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Récolte de maïs exceptionnelle au Malawi : un coup de pouce à l’agriculture intelligente face au climat

Juin 23, 2017

Alice Kachere est agricultrice. Et sa chance, c’est surtout d’être intelligente. L’année dernière, une terrible sécheresse et des inondations ont anéanti des élevages et des cultures au Malawi, plongeant de nombreux fermiers du pays dans l’insécurité alimentaire. 

À la périphérie de Lilongwe, capitale du pays située dans la Région centrale, de nombreux fermiers fêtent une récolte exceptionnelle, réalisée grâce à de bonnes pluies après des années de sécheresse. Parmi eux, Alice Kachere, originaire de Kalumbu, un village situé à 30 km au sud-est de Lilongwe.  

Même pendant la mauvaise saison, elle a pu récolter du maïs sur deux de ses trois parcelles. Alice cultive également des arachides, du soja et du tabac et veille à la fertilité de ses terres. Les sécheresses et les inondations ont cependant diminué la fertilité du sol et la productivité des terres cultivées par les petits agriculteurs du Malawi. La plupart d'entre eux cultivent en moyenne un hectare de terres.

Grâce à une formation aux méthodes agricoles intelligentes face au climat, certains agriculteurs, comme Alice, conservent les tiges et les feuilles des cannes de maïs et de soja après les récoltes. Les tiges font office de couverture végétale et aident à améliorer la fertilité des sols. Il s'agit là d'un aspect important, en raison surtout de la prédominance de la monoculture du maïs dans le pays, dont les techniques comme l'agriculture de conservation sont découragées en faveur de la diversification qui se prête mieux à l'adaptation au changement climatique.

« Les tiges de maïs servent d'engrais et empêchent l'eau de s'écouler lorsque les précipitations sont supérieures à la moyenne, ce qui a été le cas cette année », explique Alice Kachere (46 ans), mère de trois enfants et membre de l'Association des agriculteurs (de) Nyanja. « Ma production a donc augmenté alors que les agriculteurs qui n'utilisent pas cette protection végétale récoltent moins, voire rien du tout. Laisser en place les tiges pour couvrir les terres permet de retenir l'humidité dans le sol, et de lutter ainsi contre le changement climatique. »

L'Autorité tribale de Kalumbu a édicté des règlements interdisant d'enlever ou de brûler les tiges après la récolte et des amendes frappent les contrevenants, explique Peter Kaupa, NASFAM, Field Officer pour l'Association Nyanja.

Part of A Kacheres harvest for this yearAlice Kachere a récolté 2 500 kg (50 sacs) de maïs l'année dernière et s'attend à en récolter 12 500 kg (250 sacs) cette année.

Le Malawi est l'un des pays d'Afrique australe où l'état de catastrophe naturelle a été déclaré en raison d'une sécheresse qui fait suite à d'importantes précipitations dues à El Niño. Cette sécheresse a affecté la production de maïs et plus de 6 millions d'habitants ont dû bénéficier d'une aide alimentaire.

Elias Kanyangale est lui aussi agriculteur. Cette année, il a doublé sa production de maïs (50 sacs l'année dernière). Il explique que les agriculteurs peuvent bénéficier d'une assurance-récoltes lors des mauvaises saisons.

L'Association nationale des petits agriculteurs du Malawi (NASFAM) participe, en qualité de partenaire, à la mise en œuvre d'un projet régional du Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA). Ce projet a pour objectif de renforcer les capacités des agriculteurs à l'adaptation au changement climatique. Il entend à cette fin développer et déployer une assurance météorologique et des services d'informations météorologiques fondées sur les TIC et promouvoir l'utilisation de variétés tolérantes à la sécheresse. 50 000 agriculteurs de cinq districts du pays bénéficieront de ce projet d'une durée de deux ans.

Même s'il s'attend à une récolte record de 3,2 millions de tonnes de maïs cette année, le Malawi n'est pas tiré d'affaires sur le plan de la sécurité alimentaire. Tel est l'avertissement lancé par LIuis Navarro, Chef de la Délégation de l'Union européenne au Malawi.

« Il ne faut pas se reposer sur ses lauriers et penser que maintenant que les récoltes sont à nouveau bonnes, tout ira à nouveau bien », explique-t-il. Et d'appeler à des investissements pour améliorer la résilience des agriculteurs et diversifier les cultures étant donné que le maïs est sensible au changement climatique.

Busani Bafana