A la rencontre de six jeunes agripreneurs à succès

CTA

Rationaliser l’agriculture intelligemment

Joshua Ayinbora / Ghana

La journée de travail de Joshua Ayinbora est exceptionnellement longue. Ce Ghanéen de trente ans travaille à temps plein en tant qu’ingénieur géologue et dirige une entreprise agricole d’ananas encore petite mais déjà florissante. Grâce aux technologies de l’information et de la communication (TIC), il peut surveiller son exploitation à distance et contrôler son entreprise en permanence.  

Le temps de Joshua Ayinbora est précieux. C'est pourquoi il s'assure de l'utiliser aussi intelligemment que possible. Après une journée de travail dans une société internationale d'ingénierie et de conseil, il passe à la gestion de son exploitation de 10 hectares dans laquelle il fait pousser des ananas, des papayes et des légumes.

Bien qu'il ne dispose que de rares moments libres, Joshua ne voudrait pas qu'il en soit autrement.

« J'ai deux métiers : l'un en tant qu'ingénieur et l'autre en tant que producteur, mais j'arrive à combiner les deux. », explique-t-il. « Je travaille chaque jour du moment où je m'éveille jusqu'au moment où je m'endors, mais c'est comme ça que j'aime vivre. »

En raison de ses engagements professionnels, Joshua ne peut être physiquement présent sur son exploitation qu'en fin de semaine. Il dispose d'une série d'outils « intelligents » qui permettent à lui-même et à son équipe de jeunes gestionnaires agricoles – tous diplômés comme lui – de gérer l'exploitation de n'importe où malgré leur emploi du temps chargé.

« Ici, nous faisons les choses un peu différemment », explique Joshua. « Nous utilisons les technologies TIC pour que tout fonctionne de manière fluide et efficace. » Parmi celles-ci, une application pour téléphone mobile permettant de suivre toutes les activités du domaine, un système en ligne pour commander les intrants et payer les factures, ainsi que des équipements pour mesurer l'humidité du sol et éviter l'excès d'irrigation.

N'étant pas de ceux qui s'en remettent à la chance, Joshua s'est bien préparé avant de s'embarquer dans une carrière dans l'agro-industrie. Après avoir étudié les sciences de la Terre à l'université au Ghana, il a obtenu un master en génie pétrolier et gazier à l'Université de Salford au Royaume-Uni. De retour au pays, en 2013, il avait déjà une idée claire de la direction que son avenir devait prendre.

« J'ai toujours rêvé de devenir entrepreneur et de créer ma propre entreprise. Pendant mes études à l'université, en Angleterre, j'ai fait beaucoup de recherches et d'analyses et j'ai réalisé que tout me menait vers une chose : l'agriculture. », se souvient-il. « Toutes mes lectures traitaient de l'importance de l'agriculture dans le futur de l'Afrique – l'un des rares domaines où l'Afrique possède un avantage compétitif. »

Une entreprise responsable

Créer une entreprise basée sur l'agriculture correspondait aussi aux objectifs sociaux de Joshua. Il souhaitait réduire la pauvreté et créer des emplois dans le Ghana rural. Après seulement deux années d'existence, son entreprise emploie déjà 15 employés.

« J'essayais de trouver une activité qui ne m'apporterait pas seulement une seconde source de revenus, mais qui aiderait aussi la communauté d'où je viens et contribuerait à résoudre le réel problème de manque de nourriture en Afrique », explique-t-il.
Il n'est pas surprenant d'apprendre que Joshua a mené une recherche minutieuse avant de choisir l'ananas comme produit de culture principal sur le terrain qu'il a loué dans l'est du Ghana. Il a vite réalisé qu'il y avait une pénurie de ce fruit dans son pays. La plupart des sociétés devaient se procurer leurs ananas aussi loin que le Togo et la Côte d'Ivoire afin de les transformer en produits à valeur ajoutée.

