L'agriculture intelligente face au climat

Conférence Scientifique Mondiale sur l’Agriculture Climato-Intelligente, 28-30 Novembre 2017, Johannesburg

Les changements climatiques et leurs impacts sur les petits exploitants agricoles des pays en développement sont on ne peut plus d’actualité. Dans ce contexte, l’apprentissage par les pairs dans le domaine de l’agriculture intelligente face au climat (AIC) offre à tous les acteurs une chance égale de relever ce défi, à leur rythme et en fonction des conditions sur le terrain.

La Conférence mondiale a réuni des partenaires de l'agriculture mondiale, notamment le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA). Les participants ont exploré le thème « Catalyser les innovations et les actions locales pour accélérer la diffusion de l’AIC », en mettant surtout l’accent sur la mise en œuvre, les résultats et l’impact de l’AIC. L’événement a inclus des séances plénières de présentation ainsi que des événements et des séances parallèles.

Les organisateurs ont expliqué que la conférence avait cinq grands objectifs : (1) mettre en avant les nouvelles conclusions scientifiques et innovations dans le domaine de l’agriculture intelligente face au climat et de la compréhension du lien entre l’agriculture intelligente et le climat, en mettant l'accent sur les paysages agricoles et les systèmes alimentaires ; (2) présenter les expériences autour des interactions entre la science et les politiques – ainsi que les enseignements qui en sont tirés – susceptibles d’accélérer l’adoption de l’AIC ; (3) examiner les conditions spécifiques de réussite de l'AIC à la lumière des Objectifs de développement durable et de l’Accord de Paris ; (4) mettre en place des réseaux et ouvrir/renforcer des possibilités de coopération et d’alliances dans le domaine de l’AIC ; et (5) stimuler le dialogue entre les scientifiques et les praticiens (décideurs, entreprises, société civile et agriculteurs).

Présentation plénière : diffuser et intensifier l'agriculture intelligente face au climat

Lors de la première des trois grandes présentations assurées par le CTA lors de la Conférence mondiale, le Dr Olu Ajayi, coordinateur de programme senior au CTA, a exploré avec les délégués le thème « Promouvoir les politiques et pratiques de l'AIC : enseignements et expériences sur le terrain en Afrique, dans les Caraïbes et dans le Pacifique », s’exprimant ici au nom du directeur du CTA, Michael Hailu. Il a fait remarquer que, même si des avancées techniques dans ce domaine ont été mises en évidence, il y a lieu d’encourager la recherche qui sous-tend la diffusion de l’AIC et de documenter les efforts de développement et d’élaboration de politiques AIC au bénéfice des agriculteurs, des jeunes et des femmes.

S’appuyant sur diverses activités menées par le CTA autour de la problématique du changement climatique dans les pays ACP, M. Ajayi a tiré cinq grands enseignements pour la diffusion de l’AIC et les a résumés comme suit : i) exploiter le pouvoir des TIC pour promouvoir l'AIC ii) établir un business case et lancer un partenariat innovant pour la diffusion à grande échelle de l’AIC iii) identifier et améliorer les moyens d’existence possibles pour les jeunes grâce à l’AIC iv) faciliter l'accès à l'information sur l'AIC et promouvoir la co-création de connaissances avec les agriculteurs v) compléter l’implication au niveau des politiques avec des activités de terrain axées sur la mise en œuvre de l’AIC.

Évoquant les travaux en cours du CTA visant à promouvoir tout un ensemble de solutions climatiques auprès des agriculteurs de trois pays d’Afrique australe, M. Ajayi a expliqué comment le CTA et ses partenaires mettent à profit les outils TIC pour développer et promouvoir un ensemble de solutions AIC, et former une coalition de partenaires – acteurs du secteur privé, de l’assurance, producteurs de connaissances, associations de producteurs et décideurs politiques – afin d'atteindre les agriculteurs.

Le CTA a soutenu diverses innovations dans le monde numérique telles que la base de données APPS4AG, AgriHack et la conférence ICT4Ag organisée au Rwanda. Les travaux dans le domaine de l'agriculture numérique s’appuient sur des données probantes mises en avant sur le terrain. Au Soudan, des services de conseils par sms ont permis d'accroître la productivité des exploitations agricoles de 300 % grâce à une meilleure utilisation de l'eau. D'autres études ont aussi montré qu'au Ghana et au Rwanda, les paiements numériques réduisaient les coûts de transaction pour les agriculteurs et les entreprises agroalimentaires de 90 %.

Modèles de politiques et de partenariats – enseignements à tirer pour diffuser l’AIC à plus grande échelle

Le travail réalisé conjointement par M. Ajayi et M. Kadzamira – « Lessons on policy and partnership models to scale up CSA: Case of Southern Africa » – a servi de base à la deuxième et à la troisième présentation de M. Ajayi.

Dans sa présentation (basée sur le projet du CTA en Afrique du Sud), M. Ajayi a expliqué que des facteurs extra-familiaux (politiques) et le type de modèle de mise en œuvre du partenariat influencent la décision d’adopter l’AIC. Le Malawi (1), la Zambie (3) et le Zimbabwe (2) sont les trois pays associés à ce projet qui vise à améliorer la sécurité alimentaire et le revenu des agriculteurs dans un contexte d'incertitudes climatiques.

Les résultats préliminaires des études de cas nationales ont mis en avant l’importance de la stabilité politique pour attirer les investisseurs et la nécessité de bien communiquer sur l’AIC. Au niveau du terrain, les chances de développer un partenariat durable pour la diffusion à grande échelle de l’AIC augmentent lorsque tous les partenaires en retirent des avantages personnels et mutuels clairement définis. La transparence, la confiance et un processus décisionnel partagé ont permis de mettre en place des partenariats solides et dynamiques.

Lancement d'un nouveau livre : « Indigenous knowledge systems and climate change management in Africa » (Les systèmes de connaissances autochtones et la gestion du changement climatique en Afrique)

La présentation officielle de ce nouveau livre a sans doute été le temps fort de la conférence. Indigenous knowledge systems and climate change management in Africa a été co-écrit par M. Olu Ajayi du CTA et le professeur Paramu Mafongoya de l’Université du KwaZulu-Natal, en Afrique du Sud.  

L’ouvrage a été lancé lors de la séance plénière de la conférence. Il se compose de 15 chapitres rédigés sur la base d’études de cas qui examinent différentes utilisations des connaissances autochtones pour la prévision du climat, notamment le comportement animal, pour faciliter la prise de décision en matière de gestion du changement climatique et d’adaptation à celui-ci. Trois grandes questions y sont examinées :

  • Quelles sont les différentes pratiques et connaissances autochtones utilisées par les petits exploitants agricoles en Afrique pour gérer le changement climatique ?
  • Dans quelle mesure l’utilisation des connaissances indigènes est-elle toujours adaptée à l’actuel contexte de croissance démographique et de changement climatique ?
  • Que pouvons-nous apprendre des connaissances que les agriculteurs ont acquises au fil des générations alors qu'ils sont continuellement confrontés aux effets du changement climatique ?

Lors du lancement, les conférenciers – notamment des responsables du FARA, de l'USDA, de l'AGRA, etc. – ont félicité le CTA, les éditeurs et auteurs pour la qualité de l’ouvrage.

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