Sithembile Ndema Mwamakamba is Programme Manager for the Food, Agriculture and Natural Resources Policy Analysis Network (FANRPAN)

Femmes africaines et changement climatique : la volonté de vaincre

Sithembile Ndema Mwamakamba is Programme Manager for the Food, Agriculture and Natural Resources Policy Analysis Network (FANRPAN)

Tuesday, 6 March 2018 Mis à jour le Saturday, 24 March 2018

Les pratiques d’agriculture climato-intelligente contribuent à lutter contre les conditions dévastatrices auxquelles sont confrontés les producteurs en Afrique depuis ces dernières années. Sithembile Ndema Mwamakamba est coordinatrice de programmes du Réseau pour l’analyse des politiques sur l’alimentation, l’agriculture et les ressources naturelles (FANRPAN), partenaire de longue date du CTA. Elle explique en quoi les femmes jouent un rôle de premier plan et contribuent aux efforts des producteurs pour lutter contre le changement climatique.

Les pratiques d’agriculture climato-intelligente aident les petits producteurs d’Afrique subsaharienne à affronter les conditions toujours plus difficiles dues aux aléas météorologiques, dont les effets sont dévastateurs sur leurs récoltes et leur bétail. Les femmes sont à la pointe des efforts pour sauver la production agricole de leur foyer. Elles cherchent, en effet, par tous les moyens à s’assurer que la qualité et la quantité d’aliments consommés par leur famille en pâtissent le moins possible.

« Pour les producteurs, le changement climatique est synonyme de sécheresses, d’inondations et de variations des régimes de précipitations, qui entraînent un déclin des rendements des récoltes et de la production de bétail », déclare Sithembile Ndema Mwamakamba. « Il ne s’agit plus uniquement d’une donnée scientifique ou d’un phénomène débattu par les experts, mais d’une réalité de terrain. »

Mme Mwamakamba coordonne des projets de recherche et de sensibilisation en matière de politiques agricoles face au changement climatique pour le FANRPAN. Cette organisation aide le développement et la mise en œuvre de meilleures politiques sur l’alimentation, l’agriculture et les ressources nationales en Afrique. Au cours de sa carrière avec le FANRPAN, Mme Mwamakamba a été impliquée dans diverses initiatives du CTA, parmi lesquelles un atelier visant à analyser des questions liées à l’agriculture et au développement rural chez les jeunes ainsi qu’une visite d’étude en Dominique dans le cadre de la 10e Semaine caribéenne de l’agriculture. « Ce fut un réel honneur de transmettre des expériences africaines à une autre partie du monde », déclare-t-elle en parlant de sa participation à cette Semaine.

Dans le cadre de son mandat - visant à s’assurer que la recherche alimente des politiques de lutte contre le changement climatique - le FANRPAN a récemment publié un rapport sur la situation climatique dans 15 pays d’Afrique subsaharienne. Les conclusions révèlent un sombre tableau pour les petits producteurs, en particulier en Afrique australe, où, en raison du phénomène météorologique El Niño, quelque 31,6 millions de personnes se sont retrouvées en situation d’insécurité alimentaire et nutritionnelle. En 2016 en Afrique du Sud, plus de 250 000 bestiaux sont morts des suites du stress thermique et de pâturages insuffisants, et les céréaliers ont vu leurs récoltes décimées par l’absence cruelle de précipitations dans le courant de ces dernières années.

Choisir la bonne technique

Plusieurs pays d’Afrique subsaharienne ont introduit des politiques de lutte contre le changement climatique, mais le défi réside à présent dans leur mise en œuvre et l’allocation de budgets, estime Mme Mwamakamba. Signe encourageant : certains producteurs mettent déjà l’agriculture climato-intelligente en pratique, dans de nombreux cas en adaptant des techniques autochtones utilisées depuis des générations.

