11 Degrees North

Du vin à base de fruits locaux : une initiative prometteuse

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© 11 Degrees North

Monday, 5 March 2018 Mis à jour le Saturday, 24 March 2018

Convaincue de la nécessité pour son île natale de la Trinité de diversifier son économie, Laura Superville tenait à monter une entreprise reposant sur la production locale. Le résultat : la création d’une gamme de vins à l’arôme et au goût de fruits exotiques, ouvrant une nouvelle perspective de carrière à cette jeune agripreneuse, ainsi que des possibilités d’emploi à d’autres membres de la communauté.

Laura Superville s’intéresse depuis longtemps à la diversification économique dans son île natale de la Trinité, en particulier aux produits locaux de son pays. Ce n’est donc pas un hasard si, une fois son diplôme en gestion environnementale en poche, elle a commencé à étudier le marché pour pouvoir lancer son affaire, et qu’elle a décidé d’ouvrir un établissement servant des vins à base de fruits exotiques produits localement.

Le nom de l’agri entreprise de Laura Superville, « 11DegN », correspond aux coordonnées géographiques de Trinité-et-Tobago : « 11 degrés nord ». La dénomination de sa société reflète l’importance que Laura Superville attache à son lieu d’origine. Les vins qu’elle produit sont fabriqués à partir de cinq fruits de première qualité issus de domaines locaux : l’oseille, la jambose rouge, la carambole, la noix de cajou et le jamblon.

« Trinité-et-Tobago jouit d’un environnement unique et les ressources naturelles permettant la production de fruits, de fleurs et d’épices utilisées dans la production viticole abondent », explique cette agripreneuse de 34 ans. « La marque commerciale 11DegN fait passer un message : le goût, la richesse, la texture, la complexité et l’éclat des vins sont le fruit de ce lieu. »

Transposer les traditions locales à plus grande échelle

Paradoxalement, c’est un séjour à l’étranger qui a donné à Laura Superville l’idée de fonder son entreprise viticole. Lors de son séjour de deux ans à Londres, elle a remarqué qu’il existait un marché prometteur pour les vins fruités. Puis s’est souvenue que dans son pays, les familles produisaient traditionnellement du vin à partir d’oseille à la période de Noël. « J’ai commencé à me demander pourquoi personne à la Trinité n’avait amélioré la production de vins à base de fruits locaux », nous dit-elle. « Ensuite, je me suis souvenue qu’une de mes tantes fabriquait de très bons vins fruités. »

De retour à la Trinité, Laura Superville n’a pas perdu de temps pour demander conseil à sa tante ; armée de plusieurs livres et recettes, elle s’est mise à faire des expériences dans la cuisine familiale. Sa première tentative fut, pour reprendre les termes de Laura Superville, « catastrophique ». En tentant de fabriquer du vin à partir de jambose rouge, elle a ajouté trop de levure et lors de la phase de fermentation, le mélange s’est répandu sur le sol de la cuisine. Sa deuxième tentative fut plus fructueuse, et à chaque essai elle demandait l’avis de son père quant à la qualité du produit. Elle a suivi des cours d’œnologie et a participé à des voyages d’études dans des régions primées pour leur production viticole.

Bien avant de prendre la décision qui allait changer le cours de sa carrière, Laura Superville a assisté à un atelier financé par le CTA en Jamaïque sur l’ajout de valeur à des denrées alimentaires locales. « Cette expérience a contribué à forger mes idées quant à ma future entreprise viticole, y compris les aspects liés à la science et la nutrition », se rappelle-t-elle.

Laura Superville a eu de grandes difficultés à trouver les bouteilles adaptées à un prix abordable. Mais, déterminée à ne pas s’avouer vaincue, elle s’est approvisionnée auprès d’un fabricant chinois et en a organisé l’expédition. Le produit finalement prêt, Laura Superville s’est alliée à un partenaire commercial pour lancer la production. Continuant à puiser dans les compétences des membres de sa famille, elle a obtenu l’aide de sa sœur, expérimentée dans la vente. Les vins de 11DegN sont à présent disponibles dans des bars à vins, restaurants et magasins spécialisés locaux, et sont servis lors de dîners organisés tous les mois par l’entreprise agroalimentaire Moving Tables pour promouvoir des produits locaux. Laura Superville exploite également les réseaux sociaux, en particulier Facebook, pour commercialiser ses vins.

En 2017, la société a vendu 1 500 bouteilles, affichant un chiffre d’affaires de 15 000 euros (120 000 TTD). Cela ne suffit toutefois pas pour permettre à Laura Superville d’abandonner son activité principale d’ingénieur planification pour une société pétrolière et gazière. Néanmoins, elle envisage d’exporter sa production vers d’autres pays des Caraïbes et compte étendre sa gamme de produits dans la seconde phase de son business plan. Son but ultime est de travailler pour sa société à temps plein et d’intégrer des produits dérivés comme la sangria, le vinaigre de vin, les confitures et gelées, le tout au départ de cultures locales.

Emplois et revenus

Employant actuellement cinq collaborateurs sur base saisonnière, Laura Superville a hâte de développer sa société afin de créer des emplois et des activités génératrices de revenus pour d’autres membres de la communauté. « J’aimerais beaucoup voir mon entreprise grandir afin de pouvoir offrir un emploi à d’autres jeunes gens. De plus, plusieurs personnes songeant à lancer leur propre entreprise m’ont déjà demandé conseil », déclare-t-elle.

La femme d’affaires caribéenne projette également de planter ses propres arbres fruitiers. Cela lui permettrait d’avoir un meilleur contrôle sur la qualité des produits, même si cela implique d’obtenir l’accès à des terres et de contracter un emprunt, deux aspects qui représentent un défi de taille. Pour l’heure, Laura Superville doit compter sur les fruits cultivés par des producteurs locaux. Elle a développé une base de données détaillée et a conclu des accords avec des fournisseurs, mais pense que cela ne suffira plus une fois que la production augmentera. Les effets du changement climatique ont déjà commencé à se faire ressentir sur les modes de cultures et leur qualité : les précipitations excessives endommagent les fruits et altèrent la saveur, rendant ainsi le goût moins intense.

Quels que soient les défis à relever, Laura Superville est convaincue que l’entrepreneuriat sera la clé du succès pour la jeune génération de la Trinité ; celle-ci ne peut plus compter sur les secteurs qui ont fourni des emplois et des revenus jusqu’à présent. « À la Trinité, notre économie est principalement basée sur le pétrole et le gaz. J’analyse quel est l’impact de la nette baisse des prix du pétrole, et je réfléchis à des idées commerciales », déclare-t-elle. « Aujourd’hui plus que jamais, il y a un besoin accru de se diversifier et d’envisager d’autres possibilités pour les jeunes. Le pétrole et le gaz ne dureront pas éternellement ; il nous faut donc penser à nos prochaines démarches et à notre futur mode d’approvisionnement. »

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