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Données ouvertes pour les services d'information météorologique aux petits exploitants

Semaine Data4Ag 2017, 20-24 Novembre 2017, La Haye, Pays-Bas

Décembre 7, 2017

Quantité d’informations météorologiques actuelles, de prévisions, de cartes et de données historiques sont disponibles en ligne. L’accès aisé et rapide à ces « données météorologiques ouvertes » offre un formidable potentiel, en termes d’intégration de ces données dans un large éventail d’applications mobiles et en ligne pouvant être utiles aux petits exploitants agricoles. En novembre 2017, le CTA a organisé à La Haye deux ateliers afin d'explorer les défis stratégiques liés à l'adaptation des données météorologiques ouvertes pour leur intégration dans des applications que les petits agriculteurs pourraient utiliser pour accroître leur productivité.

Les agriculteurs doivent pouvoir avoir facilement accès aux informations météorologiques qui les concernent afin de pouvoir prendre des décisions agricoles judicieuses, concernant notamment le bon moment pour semer, planter, irriguer, fertiliser ou récolter. Plus les informations dont ils disposent sur les précipitations, les températures ou les tempêtes seront précises et nombreuses, plus ils pourront profiter d’une météo favorable ou limiter les dégâts et les pertes dus à des conditions défavorables.

Les deux ateliers, financés par le projet GODAN (Global Open Data for Agriculture and Nutrition, données ouvertes mondiales pour l’agriculture et la nutrition), l’Université de Wageningen, le ministère néerlandais des affaires économiques et le CTA, ont examiné des exemples d'initiatives qui permettent déjà de « convertir » des données météorologiques ouvertes en informations conviviales et utiles pour les petits exploitants agricoles. L'objectif était d’identifier les prérequis – en termes de capacités, de modèles commerciaux, de partenariats et de normes – pour s’appuyer sur le dynamisme généré par des initiatives pionnières afin de révolutionner l’information météorologique en l’adaptant aux besoins locaux. Au terme des deux jours de discussion, les participants sont arrivés à la conclusion selon laquelle l'approche la plus efficace serait d’agir au niveau de l’ensemble de la chaîne de valeur des données ouvertes – de la collecte et de l'analyse des données météorologiques ouvertes à leur compilation et à leur « conversion » en informations pratiques et utiles pour leurs utilisateurs.

L'approche de la chaîne de valeur

Lors du premier atelier, intitulé « Creating impact for smallholders with weather data » (Créer un impact pour les petits exploitants grâce aux données météorologiques), les participants ont analysé cinq initiatives menées actuellement en Afrique. On peut comparer les données ouvertes à de la « matière première » à « valoriser » : par exemple, en transformant les données de base en informations météorologiques spécifiques à une zone donnée. Mais la valorisation a un coût. L’efficacité des chaînes de valeur est grandement améliorée lorsque les personnes qui recueillent, analysent et utilisent les informations météorologiques travaillent en coopération. La création d’une valeur réelle exige une communication efficace entre les parties prenantes – les météorologues et les décideurs au niveau de l’offre, et les utilisateurs finaux, par exemple les agriculteurs et les agents de vulgarisation agricole, au niveau de la demande – et les prestataires de services et les entrepreneurs, qui se situent au « milieu » de la chaîne de valeur. Pour élaborer une stratégie efficace de valorisation des données météorologiques ouvertes, il est donc recommandé :

  • d’adopter une approche centrée sur le petit agriculteur, qui intègre les connaissances locales et tienne compte des structures déjà en place ;
  • d’améliorer la compréhension des modèles économiques viables, par exemple les partenariats public-privé ou les régimes de paiement adaptés aux agriculteurs ;
  • de mesurer le « plus » offert par les produits et services fondés sur les données météorologiques ouvertes en termes de rentabilité, de productivité, de résilience et d’amélioration des moyens d'existence des petits exploitants ;
  • de développer les capacités tout au long des chaînes de valeur, par exemple en aidant les producteurs de données météorologiques et climatiques à comprendre les besoins des utilisateurs finaux, en aidant les intermédiaires à développer des entreprises solides, et en aidant les consommateurs à prendre conscience de la valeur des données météorologiques, des droits des « producteurs » de données et de l’importance de concevoir des normes pour les données.