« Les exploitants ont leurs propres modes de gestion, et de nombreuses organisations s’emploient actuellement sur le terrain à fournir des solutions liées à cette agriculture et basées sur la recherche », déclare Mme Mwamakamba. « Les femmes, gardiennes de l’agriculture et représentant un pourcentage plus élevé de la main-d’œuvre agricole, adoptent très activement ces techniques, même si nous avons découvert qu’elles favorisent les méthodes exigeant moins de travail. Elles ont en effet déjà de nombreuses tâches à assumer, au sein du foyer et sur l’exploitation. »

Le paillage est une technique climato-intelligente qui a beaucoup de succès, car il est très efficace et exige relativement peu d’efforts physiques. Il consiste à couvrir la couche arable de résidus de récoltes, d’herbe et d’autres matières organiques en vue de réduire la perte d’humidité du sol. En Zambie, les femmes cultivent des céréales sur des billons dans des terres humides peu profondes, utilisant des eaux avoisinantes pour une irrigation manuelle, avant de compter sur l’humidité résiduelle une fois le système racinaire implanté. D’autres techniques climato-intelligentes consistent à creuser des fosses autour de plantations pour retenir l’humidité des sols et à utiliser du fumier de bétail en guise d’engrais.

Les femmes sont particulièrement ouvertes à l’apprentissage de nouvelles techniques permettant d’améliorer la production agricole, et partagent activement leurs connaissances et expériences sur les méthodes climato-intelligentes efficaces. « J’ai pu le constater par moi-même à bien des occasions. Par exemple, nous avons un projet d’irrigation qui utilise un dispositif de contrôle permettant une utilisation plus efficace de l’eau », déclare Mme Mwamakamba. « Souvent, lors de l’organisation de réunions, ce sont les femmes qui y assistent. Je pense que les femmes sont constamment à la recherche de moyens pour améliorer la vie de leur famille. Ainsi, chaque fois que des personnes intègrent la communauté avec une proposition, cela les intéresse d’en savoir plus et de partager les connaissances si elles y voient une utilité. »

Épargner du temps, de l’eau et de la main-d'œuvre

Le dispositif de surveillance des eaux souterraines est un exemple classique de la façon dont des technologies simples peuvent servir à contrer le changement climatique. Baptisé « Chameleon Soil Water Sensor », ce capteur d’eaux souterraines permet de déterminer la facilité des plantes à pomper l’eau du sol. Les données sont affichées au moyen de témoins de couleur : bleu (mouillé), vert (humide) et rouge (sec). Cette technologie a été introduite au Mozambique, en Tanzanie et au Zimbabwe, où les productrices l’ont accueillies avec enthousiasme.

« Au Zimbabwe, les femmes nous ont dit que le dispositif les avait aidées à gagner un temps précieux », déclare Mme Mwamakamba. « Alors qu’auparavant elles auraient irrigué de toute façon, désormais elles commencent par contrôler le sol : si c’est bleu, elles n’irriguent pas, et passent à d’autres activités, comme désherber leurs champs ou accomplir des tâches ménagères. Voilà qui prouve, selon moi, que les femmes adoptent aisément de nouvelles techniques qui leur permettent de réaliser d’autres tâches. »

Outre une meilleure productivité et le renforcement de la résistance au changement climatique, l’agriculture climato-intelligente peut également apporter une précieuse contribution à la lutte contre la malnutrition, tout en donnant l’occasion d’atténuer les impacts climatiques. Ici aussi, les femmes jouent un rôle essentiel. L’agriculture axée sur la nutrition constitue une autre caractéristique importante des programmes du FANRPAN, mettant l’accent sur les volumes d’aliments produits, et aussi sur la substance alimentaire et la qualité.

« La malnutrition augmente et les modèles de consommation alimentaire évoluent, en particulier dans les zones urbaines d’Afrique, où les gens consomment davantage d’aliments transformés », déclare Mme Mwamakamba. « L’agriculture climato-intelligente promeut la culture de produits nutritionnels autochtones qui ont longtemps été négligés. Étant donné les responsabilités des femmes en tant que principales gardiennes du foyer et de leur communauté, et comme elles sont également le maillon critique entre l’exploitation agricole et l’assiette, il est important que les technologies et techniques de cette agriculture soient adaptées aux besoins spécifiques de ces héroïnes ! »

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  • Food, Agriculture and Natural Resources Policy Network

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