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Les données ouvertes au service des associations paysannes et des agro-entreprises

Semaine Data4Ag 2017, 20-24 Novembre 2017, La Haye, Pays-Bas

Décembre 13, 2017

La collecte et l’analyse de données, et la présentation de ces informations dans un format compréhensible et exploitable par les petits agriculteurs, joueront un rôle clé dans la transformation de l’agriculture des pays ACP. Les associations paysannes et les entreprises agroalimentaires fournissent déjà à leurs membres et à leurs clients des informations et des conseils sur les cultures, les marchés et les dispositifs de financement. Les systèmes de notification qu’utilisent déjà les associations d’agriculteurs et les entreprises pourraient être optimisés de façon à communiquer aux petits exploitants des informations tout à fait adaptées.

En novembre 2017, le CTA a réuni un groupe d’intérêt spécial afin de permettre à ses partenaires d’examiner tout d’abord le genre d’informations que les membres des groupements agricoles et les clients des agro-entreprises reçoivent déjà aujourd’hui et ensuite les mesures qu’il faudrait prendre pour optimiser les canaux d’information existants de façon à améliorer la production et la résilience des petits agriculteurs.

De formidables opportunités et des défis surmontables

Lorsqu’ils disposent d’informations en temps réel et exploitables, les petits agriculteurs peuvent prendre des décisions plus judicieuses et améliorer à terme leur niveau de vie. La révolution des données est à l’origine de l’actuel essor des services de données du secteur public et privé, qui commencent à offrir aux petits agriculteurs les informations dont ils ont besoin au moment où ils en ont besoin. Ces informations peuvent orienter leurs choix et les aider ainsi à anticiper les problèmes et à minimiser les risques, à adopter des pratiques agricoles plus productives et à améliorer ainsi leur niveau de vie.

Mais les agriculteurs ne sont pas les seuls bénéficiaires potentiels de la révolution des données. Les associations paysannes, qui ont pour mission d’aider leurs membres, ont aussi tout à y gagner. Plus elles disposent de données sur leurs membres, leur identité, l’endroit où ils vivent et cultivent, leurs besoins et les défis auxquels ils doivent faire face, plus leur soutien est utile et de qualité. Il en va de même pour les agro-entreprises puisque plus elles ont d’informations sur leurs clients, plus elles pourront leur offrir des services à valeur ajoutée.

Le CTA a invité des partenaires, qui s’efforcent de diverses façons de renforcer l’utilisation des données dans l’agriculture à petite échelle, à se joindre aux discussions. Agriterra, Agricord et BC4D s’emploient ainsi à renforcer les coopératives et les agri-agences. Women in Business Development Inc., l’Association des agro-entrepreneurs des Caraïbes (CABA) et les Services météorologiques du Malawi sont quant à eux intéressés par les services basés sur les données agricoles. Kenya Agriculture and Livestock Research Organisation et le Centre universitaire de recherche de Wageningen, ainsi que l’initiative GODAN (Global Open Data in Agriculture and Nutrition, données ouvertes mondiales pour l’agriculture et la nutrition) soutiennent l’échange proactif de données ouvertes sur l’agriculture et la nutrition. Le groupe a mis en avant trois domaines dans lesquels les organisations d’agriculteurs et les agro-entreprises fournissent déjà des services :

Production

  • Prévision agro-climatiques, recommandations agronomiques, rapports sur l’état des sols et de l’eau, détection des nuisibles et des maladies.
  • Systèmes d’alerte précoce en cas de menace Commerce et marchés
  • Informations sur l’offre, la demande, les prix, la concurrence, les clients, la certification, le suivi, la traçabilité
  • Informations sur les intrants, les acteurs de la chaîne de valeur, les réseaux, l’expertise, les ressources Finance
  • Services bancaires, assurance, crédit, transfert d’argent, microfinance

Confédération des syndicats agricoles d’Afrique australe (SACAU)

