TIC pour le développement

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Des solutions TIC pour donner aux jeunes Africains les moyens de se lancer dans l’agriculture

6e Forum des affaires UE-Afrique, 27 Novembre 2017, Abidjan, Côte d’Ivoire

Novembre 29, 2017

Les technologies de l’information et de la communication (TIC) sont essentielles pour attirer les jeunes Africains dans le secteur de l’agriculture et, par ce biais, lutter contre le chômage sur le continent. C’est ce qu’ont déclaré les experts d’une session animée par le CTA, organisée lors du 6e Business Forum Union européenne-Afrique.

« [Les TIC] vont augmenter la productivité, améliorer les revenus et réduire les coûts – autant d’avantages qui vont rendre le secteur de l’agriculture plus efficace et dès lors, attirer une nouvelle génération d’agriculteurs, » a expliqué Ishmael Sunga, président-directeur général de la Fédération des syndicats agricoles d’Afrique australe.  
La création d’emplois pour la jeunesse africaine était en effet le thème de ce business forum organisé le 27 novembre à Abidjan, en Côte d’Ivoire, qui a réuni des responsables politiques et de hauts représentants de la société civile d’Afrique et d’Europe. Daniel Kablan Duncan, vice-président de la Côte d’Ivoire, a donné le coup d’envoi de cette conférence en déclarant que l’emploi des jeunes en Afrique était un défi que les dirigeants ne pouvaient pas se permettre d’ignorer.
Josefa Sacko, commissaire en charge de l’économie rurale et de l’agriculture à la Commission de l’Union africaine, a replacé ce défi dans le contexte des récentes vagues de migrants africains qui ont traversé la Méditerranée au péril de leur vie.  « Nous voulons trouver une solution durable pour créer des emplois », a affirmé Mme Sacko, soulignant que le secteur agricole était ici un excellent point de départ. Selon l’édition 2017 des Perspectives économiques en Afrique, l’agriculture emploie en effet près de 60 % de la main-d’œuvre africaine.

Adapter les instruments financiers aux jeunes entrepreneurs

La session du CTA, animée par son directeur, Michael Hailu, a mis en avant le problème de l’accès au financement, qui continue de faire obstacle au développement de l’agriculture africaine. « Les banques hésitent toujours à prêter aux jeunes, mais aussi aux habitants des régions rurales qui se retrouvent ainsi exclus de services financiers traditionnels, » a expliqué  Gerald Otim, jeune chef d’entreprise ougandais. Son entreprise, Ensibuuko, essaie d’y remédier en offrant aux agriculteurs des services bancaires en ligne accessibles via leurs téléphones portables. « Nous sommes convaincus que cette initiative nous permettra d’améliorer l’efficacité [des coopératives d’épargne et de crédit] mais aussi d’inciter les jeunes à se tourner vers ces établissements, » a expliqué Otim. 
Edson Mpyisi, économiste agricole à la Banque africaine de développement (BAD), a quant à lui expliqué que la BAD s’efforce de mieux adapter ses instruments financiers aux besoins des jeunes entrepreneurs. En avril, la Banque a ainsi organisé un atelier au Nigeria, lors duquel de jeunes agripreneurs  ont eu l’occasion  de « pitcher » leurs idées de projet. Près de la moitié de ces propositions étaient axées sur les TIC, a indiqué M. Mpyisi. « Nous avons constaté chez ces jeunes un réel intérêt pour les TIC et nous sommes prêts, en tant que banque, à soutenir ce potentiel.     
Lors de la session du CTA, il a également été question de l’impact de l’accès des agriculteurs à des informations agricoles en temps réel – couvrant des aspects aussi divers que le prix des produits agricoles que les données sur le sol. Henri Danon, responsable du programme d’e-agriculture du gouvernement ivoirien, a rappelé que les agriculteurs qui savent à combien se vendent leurs produits en ville sont en mesure de négocier un prix plus avantageux auprès des acheteurs. Ces informations sur le niveau des prix peuvent les aider à sortir de la pauvreté, a-t-il souligné. Les TIC sont  l’une des pistes à exploiter pour associer davantage les jeunes Ivoiriens, férus d’informatique, à l’agriculture. « Nous devons inciter les jeunes à développer des applications qui offrent des avantages au monde agricole, » a-t-il déclaré. D’autres participants se sont fait l’écho de ses propos en soulignant eux aussi l’importance capitale des informations sur les niveaux de prix. « Les technologies améliorent la transparence du marché puisqu’elles facilitent l’accès à des informations sur les marchés et les prix et ce pour de nombreux produits, » a souligné M.Sunga.     

EABF17 session

Encourager les solutions basées sur les TIC

Réagissant à une question du public, les  participants ont expliqué comment encourager les petits agriculteurs à adopter des solutions basées sur les TIC. « Déployer l’innovation et les TIC, [c’est une chose], » a indiqué Jihane Ajijti, chef de projet et de développement pour l’Afrique australe qui travaille dans la société d’engrais OCP-Afrique, mais « faire en sorte que les petits exploitants les adoptent massivement en est une autre. » Pour que ces outils agricoles basés sur les TIC soient diffusés à grande échelle, la technologie doit être ‘choisie’ par les petits agriculteurs et non leur être imposée, a rappelé Mme Ajijti.   
Hamza Rkha Chaham, responsable de la stratégie internationale chez Airinov, a expliqué que le partenariat noué avec des entrepreneurs locaux avait aidé son entreprise française de fabrication de drones à percer sur le marché africain. » Nous avons pu exploiter pas mal d’idées et d’informations du réseau [du CTA] et nous appuyer sur sa compréhension des écosystèmes existants, » a-t-il expliqué, ajoutant que Airinov utilise des partenariats locaux dans un grand nombre des pays d’Afrique où elle est active.    LaVandez Jones, co-fondateur d’Hello Tractor, une start-up qui a conçu un système permettant aux agriculteurs de demander des tracteurs par  SMS estime lui aussi qu’il faut exploiter un réseau local pour stimuler l’adoption de solutions TIC. L’entreprise utilise par exemple des « agents de réservation » au Nigeria pour que les agriculteurs puissent trouver plus facilement un tracteur,  explique-t-il.   
Les outils basés sur les TIC ont mis à la disposition des entrepreneurs  de toutes nouvelles données agricoles exploitables et d’autres données sont en passe de les compléter encore. M. Mpyisi, l’économiste à la BAD, a expliqué que la Banque fait pression pour que les agriculteurs et les responsables aient davantage de statistiques agricoles à portée de main, par ex. sur le sol, la taille des exploitations et la production.