A la rencontre de six jeunes agripreneurs à succès

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Chocolats artisanaux à Sainte-Lucie – de la fève à la tablette

Maria Jackson / St. Lucia

Moins d’un an après avoir créé sa propre petite entreprise de confection de chocolat, l’entrepreneuse saint-lucienne Maria Jackson pense déjà à élargir sa base de production – et à se lancer dans l’agritourisme. 

Abandonner son emploi sûr dans un grand hôtel de l'île caribéenne de Sainte-Lucie était le plus grand pari qu'ait pris Maria Jackson au cours de sa jeune vie. Le second était d'investir toutes ses économies dans l'entreprise de confection et vente de chocolat qu'elle prévoyait de lancer. Mais moins d'un an plus tard, la jeune femme de 26 ans est fermement convaincue d'avoir pris la bonne décision et elle envisage déjà de se tourner vers le marché de l'exportation.

Dans son propre pays, la petite entreprise de Maria, Cacoa Sainte-Lucie, est train de se constituer une clientèle régulière, séduite par sa gamme de tablettes de chocolat artisanales. Ses produits se vendent désormais à l'aéroports ainsi que dans des hôtels, des restaurants et des boutiques d'artisanat.

Maria travaillait en tant que cheffe pâtissière dans un hôtel lorsque l'idée de créer une entreprise agroalimentaire lui est venue. Son travail l'amenait souvent à confectionner des chocolats faits maison. Après avoir appris la technique et découvert à quel point le produit était populaire auprès des clients de l'hôtel, elle s'est rendue compte de l'opportunité de fonder sa propre entreprise de chocolats artisanaux.

« Beaucoup de clients de l'hôtel étaient curieux de savoir pourquoi personne ne fabriquait de chocolat à Sainte-Lucie alors que nous produisons des fèves de cacao et que nous les exportons », explique Maria. « C'est pourquoi j'ai pensé que ce serait une idée formidable de créer de petites tablettes de chocolat pour le plaisir de nos visiteurs. J'ai décidé de tout investir – mon temps et mes moyens – dans le projet et jusqu'ici les résultats ont été fantastiques. »

La touche personnelle

Pour prendre la décision difficile de quitter son emploi et de se consacrer à son entreprise, Maria a pu compter sur le soutien de son mari, Callistus, qui l'aide à la production après sa propre journée de travail.

La confection des tablettes de chocolat – qui sont aromatisées avec des produits locaux tels que des épices de l'île – est une activité laborieuse. Elle implique d'organiser la collecte des fèves de cacao chez les fermiers de l'île. Maria a conclu un accord avec eux afin d'en acheter une certaine quantité sur une base régulière. Elle se procure toutes ses fèves directement chez des producteurs locaux après avoir testé leur qualité au préalable. Bien que le tourisme ait remplacé la production de cacao en tant que principale source de revenus de l'île, les collines de Sainte-Lucie sont parsemées de plantations.

Après avoir fermenté pendant sept jours, les fèves sont séchées au soleil pendant une période équivalente, avant d'être triées et écossées dans une vanneuse, puis torréfiées et broyées.

« La phase de fermentation de sept jours est critique pour l'arôme du produit final. Elle compte pour 70 % du goût. Il est donc réellement crucial de bien la mener », explique Maria. « Il faut donner à la pâte deux à trois semaines de plus pour arriver à maturité. Elle développe alors un arôme encore plus riche et est ensuite tempérée. »

Ce processus laborieux implique de réchauffer et refroidir le chocolat pour permettre une cristallisation parfaite. L'étape finale de la production consiste à couler le chocolat dans des moules, puis à l'emballer et l'étiqueter, chaque étape étant réalisée à la main.

Pour commercialiser ses produits, Maria se rend personnellement dans chaque point de vente et organise la livraison des commandes par l'intermédiaire d'une société de distribution locale. Elle attribue le succès de son chocolat à sa pureté et au fait qu'il s'agit d'un authentique produit saint-lucien, fait à partir de fèves ayant poussé sur l'île et confectionné par une habitante locale. Maria a déjà engagé deux employés pour l'aider lors des phases de production et d'emballage. Elle dit qu'il est important pour elle de garder son commerce dans sa communauté locale.

« Là où je vis, dans le village de Canaries, il n'y a pas d'activité économique. Je considérais donc le début d'une petite entreprise comme une opportunité de créer des emplois pour les jeunes femmes. », explique-t-elle. « On m'a conseillé de relocaliser mon entreprise dans une zone urbaine, mais j'ai l'intention de la garder là où elle se trouve, afin qu'elle reste au sein de la communauté locale. »

La bataille pour le crédit

Avec un fils de quatre ans, trouver du temps à consacrer à sa petite entreprise et à sa famille n'est pas chose aisée. Mais en plus de jongler avec le temps et les engagements, le plus grand défi de Maria a été de trouver une source de crédit pour lancer son entreprise.

« Pour avoir accès à un prêt, vous devez avoir établi un plan d'affaires et répondre à un nombre incroyable de questions. Même après tout cela, beaucoup d'institutions financières ont rejeté ma demande », explique-t-elle. « J'ai fini par utiliser mes économies personnelles. Le lancement de l'entreprise a coûté cher, en partie à cause des machines, mais aussi parce que je devais rénover mon garage pour le transformer en unité de production. »

La prochaine étape du plan d'affaires de Maria est d'étendre son activité à l'agritourisme. Elle prévoit d'organiser des visites et des démonstrations pour les touristes internationaux et elle espère construire une unité de production plus grande en 2017. Celle-ci restera toutefois située près de sa maison.

« Mon intention était de commencer petit, mais j'ai toujours voulu développer un atelier où je pourrais accueillir les clients et leur montrer la fabrication du produit », explique Maria. « C'est aussi une manière pour eux d'emporter un petit morceau de Sainte-Lucie dans leur pays. Mon idée est donc maintenant de commencer à exporter les tablettes de chocolat. »

Maria n'hésite pas à conseiller aux jeunes de suivre son exemple.
« L'agriculture fait parfois l'objet d'une stigmatisation, mais bien qu'il puisse y avoir des obstacles lors de la création d'une entreprise agroalimentaire, je recommanderais définitivement aux autres jeunes de se lancer. Ne serait-ce que parce que vous soutenez ainsi votre communauté, votre île, ou quel que soit le lieu d'où vous venez – n'oubliez pas que tout est possible. »

Clare Pedrick

 


Maria Jackson est l'une des dix jeunes « agripreneurs » de la région des Caraïbes ayant reçu une formation en développement de produits et des affaires. Cette formation est organisée par l'Institut interaméricain de coopération pour l'agriculture (IICA) dans le cadre de son Programme de politique agricole (APP). Le CTA met en œuvre le Programme de politique agricole intra-ACP dans les régions des Caraïbes et du Pacifique, en collaboration avec l'IICA et la Communauté du Pacifique (CPS).