Politiques agricoles

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Les Iles Salomon lancent une politique pour l’agritourisme

21-22 novembre 2017, Honiara, Iles Salomon

Novembre 28, 2017

Les Iles Salomon ont récemment accueilli un « Atelier d’élaboration de politique », organisé par le gouvernement des îles Salomon, le  CTA, l’Organisation du secteur privé des îles du Pacifique (PIPSO), l’Organisation du tourisme du Pacifique-Sud (SPTO), le Fonds international de développement agricole (FIDA) et la Communauté du Pacifique (SPC). L’événement visait à mettre en place les principaux éléments d’une politique nationale de l’agritourisme. Plus de 40 participants ont ainsi examiné des pistes pour tisser des liens entre les secteurs de l’agriculture, du tourisme et du commerce.  

« La population des îles Salomon dépend beaucoup de l’agriculture, surtout les habitants des régions rurales, » a expliqué le ministre de l’agriculture et du tourisme, Bartholomew Parapolo, dans son discours d’ouverture. « Dans notre pays, le tourisme offre de formidables possibilités d’améliorer la participation des régions rurales aux activités économiques. »

Cet atelier de deux jours a été l’occasion de dresser un état des lieux de l’agriculture et du tourisme des Salomon et d’examiner dans quels domaines clés ces deux secteurs pourraient s’offrir mutuellement des avantages, notamment en termes d’approvisionnement local, de création de valeur ajoutée et de diversification des produits et au niveau de l’industrie culinaire. Des représentants du gouvernement, du secteur privé ainsi que des experts des secteurs de l’agriculture, du tourisme et du commerce ont pris la parole pour mettre en avant les éléments clés nécessaires au rapprochement de ces secteurs.

Davantage de fonds publics pour l’agriculture et le tourisme

Affecter davantage de fonds publics à l’agriculture et au tourisme devrait être une priorité, a déclaré Jimi Saelea, secrétaire permanent du ministère de l’agriculture et de l’élevage. « L’agriculture reçoit à peine 2 % du budget national et le secteur du tourisme même pas 1 %, » a-t-il souligné. « Il est temps à présent de prendre conscience de la nécessité de soutenir ces deux secteurs. »

Même s’il ne reçoit qu’une petite portion du budget national, le tourisme des îles Salomon a le vent en poupe. En 2016, le pays a attiré plus de 22 000 visiteurs, qui lui ont rapporté la coquette somme de 233 millions d’euros et les touristes devraient être encore plus nombreux en 2017 (+ 9 %). Saelea a par ailleurs insisté sur le fait que la future politique d’agritourisme devait être inclusive et apporter des avantages aux communautés rurales et aux agriculteurs.

Forte pénurie de cuisiniers professionnels

L’atelier s’est aussi beaucoup intéressé au rôle des cuisiniers qui pourraient faire le lien entre l’agriculture et le tourisme via la gastronomie locale. Colin Chung, un chef réputé dans toute la région du Pacifique pour son talent et sa défense des produits locaux, a évoqué les possibilités offertes par le tourisme gastronomique, en mettant en avant des initiatives menées avec succès dans ce domaine aux Fidji et ailleurs dans la région. Le tourisme culinaire peut non seulement soutenir la diversification de l’offre touristique du pays, mais aussi stimuler la demande pour les produits agricoles locaux.

Mais pour cela, les Iles Salomon devront remédier au manque de capacités dans le secteur des métiers de bouche, un défi de taille puisque le pays ne compte que quelques cuisiniers professionnels. Dans son discours, Freda Unisi, de l’Office du tourisme des Iles Salomon (SIVB), a déploré le fait qu’ « en raison de la pénurie de chefs coqs professionnels, nous n’avons aucun menu typiquement local à proposer à nos visiteurs, qui souhaitent pourtant découvrir nos spécialités bio lors de leurs brefs séjours dans notre pays ». Et elle espère que la future politique d’agritourisme en tiendra compte.

Le CTA, la SPTO et la PIPSO soutiennent actuellement le développement des compétences des cuisiniers dans toute la région et encouragent l’échange d’expériences et de bonnes pratiques par le biais de leur plateforme Chefs for Development. « Nous sommes convaincus que les chefs coqs professionnels peuvent promouvoir comme nul autre la cuisine et les produits locaux et en même temps coopérer avec les agriculteurs afin d’améliorer la qualité des aliments attendue dans les hôtels et les restaurants », explique Isolina Boto, manager du CTA en charge de la coordination du projet d’agritourisme.

Jeter les bases du développement de l’agritourisme dans la région du Pacifique

Les Salomon sont le troisième pays insulaire du Pacifique-Sud à organiser un atelier d’élaboration d’une politique d’agritourisme. Un premier format d’atelier a été développé avec succès à Vanuatu en octobre 2016 et encore amélioré à Samoa en novembre 2016. Une étape importante a été franchie le mois dernier avec l’adoption par les ministres de l’agriculture et du tourisme du Pacifique de recommandations pour le développement de l’agritourisme dans toute la région. Un autre atelier sur l’agritourisme, très attendu, doit avoir lieu aux Fidji en décembre et des discussions sont en cours en vue d’organiser d’autres éditions dans d’autres îles du Pacifique.

« Les pays du Pacifique comment à se rendre compte des avantages qu’il y a à connecter et à relier ces deux secteurs clés en mettant en œuvre une approche multisectorielle permettant la participation de tous les acteurs de ces secteurs. Il s’agit là de quelque chose de fondamentalement nouveau dans la région du Pacifique, » a déclaré Mereia Volavola, experte en agribusiness et ancienne PDG de la PIPSO.

Le CTA continue de mobiliser des partenariats clés qui soutiennent l’innovation pour le développement de l’agriculture à travers des projets menés dans le Pacifique et aux Caraïbes et à encourager l’échange de connaissances et la capitalisation des expériences au niveau intrarégional. Ces initiatives ont favorisé l’émergence d’un agenda pour l’élaboration d’une politique de l’agritourisme.