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Accès des femmes au secteur agroalimentaire : tirer parti des normes incitatives et dissuasives du système socioculturel

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Toutes les communautés ont des normes sociales, des valeurs culturelles et des croyances spirituelles qui façonnent, définissent et déterminent des normes et des comportements relationnels. Les femmes sont souvent soumises à des normes et des valeurs qui leur sont préjudiciables – une situation qui s’observe dans la plupart des communautés des pays ACP. Il apparaît souhaitable d’examiner comment ces normes et valeurs influencent la participation au secteur agroalimentaire et comment utiliser ces normes socioculturelles au bénéfice des femmes.

Les femmes font partie intégrante du secteur agricole à l’échelle mondiale, et plus particulièrement dans les pays ACP. En Afrique subsaharienne, elles représentent jusqu’à 50 % de l’ensemble de la main-d’œuvre agricole. Elles sont pourtant nombreuses à faire face à divers obstacles qui les empêchent de s’épanouir et de libérer pleinement leur potentiel, non seulement dans la production agricole, mais aussi dans le secteur agro-alimentaire. Des capacités limitées – manque de connaissances financières, difficultés d’accès au crédit et aux actifs commerciaux – absence de contrôle ou contrôle insuffisant sur les revenus et d’autres ressources, compétences insuffisantes en leadership et sens des affaires peu développé, ainsi qu’un manque de confiance en soi et des capacités de négociation limitées, sont autant d’obstacles auxquels les femmes doivent faire face.

Ces obstacles sont souvent la conséquence de normes, d’attitudes et de stéréotypes sexistes inéquitables, bien ancrés dans le système socioculturel de nombreuses communautés des pays ACP. Ces normes ont un effet négatif sur l’accès des femmes au crédit et aux moyens de production, sur leur contrôle des revenus du ménage et sur la répartition des tâches au sein de celui-ci, avec pour conséquence des disparités entre les hommes et les femmes en termes de possibilités économiques et d’emploi. Cette situation limite considérablement les perspectives professionnelles des femmes dans le secteur agroalimentaire. La majorité des entreprises gérées par des femmes sont ainsi informelles, peu performantes et comportent un risque élevé de faillite.

Tirer parti des facteurs socioculturels

Certains facteurs socioculturels ont un impact négatif pour les femmes. Les agripreneuses peuvent toutefois tirer parti d’autres facteurs socioculturels pour renforcer leur capital social et développer leurs capacités. De nombreuses femmes actives dans le secteur agroalimentaire utilisent par exemple les liens sociaux au sein de la famille élargie pour avoir accès à des financements sans intérêt, de nouveaux intrants agricoles et à de la main-d’œuvre familiale, mais aussi pour acquérir des connaissances sur les nouvelles technologies. Autant de moyens essentiels pour la prospérité de toute entreprise, mais aussi un coup de pouce capital pour les entrepreneuses qui ont du mal à avoir accès aux ressources.

Au sein des communautés, les femmes utilisent de toute évidence leurs relations sociales pour s’autogérer, se regrouper, trouver un soutien moral et des idées, et mobiliser ensemble des capitaux, en se portant garantes les unes des autres, au niveau de leur groupe, pour avoir accès au financement des instituts de microfinance. Bref, les agripreneuses utilisent leurs liens sociaux pour déjouer les normes socioculturelles qui font obstacle à leurs initiatives entrepreneuriales.

Le développement de l’aptitude à diriger et le renforcement de la confiance en soi devraient faire partie intégrante des efforts de développement des capacités, afin que les agripreneuses puissent combattre les normes genrées qui les freinent et qui favorisent traditionnellement le leadership masculin – une vision que les femmes perpétuent parfois elles-mêmes. L’utilisation du dialogue et de la négociation au sein du ménage (« household dialogue ») peut se révéler très efficace pour faire évoluer les comportements sociaux, comme le montre le programme Enhancing Opportunities for Women Enterprise de l’organisme néerlandais de développement SNV. Cette initiative encourage les femmes à occuper des postes de direction dans des institutions économiques telles que les organisations paysannes ou les groupes communautaires de femmes, ce qui leur permet de repousser les frontières du genre en négociant avec leurs conjoints.

