Leading image

MUIIS – L’agriculture intelligente face au climat

Le projet MUIIS (Market-led, User-owned ICT4Ag-enabled Information Services), géré par le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA), connecte les agriculteurs à des services satellitaires pour les aider à accroître leur rendement. Les agriculteurs reçoivent sur leur portable des conseils et des instructions très spécifiques comme « Épandage d’engrais entre 17 et 19 heures » ou « Avis de vents forts à partir de 15 heures ». Aux dires des agriculteurs, ce dispositif a accru les rendements et a contribué à la sécurité alimentaire.

En 2017, Mbidde Eria, agriculteur, père de deux enfants, a décidé de souscrire aux SMS de conseils agricoles et instructions en fonction du contexte. Il s’agit d’un des services proposés dans le cadre du projet MUIIS. Il explique que ses collègues agriculteurs et lui-même « respectent les traditions », mais que les événements climatiques imprévisibles ne leur permettent plus de « travailler comme leurs grands-parents... Trop de choses ont changé ».

Les prévisions de récolte et l’accès au crédit, aux intrants et aux outils sont désormais intégrés dans une seule application, qui met l’agriculture durable à la portée de ces agriculteurs par téléphone interposé.

Le service de messagerie à distance, très réactif, est rapidement passé du statut de nouveauté à celui d’outil vital. Le MUIIS est « un outil au même titre que mon râteau. J’aurais beaucoup de mal à m’en passer », concède Mbidde Eria. Et de poursuivre : « Par le passé, j’ai fait des erreurs qui auraient pu me priver de mon gagne-pain » – des erreurs que les agriculteurs sont nettement moins susceptibles de faire s’ils reçoivent les informations du service de messagerie.

Dans le seul district de Luweero, où Mbidde Eria vit, 42 groupements agricoles et plus de 4 300 pettis exploitants bénéficient des services proposés par MUIIS. A l’échelle nationale, 234 000 agriculteurs participent au projet MUIIS. L’association agricole locale ZAABTA (Zirobwe Agaliawamu Agribusiness Training Association) sert de plateforme pour les abonnés au service de messagerie. Elle les aide à créer leur propre profil numérique en fonction de leurs activités agricoles et de leurs progrès.

Ces informations sont essentielles si les banques et les institutions financières doivent accorder aux agriculteurs les capitaux dont ils ont besoin pour poursuivre et développer leurs activités ; la tenue de registres n’a toutefois jamais été un point fort dans l’agriculture africaine. L’informatisation aide à changer les choses : les données recueillies par les agents MUIIS sont maintenant acceptées comme garantie de prêt. « Les agriculteurs doivent acheter des intrants, de l’engrais ou des pesticides, par exemple. Ils en ont besoin avant le moment de la récolte. Si notre banquier sait que nous utilisons un service qui estime nos rendements avec précision et que nous avons opté pour des semences résilientes, il sera plus disposé à nous prêter de l’argent », explique l’agriculteur. Les abonnés ont accès non seulement au capital, mais également à un filet de sécurité structurel, avec le droit de s’assurer.

« Le changement climatique a eu un impact sur nos méthodes », reconnaît Mbidde Eria, qui est non seulement un abonné, mais également l’un des 200 agents MUIIS. « Je ne veux pas laisser passer ces opportunités qu’offre l’agriculture intelligente face au climat », assure-t-il.

« Il y a trois ans, le rendement de cette parcelle ne représentait qu’un tiers de son rendement actuel », explique-t-il en désignant un champ de céréales au loin, » Aujourd’hui, il produit 10 t de maïs – l’une des cultures retenues dans le projet MUIIS –, alors qu’il n’en produisait que trois avant de s’abonner au service d’aide à la gestion des cultures. « Maintenant, je sais ce que je dois planter et à quel moment et je connais les variétés adaptées aux conditions climatiques », se félicite-t-il.

Il explique qu’il a même pu construire sa maison. « Et je ne suis pas le seul à avoir gagné en stabilité, le projet prend de l’ampleur et nous, les agents, nous engageons d’autres agents. Nous établissons un réseau, créons des emplois et ouvrons de nouvelles voies », s’enorgueillit-il.

Kalamzi Kaamu – à la tête de Nokia Farming, le bureau de paiement mobile de ZAABTA – explique les avantages d’un profilage agricole plus approfondi en montrant son écran d’ordinateur, où s’affichent dans une feuille de calcul les données numériques sur les agriculteurs et les plans de leurs parcelles. Au total, 617 agriculteurs se sont abonnés à la messagerie, 800 ha sont couverts.

Le prix de l’abonnement est fonction du nombre d’hectares que les agriculteurs cultivent. Comme le cycle agricole veut que l’on ne récolte ce que l’on a semé qu’en fin de saison, il y a aussi une colonne « Prêt » dans la feuille de calcul. Les transactions des agriculteurs sont consignées dans un livre de compte de la ZAABTA, le montant qui leur a été prêté déduit de leurs recettes après la récolte.

Emplacement:

Ne pas manquer l'opportunité de travailler avec CTA. Abbonez-vous maintenant!