Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) confirme sa fermeture pour la fin 2020.
Leading image

Favoriser l’accès des agripreneuses à la finance : tenir compte du contexte global

Blog

Blog

L’accès au financement est essentiel au développement des agro-entreprises africaines dirigées par des femmes, il leur permet d’être actives dans des filières agricoles lucratives. Cependant, de nombreux programmes qui visent à faciliter leur inclusion économique échouent. Deux études de cas montrent que l’adoption d’une approche holistique augmente les chances de fournir aux agripreneuses les services financiers dont elles ont besoin.

Sur tout le continent africain, des expériences montrent que, tout au long de la chaîne de valeur agricole, les femmes sont confrontées à de nombreux obstacles lorsqu’il s’agit d’accéder aux financements nécessaires pour lancer et développer une entreprise. De multiples facteurs sont en cause : convictions et pratiques socioculturelles, mécanismes de financement inappropriés ou mal compris des fournisseurs et des utilisateurs, besoins concurrents de la famille ou du ménage… Deux approches innovantes inversent cette tendance, en offrant aux agriprenuses des financement adaptés à leur contexte. Bien que très différentes, ces deux initiatives sont basées sur la fourniture d’une série de services qui prennent en compte la situation spécifique des femmes.

Soutien à la gestion d’entreprise au Kenya

En 2007, le gouvernement kenyan a fondé le Women Enterprise Fund (WEF), qui fournit des crédits accessibles et abordables à des groupes de femmes et à des particulières afin de les aider à créer ou à développer une entreprise, et ainsi à générer de la richesse et à créer des emplois. Bien que le fonds ait soutenu un certain nombre d’entrepreneuses, le taux de participation était plus faible que prévu. Ce succès mitigé s’explique en partie par le manque de personnel pour atteindre les bénéficiaires potentielles, dont la plupart vivent en milieu rural, et en partie par le fait que les agripreneuses n’étaient pas suffisamment informées de l’existence du fonds.

Ces problèmes logistiques ont été aggravés par la réticence de nombreuses femmes à contracter un prêt, en raison d’une précédente expérience négative, telle que la perte de biens ayant servi de garantie. Leur incapacité à rembourser un prêt était invariablement le résultat d’un chiffre d’affaires trop bas, de registres commerciaux inadéquats, du manque de compréhension des conditions liées au prêt, et de l’utilisation du prêt ou des bénéfices commerciaux pour répondre aux besoins de leur ménage – autant d’expériences qui alimentent les croyances socioculturelles selon lesquelles les femmes ne seraient pas aptes à gérer des fonds, en dehors du budget quotidien du ménage.

Conscient de ces défis, SNV Kenya a conclu un accord formel avec le WEF, dans le cadre du programme Enhancing Opportunities for Women Enterprises (Accroitre les possibilités pour les entreprises dirigées par des femmes), en vue de sensibiliser les femmes aux possibilités de financement. SNV Kenya collabore avec des groupes professionnels de femmes en vue de faciliter les liens avec le WEF à travers un programme de formation préalable à l’octroi de prêt, qui couvre la dynamique de groupe, le leadership, l’éducation financière et l’accès au marché.

La formation est conçue pour aider les femmes à surmonter la stigmatisation socioculturelle et leurs expériences négatives avec de précédents programmes de microcrédit. Dans le cadre de ce processus, tant les maris que leurs épouses participent à des séances de dialogue sur le ménage et sont formés à la planification budgétaire. Cette préparation aide les couples à décider s’ils sont prêts à contracter un prêt ou non, et de quel montant. Les femmes reçoivent aussi un soutien continu en matière de tenue de registres, avant et après l’obtention du prêt.

Le succès de ce programme montre que, dans les bonnes conditions et avec le soutien nécessaire, les femmes sont tout à fait capables de gérer des fonds. A ce jour, 800 femmes ont bénéficié de prêts, pour un total de 129 410 €. Cet argent a été utilisé pour créer ou développer une agro‑entreprise, acheter des poussins d’un jour, des hangars, des poulaillers ou encore des machines pour produire des aliments pour volaille. Les taux de remboursement sont de plus de 98 %.

Mise en réseau et renforcement de la confiance

Les agro-entreprises dirigées par des femmes ont souvent des difficultés à se développer parce que les femmes ont tendance à éviter les risques : elles craignent les exigences financières trop strictes et manquent de confiance et de pouvoir de négociation pour dialoguer avec les fournisseurs de services financiers. Pour relever ce défi, l’African Women Agribusiness Network (AWAN) fonctionne avec des « championnes » dans chaque pays pour garantir que les petites, moyennes et grandes agro‑entreprises de femmes puissent profiter des possibilités existantes en matière d’inclusion économique, d’échanges commerciaux et de marchés.

A travers un réseau réunissant 11 pays à travers le continent, AWAN offre des services de renforcement des capacités pour les entrepreneuses, en ce compris des formations financières pratiques et du soutien à la planification d’entreprise, aidant ainsi les femmes à satisfaire aux conditions requises pour accéder à des prêts, à tous les niveaux. Par ailleurs, les femmes sont formées et participent à des simulations de pitching pour renforcer leur confiance dans leur capacité à gérer de l’argent et des financements. Récemment, l’Agribusiness Intelligence Network a été lancé en Afrique, afin de permettre aux agripreneuses de nouer des contacts professionnels, en leur offrant davantage de possibilités de réseautage et de renforcement de la confiance.

Choisir la formule adaptée pour les agripreneuses

Ces deux expériences mettent en avant des facteurs importants, qui permettent aux mécanismes financiers axés sur les agripreneuses de générer des résultats positifs :

  • Les mécanismes de financement souples – comme le Women Enterprise Fund – peuvent être efficaces pour soutenir les start-up et promouvoir le développement de l’entrepreneuriat parmi les femmes dans le secteur agroalimentaire à petite échelle. Il est crucial d’offrir une série d’options financières, de réduire les risques et de faciliter l’inclusion financière des femmes – la première étape du développement de leurs entreprises.
  • Le soutien des femmes à l’accès à la finance ne doit pas se limiter à améliorer la disponibilité des prêts, mais aussi remédier aux obstacles socioculturels et liés au ménage qui limitent la capacité des femmes à accéder aux services financiers.
  • Des formules financières sur mesure sont requises pour différentes catégories d’agro‑entreprises de femmes, selon leur taille et le niveau de la chaîne de valeur auquel elles opèrent.
  • Des fonds de garantie pour les agripreneuses sont nécessaires, combinés à des régimes de subvention pour le renforcement des capacités financières et entrepreneuriales, et la mise à jour des compétences.

Cet article a été rédigé dans le cadre d’une initiative menée par le CTA visant à documenter et à partager les connaissances exploitables sur les approches agricoles efficaces pour l’agriculture des pays ACP. Il capitalise sur les connaissances, les enseignements et les expériences pratiques afin de documenter et d’orienter la mise en œuvre de projets axés sur l’agriculture pour le développement.

Femmes et agribusiness : le pouvoir du networking

par et

Les plateformes qui aident les femmes entrepreneures à nouer des relations peuvent jouer un rôle essentiel en les aidant à développer leurs compétences professionnelles, à surmonter les obstacles de l’accès aux marchés et au financement, et à réaliser des économies d’échelle. Tisser des liens avec d’autres agripreneurs – et avec des contacts professionnels plus expérimentés – peut faire toute la différence en termes de réussite ou d’échec, expliquent des responsables de l’agribusiness des pays ACP.

Ne pas manquer l'opportunité de travailler avec CTA. Abbonez-vous maintenant!