisation, d'exploration, de capitalisation, de prise de décision, de gestion de terroir, de suivi...Bref : un outil à clé multiple

Quelle est la mission de votre organisation ?

Rajoelisolo Kotondrajaona : Le BIMTT est une association regroupant plus de 90 organisations rattachées à la Confédération des Eglises de Madagascar (FFKM). Ces organisations peuvent être des institutions de recherche, de développement, des ONGs, des départements techniques agricoles étatiques ou privés, des groupements de paysans. Sa principale mission est d'organiser des échanges et développer les capacités internes à se relier entre ses membres et à se relier avec les autres institutions, de renforcer les capacités techniques et pédagogiques de ses membres pour que ces derniers puissent travailler convenablement dans cette nouvelle perspective sur le terrain afin de favoriser les initiatives et les innovations. On peut dire que BIMTT est un grand réseau présent dans tout le territoire de la Grande île. Il faut noter l'affluence de la Communauté chrétienne pour le développement à Madagascar. Selon la statistique, 70% des centres de formations rurales à Madagascar sont rattachés à l'église. Par ailleurs, ces organisations membres collaborent avec tout paysan sans distinction. Comment les activités s'articulent et se complètent ? Comment organiser les interventions pour que les activités ne se piétinent et que les organisations ne se marchent pas sur les pieds : une question de synergie ! Comment consolider les membres, les rendant autonomes sur le plan organisationnel et économique, les aider à conquérir le marché local puis international ! C'est tout un appui managérial ! Chaque organisme membre a son propre projet et ses propres activités, BIMTT est là pour les accompagner, renforcer leurs capacités, leur collaboration interne et externe.

Qu'est ce que la MP3D peut apporter à votre réseau ? En quoi, renforce-t-elle la synergie de vos activités ?

Rajoelisolo Kotondrajaona : Une des faiblesses actuelles de notre réseau réside dans le fait que les membres travaillent d'une manière isolée, chacun dans son petit coin. Pourtant, les efforts peuvent se conjuguer pour mieux produire tant en qualité qu'en quantité. Vous savez, Madagascar est connu pour être un pays d'échantillon : bon pour quelques exemplaires mais forfait pour des grosses commandes ! Les artisans sculpteurs en sont victimes. Dans d'autres communautés, les projets se bousculent pour une même activité dans un même endroit alors que d'autres à côté sont abandonnées. Nos techniciens craignent d'une résistance des paysans au changement, surtout quand ces intervenants se contredisent ! Là, il y a un appel criant à une coordination, une synergie des activités. Il faut que les acteurs s'échangent les idées. Autour d'une carte 3D, cela est possible. Un début de concertation est maintenant lancé à Ampefy entre acteurs, paysans et autorités en vue de la protection du deuxième plus grand lac de Madagascar l'Itasy, gravement menacé par la dégradation de l'environnement. Par ailleurs, il faut également avouer que certains de nos membres sont frêles et ne disposent d'aucun projet de développement, faute de moyens, d'enthousiasme, d'informations. Les cartes 3D y donnent de réponses. Je me souviens du problème récurent d'eau potable dans le village d'Andranomafana Betafo Antsirabe. C'est au moment de l'exercice de MP3D que surgit la possibilité d'exploitation d'une fontaine, bien placée pour alimenter le village entier. Depuis lors, le débat est lancé, l'enthousiasme est réveillé, les individus sont impliqués. Actuellement, une de nos principales activités est l'appui à l'élaboration des Schémas d'Aménagement Communal (SAC) ou des Plans de Développement Villageois (PAV) des Communautés où nos membres sont actifs. La plupart de nos membres y prennent part et sont très consultés. Ces plans sont indiscutablement un instrument capital pour le développement des communautés, pour espérer recevoir des aides et de financements. Pour y parvenir, nous voulions une communauté responsable, prenant en main leur propre avenir, engagée, informée...Dans cette perspective les maquettes y jouent un rôle prépondérant. Nos techniciens sont familiers aux cartographies participatives 2D, faisant appel aux croquis sur des emballages, mais à comparer avec la maquette, force est de constater que cette dernière a un énorme avantage : précis, concret, accessible à tous ; illettrés ou non, facile à comprendre, participatif, dynamique, et à moindre coût par rapport aux frais des enquêtes nécessaires à la confection des SAC. En effet, la carte 3D s'avère l'outil efficace pour la conception de ces plans de développement communal : l'implication des acteurs villageois est acquise, les échanges et discussions développés, les informations rassemblées, l'histoire du village restituée, les préventions formulées, les grandes orientations et même décisions dessinées. Puis, au cours du temps, les données sont mises à jour, tout un chacun se donne la main pour afficher les nouvelles informations sur la maquette. Bref : un travail rapide, participatif à un prix abordable. Que demande le peuple !

Depuis lors, comment le réseau a-t-il approprié la MP3D ?