Les organisations d’agriculteurs, comme la Confédération des syndicats agricoles d’Afrique australe (SACAU) [10], accumulent de précieuses données. La SACAU a partagé par vidéoconférence ses expériences dans le domaine de l’enregistrement et du profilage des agriculteurs avec le groupe de discussion. Lors de sa présentation, Ishmael Sunga a fait remarquer que les organisations comme la sienne pourraient exploiter les informations qu’elles possèdent sur les exploitations agricoles et les agriculteurs en recherchant des partenaires pour la fourniture de services personnalisés. Les agriculteurs sont tout à fait prêts à diffuser leurs données lorsqu’ils savent que cela permet à la SACAU de mieux faire entendre sa voix, avec, à la clé, un renforcement de ses pouvoirs.

La SACAU a constaté que :

  • L’enregistrement des agriculteurs peut être une procédure longue et coûteuse
  • L’enregistrement des agriculteurs se prête mal à des procédures à distance et exige un effort en fin de parcours – une personne devant se charger de recueillir les données en face-à-face et d’expliquer les avantages du partage des données
  • La gestion des aspects d’éthique et de protection des données personnelles exige une attention toute particulière
  • Il importe de poser les bonnes questions pour recueillir des données précises
  • L’enregistrement des agriculteurs passe nécessairement par des investissements publics dans la collecte de données.

Concrétiser les promesses de la révolution des données pour l’agriculture dans les régions d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique est un défi. Mais il est surmontable. Il y a lieu pour y arriver d’adapter les modèles dont l’efficacité a été prouvée dans les pays développés afin de profiter de leurs avantages. Il faut aussi aider ces régions à développer les compétences nécessaires pour transformer des données brutes en informations utiles et exploitables facilement par les agriculteurs. Parallèlement à cela, il faut également éviter d’exploiter les connaissances agricoles locales et développer la confiance et, surtout, mettre en place des politiques et des lignes directrices pour clarifier les aspects de propriété des données et la façon dont elles peuvent être utilisées.

Questions brûlantes

Le groupe d'intérêt spécial a estimé que s’attaquer aux défis actuels suivants porterait ses fruits. Il a donc recommandé de :

  • Mettre en place des politiques et des systèmes de données dans les associations paysannes et les groupements d'entreprises pour optimiser les services et appuyer les efforts de plaidoyer ;
  • Élaborer des propositions de valeur pour les produits et services fondés sur les données afin d'attirer les investisseurs et de renforcer la confiance ;
  • Intégrer des boucles d’information en retour pour s'assurer que les services soient adaptés aux besoins des agriculteurs ;
  • Trouver des moyens de valider les données de certification et de traçabilité pour répondre aux normes qui permettent l’accès aux marchés, satisfont les consommateurs et ouvrent des opportunités commerciales ;
  • Développer la confiance entre les agriculteurs, leurs organisations et leurs fournisseurs pour établir de bonnes relations entre ces acteurs et garantir une propriété des données dans le respect de l’éthique ;
  • Enregistrer et établir le profil des agriculteurs, des producteurs agricoles, des clients et des autres acteurs de la chaîne de valeur au moindre coût ;
  • Renforcer les capacités tout au long des chaînes de valeur afin de développer les services basés sur les données agricoles.

Un contexte favorable aux services de données agricoles

  • Les facteurs suivants sont essentiels pour la promotion et le développement des services de données agricoles :
  • Des réglementations internationales, nationales et sectorielles rigoureuses en matière de données ;
  • Une éthique et des politiques nationales et institutionnelles pour la réglementation des données ouvertes ;
  • Une infrastructure TIC accessible et la capacité de la gérer ;
  • Des compétences, au niveau individuel et des organisations, permettant de comprendre, d’utiliser et de partager les données ;
  • Des canaux de communication clairs entre les différents acteurs • Des systèmes pour enregistrer les agriculteurs et établir leur profil.
Crédit photo homepage : ©UNICEF Ethiopia/2014/Nesbitt.