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"Les femmes et les jeunes sont l'avenir de l’agribusiness"

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Après la perte de 700 de ses mille alevins de poissons-chats, qui a entraîné la faillite de sa première entreprise piscicole, Divine-Love Akam a insisté dans l’agriculture. Or, les investisseurs et les banques réfléchissent souvent à deux fois avant d’apporter leur soutien aux entrepreneurs de ce secteur.

« Lorsqu’on me demande pourquoi je me suis lancée dans l’agriculture, j’explique que c’est à cause de mes poissons », explique Divine-Love Akam, économiste et cofondatrice d'eFarms, une start-up spécialisée dans l’agribusiness et la formation agricole, lancée il y a un an. La plateforme en ligne eFarms permet aux investisseurs agricoles de financer des petits exploitants et propose également aux jeunes et aux diplômés une formation axée sur les compétences agricoles.

eFarms est l’un des lauréats du concours Pitch AgriHack 2017, organisé par le CTA en Côte d’Ivoire. La start-up bénéficie grâce à cela du soutien du Centre pour aider 100 petits exploitants de trois sites du Nigeria à louer et à cultiver au moins 100 ha de terres et offrir à 200 « agriculteurs diplômés » une formation dans le domaine de leur choix, au sein même de leur exploitation. Le CTA aide en outre eFarms à offrir des stages en exploitation agricole (« farmternships ») à des étudiants de l’enseignement supérieur et à récolter au moins 10 millions de nairas (22 000 €) auprès d’au moins 50 investisseurs agricoles.

La possibilité d’obtenir des subventions pour financer eFarms a incité Divine-Love Akam à participer au concours Pitch AgriHack. Sa participation lui a apporté bien plus d’avantages qu’elle ne le pensait au départ. La formation en gestion d'entreprise et les contacts noués ont donné à eFarms les moyens dont elle avait besoin pour aider les agriculteurs. eFarms a résolu le problème de l'accès aux intrants agricoles en trouvant des fonds auprès des investisseurs. Les agriculteurs ne reçoivent pas d'argent liquide mais des intrants, en fonction de la taille de leur exploitation et du type de cultures.

L'innovation agricole attire les investisseurs

« Si nous donnions de l’argent liquide aux petits exploitants, ils pourraient le dépenser comme ils le souhaitent mais, une fois l’argent écoulé, nous devrions une nouvelle fois payer car nous savons qu’ils auraient du mal à rembourser leur prêt. En leur fournissant des semences et des engrais, nous veillons à ce qu’ils se concentrent sur l’agriculture. Nous surveillons les opérations agricoles 24 heures sur 24 pour nous assurer que les agriculteurs produisent de manière efficace et rentable et qu’ils puissent ainsi répondre aux demandes des acheteurs », explique Divine-Love Akam, qui travaille actuellement avec des jeunes et un groupe de 20 agriculteurs, principalement actifs dans la production de maïs et de manioc, dans la ville d'Iseyin, dans l'Etat d'Oyo, au sud-ouest du Nigeria.

Dans le cadre du modèle eFarms, les jeunes bénéficient de trois mois de formation intensive, incluant des cours magistraux et formations pratiques sur le terrain, auprès d’agriculteurs expérimentés. Des jeunes diplômés de tout le Nigeria avaient manifesté un vif intérêt pour l’agriculture mais la plupart n’avaient pas les 75 000 nairas nécessaires pour suivre la formation. eFarms a donc décidé de travailler en partenariat avec des grandes entreprises qui sponsoriseront les jeunes afin qu’ils puissent suivre la formation gratuitement.

« Notre modèle va faire la différence car les discussions sur l’agribusiness ont insisté sur la promotion de la participation des jeunes, qui est précisément notre objectif premier. Les femmes et les jeunes sont l'avenir de l’agribusiness. Nous voulons donc qu’ils créent leur propre entreprise après avoir suivi la formation, précise Divine-Love Akam. Ils apprennent à gagner de l'argent. Ils ne possèdent peut-être que des compétences de base mais ils sont bien armés et savent comment gérer une entreprise agricole. »

La formation transforme les agriculteurs en entrepreneurs

Divine-Love Akam se souvient de la formation reçue dans le cadre du Pitch AgriHack du CTA et explique y avoir appris que les start-up doivent éviter de faire intervenir trop vite et trop tôt les investisseurs en fonds propres, car elles risquent de sous-évaluer leur entreprise. Elles doivent au contraire viser le développement organique et opter pour le financement par l’emprunt. Elles pourront faire appel aux investisseurs en actions à un stade ultérieur, lorsqu’elles souhaitent étendre leurs activités.

Une conférence, organisée à Dakar, au Sénégal, du 7 au 9 mars, par l'African Agribusiness Incubator Network (AAIN), un partenaire de longue date du CTA, a souligné que le manque de financement, les compétences entrepreneuriales limitées ainsi que les difficultés d’accès aux nouvelles technologies émergentes sont autant d’obstacles à la création d’incubateurs d’agribusiness africaines. « Même lorsqu'il existe des technologies de soutien à l'agriculture, le partage et le transfert de connaissances restent essentiels car ces technologies ne pourront jamais se substituer aux compétences que seuls des agriculteurs ayant une longue expérience de l'agriculture peuvent transmettre », explique Divine-Love Akam. « Les jeunes doivent se lancer dans l'agribusiness non seulement pour perpétuer une pratique vieille de plusieurs générations mais aussi pour bénéficier du transfert de compétences. Je pense que le concept d'incubateur d'agribusiness constitue ici un véhicule parfait car il favorise la formation pratique et l’échange de connaissances entre jeunes agriculteurs et agriculteurs expérimentés. »

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