Du « sur mesure » pour le renforcement des capacités

Pour atteindre la majorité des femmes, il est important que les services de soutien aux entreprises et de renforcement des capacités adoptent un format et un calendrier adaptés à la lourde charge de travail des femmes. De même, il est logique que l’encadrement et le mentorat des femmes soient assurés par des femmes, notamment car ses services ont alors plus de chances de bénéficier de l’approbation de la communauté, puisqu’ils ne menacent pas les normes culturelles ou les ménages.

Mais à elle seule, une telle approche est insuffisante. Il faut aussi que des efforts viennent de l’extérieur pour accélérer la croissance des entreprises dirigées par des femmes. Les gouvernements de pays ACP devraient par exemple envisager d’élaborer une politique de discrimination positive pour promouvoir le financement des entreprises agroalimentaires dirigées par des femmes. Le gouvernement kenyan a soutenu avec succès les femmes entrepreneurs en leur accordant des financements. Les gouvernements pourraient fournir des fonds de garantie pour répondre aux besoins des entreprises agroalimentaires des femmes aux différentes phases de leur développement. Il y a lieu également de renforcer les réseaux verticaux de femmes, à tous les niveaux de l’entreprise, et des plus petites aux plus grandes. Cette méthode a fait ses preuves, permettant aux femmes d’accéder aux marchés et d’offrir des services de mentorat aux plus petites agripreneuses, ce qui a incité de nombreuses autres femmes à se lancer dans cette aventure.

L’utilisation de la technologie – comme les transferts d’argent mobiles – renforce déjà le pouvoir de décision des femmes dans le domaine des revenus du ménage et du crédit. Des efforts devraient être consentis pour initier et organiser le soutien intergénérationnel – entre les jeunes et les moins jeunes agripreneuses – afin de promouvoir une plus grande utilisation des TIC et de combler le fossé en matière d’alphabétisation numérique.

Au final, hors de tout jugement sur telle ou telle culture, il convient de reconnaître que les normes et valeurs socioculturelles peuvent avoir un impact tantôt positif, tantôt négatif, pour les femmes actives dans le secteur agroalimentaire. Il faut absolument s’attacher à comprendre le système de normes genrées propre au contexte et examiner comment l’approcher et l’exploiter pour que les femmes actives dans le secteur agroalimentaire aient autant de chances que leurs pairs de sexe masculin.

Réduire le fossé numérique entre les sexes et offrir des perspectives aux femmes dans le secteur de l’agriculture

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Les technologies de l'information et de la communication (TIC) sont promues en tant qu’approche d’égalité des chances – mais l’accent n’est pas toujours mis sur les femmes. Plusieurs initiatives africaines mettent en avant le rôle clé que l’information et les connaissances peuvent jouer dans l’amélioration de la productivité agricole et de la rentabilité des exploitations agroalimentaires dirigées par les femmes.

Les agricultrices et agripreneuses doivent agir pour influencer l'agenda du développement

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Au long de l’histoire, les femmes ont enregistré des avancées en termes de contrôle de leur destin, de leurs actifs et de leur visibilité dans un monde dominé par les hommes, avant de régresser. Durant ces moments, telle Pénélope qui attend Ulysse, les femmes font et défont la toile de leur vie. Nous pourrions être en train d’assister à une nouvelle période de régression, alors que rôles et aspirations des femmes sont remis en question dans de nombreux domaines. Il est temps de se remettre à l’ouvrage et de changer la distribution des rôles !

Les réseaux numériques améliorent les perspectives financières des agripreneuses

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Alors que le secteur agricole pourrait garantir la sécurité alimentaire, les établissements financiers financent peu l’agriculture et les agriculteurs. Les agricultrices et les agripreneuses citent l’accès au financement comme leur principale difficulté. Nombre d’entre elles gèrent des exploitations informelles. De très nombreuses conditions sont nécessaires à l’expansion de leurs activités mais possibles à mettre en place.

Des « bouquets » de services pour donner un coup de pouce aux agripreneuses

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Les femmes sont des acteurs essentiels du secteur agricole en Afrique, mais elles doivent surmonter une série d’obstacles pour développer et gérer des entreprises agricoles prospères. L’offre de « bouquets » de services – incluant l’accès à la terre et au financement, le développement des compétences commerciales, des conseils de vulgarisation et l’offre de débouchés porteurs – aidera davantage d’entrepreneuses à se tailler une place dans le secteur agroalimentaire.

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