A la rencontre de six jeunes agripreneurs à succès

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Apiculture et transformation des fruits : le Burundi goûte au nectar du succès

Aristide Ihorimbere / Burundi

Deux ans sans emploi ont persuadé Aristide Ihorimbere qu’il devait prendre lui-même son avenir en main. Grâce à un petit emprunt et à une modeste parcelle de terre, cet agronome de 27 ans exploite maintenant une entreprise agroalimentaire rentable, produisant des produits à valeur ajoutée et  augmentant ainsi ses revenus. Alors qu’il emploie déjà cinq personnes à temps plein et dix à temps partiel, Aristide prévoit actuellement de développer ses activités. Son objectif : le marché de l’exportation.

Parlez-nous de l'entreprise que vous avez lancée...

Je suis agronome de formation. Je m'investis aujourd'hui dans le commerce agroalimentaire. Je gère une petite entreprise appelée Safety Health Product Company (SHEPCOM), qui est implantée à Ngozi. L'entreprise a trois différents secteurs d'activités : l'élevage, l'agriculture et la transformation de produits agroalimentaires. Dans le secteur de l'élevage, nous pratiquons l'apiculture et l'élevage de volaille, tandis que notre activité agricole repose sur la culture de différents fruits, dont notamment des bananes.

Qu'est-ce qui vous a donné l'idée de créer votre propre entreprise agroalimentaire ?

L'idée m'est venue après avoir passé deux ans sans emploi à la fin de mes études secondaires. Mon oncle, lui aussi agronome, m'a suggéré de me lancer dans l'agriculture et la vente des produits récoltés. Je suis donc allé à l'université pour étudier l'agronomie et j'ai aussi bénéficié d'une formation du Fonds international de développement agricole (FIDA). En même temps, j'ai lancé mon entreprise agroalimentaire. Mon père m'a donné une parcelle de deux hectares de terrain, ainsi qu'un prêt de 500 000 BIF (environ 275 €) pour pouvoir débuter.

Que produisez-vous et où vendez-vous ?

La gamme de produits proposés par mon entreprise comprend, entre autres, du miel naturel, du vin de miel (hydromel), de la confiture, des œufs et de la mayonnaise. Je vends ces produits aux hôtels, aux épiceries, aux bars et aux restaurants. Je suis heureux de pouvoir dire qu'il y a une forte demande pour tous mes produits, car leur qualité est meilleure que celle de la plupart des produits disponibles sur le marché. Plusieurs grands hôtels de Ngozi et de la capitale, Bujumbura, utilisent mes produits, spécialement le miel et les œufs. Ils se tournent vers moi pour plusieurs raisons. Tout d'abord, je dispose généralement de quantités suffisantes pour les fournir et je leur propose toujours des produits de grande qualité. Ensuite, je livre mes produits aux clients qui en commandent de grandes quantités.

Pouvez-vous décrire quelques-uns des défis auxquels vous avez dû faire face ?

Les principales difficultés que j'ai dû surmonter étaient d'obtenir un approvisionnement en emballages, ainsi qu'en certaines des matières premières qui doivent être importées de l'étranger. J'aurais aussi réellement besoin de certaines machines de transformation alimentaire qui m'aideraient à préparer la confiture et la mayonnaise de manière plus moderne. Pour le moment je les prépare encore à la main. Enfin, j'ai besoin de moules pour réaliser mes propres emballages (des bouteilles en plastique). Je veux surmonter ces obstacles afin de me développer et d'être en mesure d'exporter mes produits.

Pensez-vous que l'agriculture a un avenir prometteur ?

Oui, absolument, mais il lui faut des ressources financières substantielles en raison de la pénurie de terrain et des problèmes liés au changement climatique. Pour faire face à ces problèmes, il est nécessaire d'avoir le concours du gouvernement et des grandes entreprises. Une agriculture rentable constitue une solution pour combattre la faim et la pauvreté, qui dévastent les populations rurales de notre pays. En outre, cela pourrait aider à réduire les importations alimentaires et donc les importations générales, ce qui contribuerait à arrêter la dévaluation de notre devise nationale.

Est-il important de recevoir un enseignement ou une formation agricole ?

Une formation agricole vous permet de pratiquer des techniques agricoles modernes et, par conséquent, d'augmenter votre production. Je crois personnellement que bénéficier d'une forme de formation agricole est essentiel pour les jeunes des pays en développement, où l'agriculture est principalement pratiquée par des agriculteurs qui n'ont pas eu accès à l'éducation.

Quelles sont les qualités nécessaires pour devenir un agripreneur ?

Vous devez avant tout avoir l'esprit d'entreprise. Ensuite, il est important d'avoir reçu une formation en planification commerciale et en gestion des petites et moyennes entreprises. Un accès au crédit peut aussi être particulièrement utile pour ceux qui ont des problèmes financiers.

Quel conseil donneriez-vous à d'autres jeunes qui voudraient se lancer dans le commerce agroalimentaire ?

Je conseillerais à ces jeunes futurs agripreneurs de faire montre de détermination et de courage et de toujours garder l'espoir. Ils doivent aussi se rendre à des foires et participer à des visites d'échange avec d'autres entrepreneurs en vue d'élargir leur champ d'expérience.

Clare Pedrick