Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) confirme sa fermeture pour la fin 2020.
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Définition des priorités : encourager l’action politique

Analysis

CTA - Igara tea

© CTA

Le CTA joue un rôle de premier plan en posant – et en résolvant – des questions cruciales concernant l’avenir de l’agriculture et le développement durable dans les pays ACP. Grâce à son expertise en matière de connaissances, d’innovations et de technologies agricoles, le Centre est parvenu à placer ces questions au premier rang des priorités politiques.

Ousmane Badiane, directeur pour l’Afrique de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires, explique : “La portée et la diversité des sujets abordés par le CTA au fil des ans lui permettent véritablement de se distinguer de nombreuses autres organisations, notamment en raison de sa taille.” Et Leonard Mizzi, chef d’unité à la Commission européenne (CE), Direction générale du développement et de la coopération, d’ajouter : “Le CTA est parvenu à identifier les sujets brûlants d’actualité dans le paysage ACP.” 

Lors des conférences organisées par le CTA en collaboration avec divers partenaires, plusieurs thèmes spécifiques ont été abordés : services de vulgarisation, chaînes de valeur et financements agricoles. Bien que le CTA se concentre principalement sur les défis de développement rencontrés par les régions ACP, nombre d’entre eux constituent également des enjeux à l’échelle mondiale. Le Centre a même parfois été en mesure de jouer les chefs de file en intégrant des questions importantes dans les discussions.

Avoir une longueur d’avance

Il est urgent de sensibiliser les décideurs politiques de Bruxelles à l’importance de l’agriculture et d’en faire une priorité politique. C’est dans cet état d’esprit que le CTA, en collaboration avec la CE et le groupe des États ACP, a lancé une série de briefings politiques en 2007. Depuis plus de dix ans, le Briefing de Bruxelles sur le développement fait office de forum de dialogue politique inclusif auquel prennent part certains des plus grands experts mondiaux en matière de développement agricole. Pendant plus de 15 ans, le portail Agritrade du CTA, véritable mine d’informations sur les négociations commerciales internationales, a également fourni des données essentielles pour aider les pays ACP dans leurs négociations.

“Il ne s’agit pas seulement d’un espace unique. Si vous voulez occuper cet espace, vous devez disposer d’un ensemble rare de compétences. Au cours de mes dix années d’expérience, on ne peut pas dire que le CTA ait simplement dominé cet espace, il a été le seul à l’occuper.” Theo de Jager, président de l’Organisation mondiale des agriculteurs

En 2013, le CTA a organisé la première conférence internationale “ICT4Ag” à Kigali (Rwanda), à une époque où ce secteur était encore peu actif. Le Centre a ainsi pu démontrer qu’il avait une longueur d’avance. Michael Hailu, directeur du CTA, explique : “Cette conférence a trouvé un réel écho auprès de nos partenaires. De nombreuses coopérations ont vu le jour grâce aux retombées de cet événement et à des approches innovantes en matière de TIC liées aux jeunes, telles que nos initiatives hackathon visant à soutenir les jeunes entrepreneurs numériques.” Agnes Kalibata, ministre rwandaise de l’Agriculture de l’époque et coorganisatrice de la conférence, est du même avis : “Le CTA a encouragé les pays à s’interroger sur la numérisation et son rôle dans le secteur agricole, ainsi que sur la manière d’utiliser et de tirer parti des possibilités qui en découlent.”

Redonner aux jeunes le goût de l’agriculture

Certes, la technologie n’est pas une panacée, mais le CTA est conscient que la numérisation pourrait bouleverser la donne en rendant les chaînes de valeur plus productives, efficaces, rentables et, surtout, plus inclusives. Le Centre sait aussi que l’avenir appartient aux jeunes (moins de 30 ans), qui représentent plus de la moitié de la population des pays ACP. Dans le cadre de ses concours annuels Pitch AgriHack, le CTA combine les technologies numériques avec le dynamisme et l’enthousiasme des jeunes pour dispenser une formation et proposer un mentorat à de jeunes entreprises offrant des services d’agriculture en ligne. À ce jour, les finalistes ont récolté plus de 2 millions d’euros et proposé leurs services à au moins 1 million d’agriculteurs et autres acteurs du secteur agricole.

Le projet “Les yeux dans le ciel pour des technologies intelligentes au sol” du CTA soutient également des entreprises africaines, en grande partie dirigées par des jeunes, qui fournissent des services basés sur les drones dans le secteur agricole en leur proposant une formation technique sur le pilotage des drones, ainsi que sur l’acquisition et le traitement des données. Avant 2016, le recours aux systèmes aériens sans pilote (unmanned aerial systems – UAS) dans le secteur agricole africain était pratiquement inexistant. Le CTA a néanmoins été capable de reconnaître son potentiel et a mis en place des activités pionnières dans ce domaine. Les entreprises soutenues par le CTA jouent désormais un rôle crucial dans l’élaboration de réglementations nationales relatives à l’utilisation responsable des UAS. Fin 2019, 60 % des pays africains disposaient d’un cadre réglementaire concernant l’utilisation des drones.

