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Partager les risques financiers afin de stimuler l’accès au crédit pour les petits agriculteurs en Afrique

Avril 19, 2017

Dans de nombreux pays de l’Afrique subsaharienne, les petits exploitants agricoles se voient souvent refuser les prêts car le financement du secteur agricole est considéré comme un investissement à haut risque. Face à ce constat, une rencontre politique et table ronde annuelle des banques centrales de l’Association africaine du crédit rural et agricole (AFRACA) s’est penchée sur les mécanismes de financement avec partage des risques dans l’économie agricole africaine.

En Afrique subsaharienne, l’agriculture représente 70 % de la population active et entre 25 % et 70 % du PIB dans la plupart des pays. Toutefois, selon la Banque africaine de développement (BAD), moins de 3 % du total des prêts des banques commerciales est destiné au secteur agricole africain. Le manque d’accès au financement constitue l’un des problèmes majeurs rencontrés par les agriculteurs qui souhaitent investir dans la gestion durable des terres à plus grande échelle et l’amélioration de la qualité alimentaire.  

Les banques centrales et les gouvernements peuvent faire avancer les choses en s’attaquant à ces problèmes. Mais quelle est la meilleure manière d’impliquer ces acteurs ? Il s’agissait de l’une des questions essentielles abordées lors d’une table ronde qui a eu lieu les 29 et 30 mars 2017, au siège de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) à Lomé, au Togo. Intitulée « Adaptabilité des mécanismes de financement avec partage des risques dans l’agriculture africaine », la rencontre a rassemblé des représentants des banques centrales, des partenaires de développement et d’autres acteurs d’Afrique de l’Ouest et d’ailleurs. L’objectif était de tracer une feuille de route pratique pour mobiliser des flux de capitaux privés dans les chaînes de valeur agricoles intégrées par des petits exploitants agricoles dans le continent. L’événement était organisé par l’AFRACA en parallèle à ses rencontres politiques régulières. Il a bénéficié du soutien du CTA et de la BOAD.  

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Temps forts de la réunion 

Les participants à la table ronde ont reconnu que les défis des chaînes de valeur agricole et financière demandent un changement systémique. Ce dernier ne pourra survenir que par la création d’un système incitatif basé sur le partage des risques, afin de soutenir les prêts agricoles dans les pays africains. Pour y arriver, il faudra diminuer les risques des chaînes de valeur agricoles, réduire les coûts de transaction et débloquer les flux financiers à destination du secteur agricole, à grande échelle à travers le continent.

Afin de déployer cette initiative de Mécanisme avec partage des risques, « il est attendu que les pays d’Afrique de l’Ouest qui s’engagent dans cette initiative réservent d’importants investissements domestiques et les utilisent pour encourager et aider le secteur privé à prêter de l’argent au secteur agricole », a expliqué Matthew Adetunji, le représentant du CTA à la table ronde.

Au Nigeria, par exemple, le développement d’un système d’ensemble avec partage des risques a déjà eu un effet positif sur le financement agricole et le développement. Toutefois, Aliyu Abbati Abdulhameed, le directeur du « Système nigérian de partage des risques basé sur l’incitation pour des crédits agricoles » (NIRSAL), a précisé que « le partage des risques devait aller plus loin que le simple financement. Il s’agit d’inclure la création de débouchés commerciaux et d’élaborer des modèles de gestion profitables, afin d’inciter les banques à octroyer des prêts aux acteurs des chaînes de valeur ». Il a aussi déclaré que, en se fondant sur les expériences passées, le mécanisme de financement avec partage des risques n’assurerait pas seul la durabilité du financement agricole africain. D’après lui, les experts doivent envisager des systèmes de financement mixtes qui créent à la fois une incidence et des retours pour le financement du commerce agroalimentaire.

En ce qui concerne les banques centrales, les experts de la rencontre ont identifié des solutions pour remédier au financement agricole actuel inadéquat. Celles-ci passent par la promotion de politiques visant à adapter des modèles d’ensemble avec partage des risques pour le commerce agroalimentaire, la création de débouchés commerciaux pour l’investissement du secteur privé et le développement des capacités des institutions financières.  

Le manque d’expertise des institutions financières en matière d’agrofinancement était l’un des autres sujets clés de la discussion. Les experts participants ont partagé leurs expériences et opinions nationales pour améliorer le développement des capacités d’agrofinancement des institutions financières. Selon Matthew Adetunji, « la rencontre a permis d’atteindre une étape importante en établissant la possibilité d’un partenariat pour la formation des institutions financières en matière de financement agricole. L’AfDB, le CTA et l’AFRACA ont été identifiés comme des organisations pouvant soutenir la promotion et la sensibilisation aux meilleures pratiques – tant dans les modèles incitatifs basés sur le partage des risques, que dans le financement mixte pour les modèles agricoles ou le développement des capacités des institutions financières ».

inline1 riskLe CTA a été distingué et récompensé par l’AFRACA pour son soutien à la promotion d’un financement agricole solidaire à destination des petits exploitants en Afrique.

Un partenariat solide entre l’AFRACA et le CTA      

Le CTA est le partenaire de l’AFRACA depuis 2013. À travers leur partenariat, ils ont cherché à créer une plate-forme pour que les banquiers centraux puissent périodiquement débattre des politiques et des interventions destinées à améliorer l’accès solidaire au financement des communautés rurales en Afrique. Conjointement organisée par le CTA et l’AFRACA en novembre 2016, la conférence Blending4Ag a représenté le point culminant de ce partenariat. La conférence a porté sur l’usage stratégique du financement du développement et des fonds philanthropiques nationaux et internationaux.    

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