Pour progresser et aller plus loin, les participants se sont engagés à organiser une communauté de pratique. Celle-ci invitera les fournisseurs de données et prestataires de services, les agents de vulgarisation agricole, les syndicats d'agriculteurs et d’autres parties intéressées à identifier des partenariats et à tirer parti des réseaux existants pour améliorer les chaînes de valeur des données météorologiques ouvertes.

Données appartenant aux agriculteurs

Le deuxième atelier, « The value of farm data : Farmer-representing organisations and farmer-owned data » (La valeur des données agricoles : organisations de représentation des agriculteurs et données appartenant aux agriculteurs), a réuni un groupe de participants plus nombreux. Ceux-ci ont pris bonne note des conclusions du premier atelier et examiné des bonnes pratiques en matière d'utilisation des données météorologiques et, en particulier, des modèles commerciaux viables que les Pays-Bas pourraient adapter pour proposer des produits et services météorologiques tenant compte des besoins des petits exploitants. Les participants se sont scindés en deux groupes pour examiner les deux thèmes de cet atelier : l'impact des données météorologiques d’une part et l'importance des normes et le rôle du renforcement des capacités d’autre part. Dans les deux groupes, les discussions ont surtout porté sur les données météorologiques pour les secteurs de la microfinance et des assurances, sur les prévisions météorologiques et sur les systèmes d'alerte précoce pour l'agriculture, ainsi que sur l’offre de conseils aux agriculteurs sur les choix de gestion, fondés sur les données météorologiques.

Les présentations des deux groupes et la présentation de Weather Impact, une entreprise néerlandaise active en Afrique qui communique des données météorologiques aux agriculteurs, ont clairement montré qu’il faut absolument mobiliser les entrepreneurs, en particulier les jeunes entrepreneurs, si l’on souhaite développer et offrir des services météorologiques viables. Il convient donc de coopérer avec des initiatives qui encouragent la participation des jeunes entrepreneurs. L’organisation de hackathons autour des données météorologiques ouvertes et des géo-données, par exemple, pourrait stimuler l'intérêt des jeunes et les inciter à concevoir des applications fournissant des informations météorologiques adaptées aux besoins des petits exploitants, des agents de vulgarisation agricole et des syndicats d'agriculteurs. À ce jour, il n’existe encore aucun modèle commercial éprouvé, même s’il existe déjà des idées pour le regroupement ou la présentation de données météorologiques personnalisées sous forme de forfaits de services d’information.

Communication

Les discussions qui ont eu lieu lors des deux ateliers ont fait clairement apparaître que le contexte actuel n’est pour l’instant pas favorable aux approches multiacteurs, à la coopération stratégique ou aux partenariats public-privé. Or, en l’absence d’un écosystème favorable, la révolution des données météorologiques n’aura probablement pas lieu. Pour améliorer cet écosystème, les acteurs qui promeuvent des services météorologiques destinés à améliorer la productivité des petits exploitants, et les responsables de l'agriculture, de la météorologie et du climat au sein des gouvernements, doivent coopérer afin de mobiliser les entrepreneurs, les investisseurs et les formateurs – les entrepreneurs pour incuber des start-up, les investisseurs pour mettre en place et développer l'infrastructure et les formateurs pour développer les compétences sur le plan technique, de la communication, de la visualisation des données et de la conception centrée sur l'homme. Car, en définitive, seule la création de synergies entre les professionnels, les techniciens et les agriculteurs pourra véritablement révolutionner les chaînes de valeur des données météorologiques.