A la rencontre de six jeunes agripreneurs à succès

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Au Lesotho, l’union fait la force

Noi Paulina Selepe / Lesotho

Quand Noi Paulina Selepe, une éleveuse de 29 ans, a lancé son entreprise agroalimentaire, elle a réalisé que celle-ci était trop petite pour alimenter le marché de viande de poulet en croissance rapide de son pays. Loin d’être découragée, cette jeune femme entreprenante a décidé de proposer à d’autres éleveurs de poulet de se joindre à elle – augmentant ainsi la production globale et aidant les autres producteurs à gagner des revenus supplémentaires au cours du processus. 

Pourriez-vous décrire votre entreprise agroalimentaire et expliquer pourquoi vous l'avez lancée ?

J'ai créé mon entreprise après avoir terminé l'université, où j'avais étudié pour devenir professeur. J'ai cherché un travail, mais il n'y en avait pas et j'ai donc décidé de me lancer, à la place, dans l'élevage de bétail à petite échelle. Je cherchais à tout prix un moyen afin de gagner de l'argent pour vivre ; j'ai donc choisi l'élevage de porcs et de poulets, car c'est ce qui semblait offrir les meilleures opportunités.

Comment avez-vous développé votre entreprise ?

L'un de mes amis avait des porcs et je lui ai demandé de m'en donner deux pour pouvoir commencer. J'en ai actuellement 17, que je vends encore porcelets à d'autres éleveurs pour qu'ils les engraissent. Toutefois, j'ai décidé pour le moment de me concentrer sur la partie « poulets » de mon entreprise, car c'est de ce côté que la demande est la plus forte. Il y avait un abattoir désaffecté pas très loin et j'ai décidé de créer une société avec deux autres éleveurs pour le louer. Les poulets que nous élevons entre nous ne sont pas suffisants pour approvisionner le marché, alors je mobilise d'autres éleveurs pour se joindre à nous et approvisionner l'abattoir avec plus de poulets.

Comment fonctionne le commerce ?

Quand les poulets sont prêts à être abattus, nous allons les chercher chez les éleveurs et nous les emmenons à l'abattoir, où il y a aussi une chambre froide. Nous avons noué des relations commerciales avec plusieurs grands hôtels et supermarchés de la région. Je travaille maintenant avec un total de 45 éleveurs pour approvisionner l'abattoir. À eux tous, ils peuvent produire 3 300 poulets par cycle, une période qui correspond à six semaines. Je produis moi-même 300 poulets par cycle. Pour l'instant, le manque de ressources financières m'empêche de produire plus. C'est pourquoi j'ai décidé de m'unir avec d'autres éleveurs.

Comment vous êtes-vous informée et instruite ?

Je suis actuellement la présidente de la « Young Lesotho Farmers Association ». Je suis aussi la Secrétaire générale de la « Lesotho National Farmers Union ». Faire partie de ces organisations m'a permis de suivre des séances de formation sur les techniques d'élevage des porcs et des poulets, ainsi que sur la gestion d'une entreprise agroalimentaire.

Quels marchés approvisionnez-vous et comment les avez-vous trouvés ?

Le marché est là et j'ai pu négocier avec des clients désireux d'acheter nos produits. Ce n'était pas trop difficile de les convaincre, car nous avons l'abattoir et toutes les machines nécessaires pour la chaîne logistique. Pour établir ces marchés, je suis allée parler aux responsables des hôtels et des supermarchés, ce qui a entraîné de nombreux frais de voyage. Mais le poulet est consommé presque tous les jours dans notre pays, pour le petit-déjeuner, le déjeuner et le dîner. La demande est donc très importante.

Pouvez-vous décrire les difficultés principales que l'on rencontre quand on veut diriger une entreprise agroalimentaire ?

Mon problème principal est pour l'instant de trouver le capital dont j'ai besoin pour me développer. J'ai, par exemple, réellement besoin d'une chambre froide mobile pour livrer la viande à mes clients, mais cet équipement coûte très cher. Les coûts de fonctionnement sont aussi très élevés en termes d'électricité, d'eau, d'emballage et de personnel à employer.

Comment votre entreprise agroalimentaire aide-t-elle votre communauté ?

Changer la vie des autres gens me passionne. C'est ce qui est vraiment important pour moi. Les autres éleveurs sont très heureux de ce que j'ai fait, car ils ont maintenant un débouché commercial régulier. J'emploie actuellement un collaborateur à temps plein et six travailleurs occasionnels, ce qui signifie que j'aide à créer de l'emploi pour les habitants locaux. Quand on parle d'aider la communauté, la question de la nutrition entre également en jeu. Si les gens mangent plus de viande, ils vont bénéficier d'un régime avec plus de protéines, ce qui est une avancée positive.

Comment voyez-vous le futur de l'agriculture ?

Je crois que l'agriculture a un très bel avenir devant elle. L'introduction des nouvelles technologies signifie que nous allons être capables de pratiquer une agriculture intelligente, autrement dit une sorte d'agriculture qui ne demande pas énormément de travail physique. Je crois que beaucoup plus de jeunes pourraient trouver un bel avenir dans l'agriculture.

Quelles sont les qualités nécessaires pour réussir en tant qu'agripreneur ?

Vous devez être un travailleur acharné, mettre vos propres envies de côté et vous concentrer sur le travail en cours. Vous devez être absolument déterminé et prêt à faire des sacrifices. Vous devez aussi pratiquer l'échange d'informations autant que possible. Je conseillerais aux autres jeunes d'arrêter de penser à ce que notre pays peut faire pour eux. Il est grand temps de nous demander ce que nous pouvons faire pour notre pays. Et cela doit commencer avec les jeunes. Vous devez apporter le changement, pour voir le changement.

Quels sont vos projets pour l'avenir ?

Mon ambition est de devenir la première parmi les jeunes agripreneurs du Lesotho. Je veux posséder mon propre abattoir de poulet et c'est tout à fait possible si je reçois le soutien dont j'ai besoin. Louer coûte très cher, il est donc logique de mettre en place ses propres installations.

Clare Pedrick