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La maquette participative : une représentation du passé et du présent pour aider à planifier l’avenir de Nauru

La modélisation participative en trois dimensions aide à réhabiliter, à conserver et à protéger les écosystèmes à Nauru

Mars 21, 2017

La beauté de la modélisation participative en trois dimensions, ou MP3D, réside dans son aspect très visuel et tactile : les communautés représentent des villages, des districts, l’utilisation du territoire et même des groupes sociaux sur une maquette en relief du paysage. La représentation des connaissances sous cette forme confère une vue d’ensemble et offre un point central commun pour les discussions entre divers intervenants ayant tous des perspectives différentes. Cela les aide à planifier le développement rural et à gérer les ressources naturelles. En avril 2016, la MP3D a été lancée dans le cadre d’un atelier à Nauru, une île isolée du Pacifique qui tente de mettre en place des modes de survie durables après les ravages que subit une large part de l’environnement en raison de l’exploitation des mines de phosphate.

Avec une superficie de seulement 22 km2, Nauru était autrefois un paradis tropical. Cette situation a changé du tout au tout dans les années 1970. En effet, l'exploitation du phosphate rocheux (formé au cours des millénaires par les déjections des oiseaux) a creusé les montagnes et ravagé les forêts vierges natives. L'exploitation minière a aussi changé la vie des insulaires : titulaires des droits sur les terres, ils se sont enrichis de l'octroi des locations aux compagnies minières. Ils ont délaissé leur mode de vie autonome et traditionnel car il leur était devenu inutile de travailler. Dans les dernières décennies du 20e siècle, Nauru était l'un des endroits du monde où le revenu par personne était le plus élevé.

inline nauru2À cause de l'exploitation des minières, la terre arable de surface a été enlevée presque entièrement et le peu qui reste est stérile. © Barbara Dovarch

Environnement ravagé, population appauvrie

Aujourd'hui, alors que l'extraction de phosphate régresse, la plupart des 10 000 habitants de Nauru ont du mal à satisfaire les besoins basiques pour une bonne qualité de vie. Beaucoup reviennent à leurs anciens modes de vie et reprennent la pêche et la chasse aux oiseaux. Hormis quelques initiatives mineures récentes pour promouvoir l'horticulture, l'activité agricole est inexistante sur l'île. À cause de l'exploitation des minières, la terre arable de surface a été enlevée presque entièrement et le peu qui reste est stérile, étant trop riche en phosphate et donc ayant une très haute concentration de sel. Les habitants de l'île dépendant totalement des importations d'aliments et même d'eau fraîche. La situation environnementale déjà critique est encore exacerbée par la forte probabilité de voir doubler la population au cours en 20 ans. La densité de la population le long de la côte est la plus haute du Pacifique et la disponibilité de surface pour le logement est très limitée. 

La pression démographique est aggravée par un afflux de demandeurs d'asile placés sur Nauru par l'Australie pour un traitement offshore de leur demande. En parallèle, s'ajoutent la sécheresse et les inondations dues au changement climatique, qui s'abattent sur les plaines côtières peu élevées. Les récifs de Nauru, qui abritent d'abondantes espèces animales et végétales, restent relativement sains. Cependant, des contrôles récents font état de la surpêche et d'une population d'oiseaux décimée, deux factors qui sont en train d'avoir un impact négatif sur une biodiversité locale déjà souffrante.

Une initiative Sud-Sud introduit la modélisation participative en 3D

Dans le cadre du projet Biodiversité Insulaire Intégrée (IIB), financé par le Fonds pour l'environnement mondial (FEM) et l'Alliance du Pacifique pour la Durabilité (GEF-PAS), le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) et le Secrétariat du Programme régional océanien de l'environnement (SPREP) aident le gouvernement de Nauru à faire face à cette considérable série de problèmes. Le projet IIB a introduit la MP3D comme un moyen de gérer les ressources naturelles ainsi que l'assainissement des terres et ressources marines. Au cours des dernières années, le personnel du Ministère des Ressources naturelles et de l'Environnement des Samoa occidentales (MNRE) a montré à plusieurs pays du Pacifique comment utiliser la MP3D pour analyser les problèmes, proposer des solutions envisageables, amorcer un dialogue entre les parties prenantes pour définir des plans d'action.