Rajoelisolo Kotondrajaona : Après la formation dispensée par le FTA, soutenu par le CTA, les membres du Conseil d'administration du BIMTT sont unanimes à l'idée de vulgariser cet outil auprès des différents membres du réseau. Du coup, nous avons produit un film documentaire sur l'exercice du processus MP3D. Le film a été diffusé sur la chaîne nationale et est disponible sur DVD, distribué à tous les membres. Un engouement pour cet outil est actuellement ressenti, mais nous devons attendre les prochaines années d'exercice avant d'enclencher la mise à l'échelle du processus à l'endroit de tous les membres et de disposer d'un budget y afférent. Pour commencer, BIMTT a fait le choix de cinq localités pilotes pour la production de maquettes. Trois maquettes de villages pour Atalata Vaovao, Mahiatrondro et Ampanasanatongotra au Moyen Ouest dans la région d'Itasy. Une maquette de la Commune d'Andranomafana sur les Hautes terres centrales, à Betafo et une autre dans le village des pêcheurs Sahoragna du littoral Est de la Province de Toamasina.

Quels financements avez-vous prévu pour ces productions ?

Rajoelisolo Kotondrajaona : Outre les appuis pédagogiques et documentaires du CTA, BIMTT n'a reçu aucun financement dans la production de ces maquettes. D'ailleurs, BIMTT n'est pas censé financer la fabrication de maquette. Cela revient à chaque institution membre, selon leurs intérêts. Mais comme j'avais mentionné, l'intérêt des membres est là. Il leur reste le fonds, que j'espère figurer dans leur prochain budget d'investissement. Mais conformément à la mission du BIMTT, qui est celle d'accompagner leurs membres, il lui revient d'aider les institutions membres à trouver les partenaires financiers pour la production de maquette. Pour l'heure, nous essayons de trouver les moyens d'alléger le coût global de construction d'une maquette. En effet, nous avions limité à deux jours le temps de fabrication d'une cartographie 3D (plus les préparatifs), sans pour autant compromettre l'esprit participatif du processus. Par ailleurs, grâce à nos plaidoyers auprès du CTA, nos techniciens ont bénéficié d'une formation sur le logiciel ARCGIS, en vue de produire eux-mêmes des cartes de courbe de niveau, nécessaire dans la fabrication de la maquette. Cette initiative est d'une grande importance dans la mesure où le prix de cette carte coûte presque la moitié du budget global nécessaire à la fabrication d'une maquette : tout frais compris, le coût d'une maquette s'élève à 1,4 millions d'ariary (650 euros), tandis que la carte de courbe de niveau se vend à 800.000 ar (250 euros) au Centre Nationale de la Cartographie (FTM).

Mamy Andriatiana : Quelles sont vos perspectives ?

Rajoelisolo Kotondrajaona : Dans les deux prochaines années, nous comptons former au moins un technicien pour chacune des 91 institutions membres. Dans cette perspective, nous estimons au moins 200 techniciens formés, soit également 200 maquettes fabriquées. L'idée est de lancer la formation des formateurs, chaque participant aura à former par la suite leurs collaborateurs respectifs. Une formation sur le tas, la fabrication de la maquette avec tout son esprit fera l'objet de l'apprentissage. A termes, l'exercice du processus de la modélisation 3D de tout le réseau devrait déboucher sur l'élaboration du SAC ou du PAV au niveau du village des membres engagés. Equipées d'un plan de développement, ces communautés auront à leur portée le développement grâce à la cartographie 3D.

Propos recueillis par Mamy Andriatiana

 


La synergie fait la force :
Regrouper les communautés pour mieux les appuyer

Afin de mieux appuyer les paysans malgaches, le regroupement des villageois, des communautés, des associations, des Communes est sollicité conformément aux instructions des partenaires financiers, mais aussi des départements techniques ministériels. En 2014, en vue de promouvoir le développement rural à Madagascar, le Gouvernement a misé sur une politique orientée vers l'économie de marché. Dans cette perspective, diverses dispositions ont été adoptées afin d'améliorer la qualité et la quantité des productions dont notamment, la mise en association des villageois. Plus le regroupement est important mieux ce sera : les groupements en association, les associations en fédération, les fédérations en plateforme et les Communes en intercommunaux. Le regroupement des communautés facilite la coordination des activités et renforce la synergie des actions. Cela constitue une assurance aux partenaires et aux dirigeants du pays en termes de sécurité, d'efficience des projets et des affaires. Aussi, l'organisation des sessions de formation, l'octroi de crédit, le financement, le remboursement, le transfert de compétence, le suivi des activités sont-ils assouplis et harmonieux. Pour les associations de grande envergure, les organismes d'appui se mettent ensemble pour mieux les appuyer. Dans la Région d'Itasy, au Moyen Ouest, La Coopération Suisse par le biais du programme SAHA et la coopération Américaine USAID ont cofinancé la mise en place de l'intercommunalité. Trois Communes se sont groupées en une association dénommée 3A Miroso : la Commune d'Ampefy, d'Analavory et d'Anosibe Ifanja. Une centaine de regroupement d'associations sont répertoriées dans cette Région. A savoir le groupement d'associations villageoises accompagnés par la Direction Régionale de Développement Rural, la FAFAFI de la congrégation luthérienne, le SAF Fjkm de l'église protestante, l'ADDM de l'Eglise Catholique Romaine, le BIMTT... Dans cette perspective, le processus de la maquette joue un rôle à double tranchants : celui d'encourager la solidarité de la communauté mais aussi celle des organismes d'appui, pour une bonne synergie des actions.