Dans leur grand Rapport sur la numérisation de l’agriculture africaine, le CTA et Dalberg Advisors ont mis en avant le potentiel de la numérisation de l’agriculture (D4Ag) afin de tirer parti de son importance croissante. Le document présente plus de 390 solutions numériques dans l’agriculture africaine dont bénéficient déjà 32 millions de petits exploitants. “Ce rapport sert désormais de manuel de référence à de nombreuses institutions qui travaillent dans le domaine de l’agriculture numérique pour concevoir des projets et informer les gouvernements sur les nombreuses possibilités qu’offre la numérisation”, explique Edward Mabaya, responsable du développement de l’agro-industrie auprès de la Banque africaine de développement.

Donner la priorité au climat

Le CTA a également encouragé l’adoption de services numériques groupés afin d’aider les agriculteurs à s’adapter au changement climatique. Le Centre a notamment développé des approches innovantes en matière d’assurance météorologique en ligne, qui peuvent, par exemple, être combinées avec l’assurance funéraire au Zimbabwe et être utilisées pour promouvoir des projets de financement climatique sur Internet. En Afrique australe, le modèle d’assurance météorologique numérique mis en place dans le cadre du projet phare du CTA sur l’agriculture intelligente face au climat est adopté et utilisé par le gouvernement zambien pour déployer une assurance agricole à l’échelle nationale.

“Le CTA est conscient que, sans innovation, il sera difficile de lutter contre le changement climatique.” Harry Kimtai, secrétaire permanent pour l’élevage du ministère kényan de l’Agriculture

Conscient que la transformation de l’agriculture ne passera pas uniquement par des solutions numériques, le CTA organise également des événements mettant en avant l’adaptation au climat et les pratiques agricoles intelligentes basées sur des preuves. À titre d’exemple, en juin 2018, lors de la 17e réunion de la Conférence des Nations unies sur le changement climatique, le CTA a coorganisé une Journée de l’agriculture et du développement rural, qui a rassemblé plus de 500 scientifiques, décideurs politiques, agriculteurs, professionnels des médias et militants écologistes. Lors de cet événement, les négociateurs de l’Organe subsidiaire de conseil scientifique et technologique ont reconnu le rôle de l’agriculture dans la recherche d’une solution à la crise climatique – ce thème a d’ailleurs été sélectionné comme sujet de discussion pour la réunion suivante. Des membres du CTA ont également été désignés pour siéger dans divers grands comités influents en matière d’action contre le changement climatique en Afrique, comme le Comité consultatif scientifique sur la recherche climatologique pour le développement, géré par les Nations unies et l’Organisation météorologique mondiale, ainsi que l’Académie africaine des sciences.

Encourager les entrepreneurs numériques à moderniser l’agriculture

À travers le soutien qu’il apporte aux entrepreneurs, le CTA est devenu une véritable force motrice capable d’aider les jeunes à développer des solutions numériques pour transformer l’agriculture et d’encourager la prochaine génération à prendre conscience du potentiel des secteurs agricole et agroalimentaire.

Révolution numérique : les avantages du regroupement de services

Regrouper des services multiples pour les vendre comme un ensemble permet d’accroître la valeur ajoutée pour les petits agriculteurs et d’améliorer les retombées économiques pour l’entreprise qui propose ces produits. Le CTA a démontré l’intérêt de cette méthode en Afrique de l’Est et australe.

Les drones prennent leur envol en Afrique

Des services innovants basés sur l’utilisation de drones commencent à transformer le secteur de l’agriculture africaine en une industrie de haute technologie. Le CTA a été l’une des premières organisations à avoir compris que les “systèmes aériens sans pilote” (UAS), c’est-à-dire les systèmes basés sur la technologie des drones, peuvent aider les petits agriculteurs à améliorer leur productivité et leur rentabilité, au bénéfice de la durabilité de leurs activités.

Promouvoir la digitalisation et en tirer parti : un atout pour une agriculture de qualité en Afrique

Désireux d’exploiter la diffusion de la digitalisation de l'agriculture (D4Ag), le CTA a publié en 2019 un rapport sectoriel sur la D4Ag en collaboration avec Dalberg Advisors. Premier du genre, ce rapport analytique compile et met en avant les données actuellement disponibles sur les solutions numériques qui permettront de transformer l’agriculture africaine.

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