En avril 2016, le SPREP, en partenariat avec le CTA et avec l'assistance du personnel technique du MNRE, a organisé un atelier pour présenter la MP3D à une vingtaine de Nauruans, y compris des représentants du gouvernement et de plusieurs districts insulaires.

inline nauruLes participants élaborent la maquette en relief de l'île. © Barbara Dovarch

Percevoir les perspectives des insulaires

Le groupe de participants à l’atelier se composait d’insulaires d’âges différents, d’un représentant d’Eco-Nauru, une organisation non gouvernementale locale, et d’un membre d’un projet communautaire lié aux pêcheries. En rassemblant ces personnes, la maquette a permis d'intégrer les différentes perspectives et a amélioré leur compréhension de la situation actuelle de l'île. 

Le plus intéressant fut l’emphase que les insulaires, particulièrement les aînés, ont placée sur le marquage des endroits associés à la culture locale, aux coutumes sociales et aux événements historiques. Les jeunes du groupe, bien qu’initialement hésitants, ont rapidement été fascinés par les histoires des anciens qui apportaient des détails à la maquette. Cela donne l'impression que les Nauruans s'attachent de plus en plus à leur identité culturelle et territoriale, probablement en raison de la préoccupation généralisée quant au futur de la communauté et de l'île. En travaillant sur la maquette, les participants se sont rendu compte de l'utilité de cette dernière pour stimuler les discussions entre le gouvernement et les citoyens. En effet, les participants ont également fait remarquer qu’il serait intéressant d’étendre la maquette au-delà de la ligne côtière car la pêche est cruciale pour un État insulaire comme Nauru. L’ajout à la maquette d’un contour représentant les fonds marins permettrait de schématiser leurs ressources marines. Le Département du Commerce, de l’Industrie et de l’Environnement (CIE) de Nauru prépare déjà la cartographie des fonds marins et a accueilli l'idée d'agrandir la maquette dans le court terme de façon à ce qu'elle intègre la bathymétrie.

inline nauru 1Les insulaires, particulièrement les aînés, ont marqué sur la maquette des endroits associés à la culture locale, aux coutumes sociales et aux événements historiques. © Barbara Dovarch

Un avenir durable pour l'île

La vue plongeante qu’offre la maquette sur l’ensemble du territoire, sur la mer et les habitants, est particulièrement utile pour étudier les avantages et les désavantages de possibles mesures. Par exemple, la création de zones de conservation terrestres et maritimes pour protéger les espèces endémiques, réhabiliter les zones épuisées par l’exploitation minière ou établir des plans de traitement des déchets. Le Président de Nauru, à qui la maquette a été dévoilée le dernier jour de l'atelier, a déclaré que cet outil serait également intéressant pour établir un dialogue avec certaines divisions du gouvernement, comme l’agence en charge de la réhabilitation de l’île sous l’égide de la Nauru Phosphate Authority et les Australiens qui gèrent le centre de réfugiés, entre autres parties prenantes. Il a donc proposé que d'autres sessions de MP3D soient organisées avec un plus grand nombre de membres de la communauté et d'autres parties prenantes. 

L'atelier de MP3D à Nauru constitue la première étape d'un long processus, la semence d'un avenir qui, on l'espère, pourra pousser davantage et apporter des changements positifs. La maquette représente un moyen de communication pour la multiplicité d'acteurs qui opèrent de façon très distincte sur l'île; il s'agit d'une base de référence et un outil d'analyse commun. En sensibilisant les personnes et en renforcent la gestion collaborative, il sera peut-être encore possible de construire un avenir durable à Nauru. Suite à un siècle d'exploitation, l'essentiel aujourd'hui c'est d'aller vers la conscientisation environnementale parmi la population et aider à éveiller un sentiment de responsabilité pour les écosystèmes sociaux et naturels.

Barbara

À propos de l’auteur

Barbara Dovarch, du Département Design architectural et planification urbaine de l’université de Sassari, en Italie, explique comment la P3DM aide les habitants de Nauru à envisager des méthodes de réhabilitation, de conservation et de protection des écosystèmes terrestres et marins de l’île.