A la rencontre de six jeunes agripreneurs à succès

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Oser et en récolter les fruits

Jean-Marie Kameni / Cameroun

Jeune homme ayant grandi dans le Cameroun rural, Jean-Marie Kameni savait que son avenir résidait dans le lancement d’une forme d’entreprise agroalimentaire. Mais il manquait un ingrédient fondamental à ses projets : la connaissance technique qui garantirait la prospérité de ses cultures.

Orphelin, Jean-Marie Kameni avait toujours su qu'il ne devrait compter que sur lui-même pour réussir dans la vie. Après avoir quitté l'école secondaire, une formation complémentaire était un luxe qu'il ne pouvait s'offrir. Il a donc commencé par enseigner les mathématiques, la physique et la chimie à l'école de son village et a économisé suffisamment pour acheter une parcelle d'un hectare sur laquelle il décida de planter des cacaoyers. Cela s'est avéré une erreur coûteuse. La première entreprise agroalimentaire de Jean-Marie Kameni a échoué, ses cacaoyers furent ravagés par une maladie fongique. Le jeune homme ne put rien faire d'autre que regarder, impuissant, les fleurs se flétrir et tomber des plants.

« C'est parce que je n'avais pas de bonne formation », reconnaît-il aujourd'hui. Déterminé à ne pas abandonner – ni à faire deux fois la même erreur – Jean-Marie Kameni s'est alors inscrit dans un collège technique d'agriculture à Bafang, non loin de son village.

« Je l'ai choisi parce que c'était le plus proche, explique-t-il. Comme j'étais orphelin, j'ai dû continuer à travailler dans les champs pour payer mes études. » Son choix s'est révélé payant. Diplômé en 2015, il est classé major de sa promotion et ne cesse plus de réfléchir aux mille manières de se construire un avenir meilleur grâce à l'agriculture. Mais ses finances sont au plus bas et Jean-Marie Kameni doit trouver une solution pour rassembler l'argent nécessaire à sa nouvelle entreprise qu'il décide de consacrer à la production de tomates.
« Personne n'avait jamais essayé de faire pousser des tomates dans cette région et j'ai remarqué qu'il y en avait peu ici, malgré une demande importante, explique-t-il. J'ai décidé de tenter l'expérience. »

Une planification dans le moindre détail

Au collège, Jean-Marie Kameni avait appris que l'agriculture devait être méthodique, et qu'il fallait utiliser les intrants adéquats pour atteindre un bon rendement. Mais le coût des semences, insecticides, fongicides et engrais nécessaires dépassait largement son budget limité.

N'étant pas de ceux qui se découragent facilement, Jean-Marie Kameni prend un petit travail au salaire mensuel de 100 000 FCFA (152 €) pendant huit mois. Sa paie, quelques économies et un prêt de son frère aîné lui permettent d'acheter des semences hybrides de bonne qualité, aux rendements plus importants et plus résistantes aux maladies. Il achète également une pompe hydraulique puissante pour irriguer les plants, choisissant un modèle capable de pomper l'eau sur une distance de plus d'un kilomètre. Enfin, il acquiert des engrais et des pesticides, ainsi que des bidons en plastique, des tuyaux et des pulvérisateurs pour les épandre.

Utilisant une fois encore les connaissances qu'il avait acquises au collège d'agriculture, Jean-Marie Kameni réfléchit longuement au meilleur moyen de cultiver ses plants et opte pour une technique de plantation verticale, afin de protéger les fruits contre les ravageurs et les maladies, améliorant ainsi les récoltes et les profits.

« Dans beaucoup de régions du Cameroun, les cultivateurs n'attachent pas les plants de tomates. Ils les laissent traîner au sol, ce qui a de nombreux inconvénients car les ravageurs mangent les fruits. Cela signifie en outre que, à la saison des pluies, les tomates sont en contact direct avec le sol mouillé et se décomposent donc plus vite, explique Jean-Marie Kameni, âgé aujourd'hui de 31 ans. Lorsque vous êtes au marché, vous pouvez voir immédiatement si des tomates ont poussé de cette manière, car elles sont sales. Avec la méthode que j'utilise, les plantes sont attachées à la verticale. Cela signifie aussi que l'on peut faire pousser plus de plants sur un espace plus petit. » Dans une rangée avec des écarts d'un mètre et demi, Jean-Marie Kameni cultive 10 plants, tous produisant une riche récolte de fruits rouges, brillants et pleins de santé.

La chance sourit aux audacieux

Au total, le jeune agriculteur investit 2,5 millions FCFA (3 800 €), une somme énorme pour quelqu'un à la situation financière aussi difficile. Mais Jean-Marie Kameni conserve son sang-froid et amortit son investissement initial dès la première saison, produisant 800 cageots de tomates récoltées pour un chiffre d'affaire de 4 millions FCFA (6 100 €).

Il sourit en repensant au pari qu'il a fait. « J'ai pu rembourser mes dettes et avec le reste de l'argent, j'ai loué une nouvelle parcelle de 3 ha que je prépare maintenant pour la culture. J'ai aussi acheté plus de semences – à peu près quatre fois la quantité que j'ai plantée la fois passée. »

Le succès de Jean-Marie Kameni a un impact important sur les autres jeunes gens de la communauté, 30 d'entre eux ayant trouvé un emploi dans sa plantation de tomates.

« Il nous a aidé à trouver notre chemin, déclare Emmanuel Ngaleu, l'un de ses employés. Avant, nous ne savions pas que ce genre d'agriculture était possible. Nous sommes très heureux et nous voulons l'imiter. Ce que nous apprenons dans les champs nous permettra peut-être d'accéder à une position similaire demain. »
Bien conscient du modèle qu'il est devenu pour la jeunesse locale, Jean-Marie Kameni est généreux de son temps et de son expérience.

« Les gens qui m'entourent m'envient, parce que je dirige ma propre entreprise et que j'ai assez pour me nourrir. Beaucoup de jeunes viennent me voir dans mon champ. Ils veulent être comme moi et je les encourage. Je leur dis d'être audacieux, comme je l'ai été » explique-t-il.

Je crois que l'agriculture est le pilier de l'économie d'un pays, spécialement dans les pays en développement comme le mien. Je recommande aux jeunes de travailler le sol, car même en ayant peu d'argent, on peut cultiver sa propre nourriture et être indépendant. L'agriculture emploie plus de 60 % de la population active – et elle en nourrit encore plus. »

Clare Pedrick