Des investigations supplémentaires ont révélé que les conditions locales étaient presque parfaites pour la production d'ananas, avec un sol et un climat idéaux. Grâce à un exercice de modélisation financière, le jeune entrepreneur a calculé que cette culture avait de bonnes chances d'être rentable. Avec son temps de croissance d'un an et demi, elle évitait les pressions économiques excessives à court terme et s'adaptait parfaitement à son horaire de travail à temps plein.

La plupart des ananas produits par sa petite entreprise, Groital, sont vendus à une firme de production de jus de fruit voisine, qui est aussi le plus grand acheteur de fruits en Afrique de l'Ouest. Implanter son exploitation à une demi-heure de route de cette société s'est révélé un avantage stratégique pour Joshua. Il y livre des camions entiers d'ananas à intervalles réguliers.


Joshua a investi la totalité de ses économies et de son salaire mensuel de géologue dans la location de sa première parcelle. Il a remporté deux récompenses prestigieuses en 2016. La première, le concours StartUpper organisé par Total Petroleum Ghana. La seconde, ENGINE, un concours organisé par l'ONG internationale TechnoServe afin de récompenser les jeunes entrepreneurs. L'argent ainsi gagné (près de 26 000 €) a été investi intégralement dans son entreprise.

Une main tendue vers la jeunesse

Alors, les sacrifices en valaient-ils la peine ? La réponse de Joshua est un « oui » catégorique.

« La première récompense est la satisfaction. J'ai réussi à créer des emplois et c'est très gratifiant. Beaucoup de mes employés sont des jeunes. Si plus de gens le faisaient, nous pourrions résoudre le problème du chômage en Afrique », explique-t-il. Déterminé à faire profiter sa communauté, Joshua a déjà pu raccorder deux villages à l'eau potable grâce aux puits qu'il a fait forer pour sa plantation d'ananas.

« Avant, les habitants puisaient leur eau dans une rivière boueuse. Alors, quand je vois des enfants aller chercher de l'eau aux puits pour boire, cuisiner et lessiver, je suis profondément heureux d'avoir pu améliorer la vie des gens vivant à proximité de l'exploitation. »

Dans le cadre de sa stratégie consistant à utiliser des solutions de haute technologie pour rationaliser l'activité, Joshua a expérimenté l'usage de drones survolant sa ferme. Ils aident à identifier les plantes malades et à cibler les traitements par pulvérisations, ainsi qu'à suivre la croissance de manière à n'utiliser de l'engrais que lorsque c'est nécessaire. Le résultat : moins de gaspillage et une agriculture plus rentable et durable. En octobre 2016, Joshua a accueilli une démonstration d'usage des drones dans l'agriculture de précision organisée par le CTA.

L'image moderne offerte par l'activité de Joshua séduit les autres jeunes entrepreneurs. Au cours des derniers mois, il a été contacté par de nombreux jeunes désireux d'en apprendre plus. Ses profils régulièrement actualisés sur Facebook et les autres médias sociaux contribuent à diffuser son message. Il prévoit de s'associer avec le Jeune réseau africain pour la transformation de l'agriculture (AYNAT) et d'organiser des stages afin d'aider les jeunes entrepreneurs à acquérir de l'expérience. Malgré son temps limité, Joshua s'efforce de conseiller les jeunes en fin d'études qui le contactent. Il se fait un devoir de les inviter chez lui un samedi lorsqu'il peut être lui aussi présent sur l'exploitation.

« Je conseille aux jeunes de voir l'agriculture comme un commerce et elle doit être abordée de ce point de vue. Ce n'est pas quelque chose que l'on fait lorsqu'on n'a rien d'autre à quoi se raccrocher », explique-t-il. « Ils doivent aussi se rendre compte que si tout le monde mange, cela signifie qu'il y a de grands espoirs pour le secteur agricole. Si vous cultivez votre exploitation correctement, vous allez certainement gagner davantage que quelqu'un travaillant dans un bureau. »

Clare Pedrick