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Lovin Kobusingye, chef d’entreprise « par hasard »

Partager des connaissances exploitables permet de concrétiser des idées. Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) a pu constater combien il était utile de réunir de jeunes théoriciens et praticiens des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP).

Pour des chefs d’entreprise comme Lovin Kobusingye, 36 ans, fondatrice de l’usine de transformation du poisson Kati Farms en Ouganda, entrer en interaction avec d’autres personnalités novatrices n’est jamais une perte de temps. Si l’Union européenne a investi beaucoup en Afrique, « nous, jeunes chefs d’entreprise locaux, nous connaissons l’approche à adopter et les moyens à mettre en œuvre pour poursuivre cette dynamique. Nous devons partager nos connaissances pour comprendre et être compris ».

Lovin Kobusingye fait partie de ces nombreuses entrepreneurs aidés et promus par le CTA à des événements tels que les Brussels Briefings ou le Forum des jeunes agripreneurs africains. Là, ils côtoient des responsables politiques et des investisseurs potentiels. Pour ces jeunes, ces mises en relation sont une occasion idéale pour partager leurs connaissances. Il s’agit d’un outil essentiel pour la croissance de leurs entreprises, facilement accessible, moyennant le prix du voyage et de l’hôtel. « J’assiste à autant d’événements que possible, même si je dois prendre tous les frais à ma charge. Mais recevoir une aide me permet de ne pas entamer la trésorerie de mon entreprise et de réinvestir tous les fonds dans l’activité. »

L’entreprise de Lovin Kobusingye, dont le produit phare est la saucisse de poisson, a débuté avec un petit investissement dans un excédent de tilapia, un poisson local. Son produit alimentaire est créatif, « du jamais vu en Afrique et peut-être même ailleurs dans le monde », s’enorgueillit-elle. La start-up, fondée en 2014, compte, quatre ans plus tard, 38 emplois directs et se fournit en poisson chez plus d’un millier de pisciculteurs en Ouganda.

« Je suis devenue chef d’entreprise par hasard », explique Lovin Kobusingye, récipiendaire prix de l’innovation africaine de la Fondation Rabobank, en 2012, avec 15 000 € à la clef. Âgée de 30 ans à peine à l’époque, elle a commencé à s’approvisionner chez les pisciculteurs qui ont à leur tour investi et innové pour améliorer la rentabilité de leur activité.

La coopérative piscicole Masese, près de la source du Nil, au bord du lac Victoria, compte parmi ses fournisseurs. Son responsable, Magumisa Magio, qui supervise 45 pisciculteurs et 100 employés, explique que « le lac était saturé. Il nous fallait nous former pour nous réinventer nous-mêmes ». Aujourd’hui, les poissons comme le tilapia sont élevés dans des cages conçues pour produire des spécimens commercialisable (entre 400 et 500 g) pour des acheteurs comme Lovin Kobusingye.

Plus de deux tiers des membres de la coopérative Masese ont entre 18 et 35 ans, ce qui n’a pas échappé à Lovin Kobusingye. « Chez mes fournisseurs, il n’y a pas que la qualité des produits qui m’importe, je fais aussi attention aux membres de leur personnel et à leurs conditions de travail. Je tiens en particulier à soutenir les femmes et les jeunes », explique-t-elle.

Son produit phare est désormais vendu dans une centaine de magasins, allant des stands de rue aux grandes enseignes nationales de distribution. Elle a également élargi sa gamme et propose désormais des filets de poisson prêts à cuire et des poissons entiers, surgelés dans une unité où les normes les plus strictes sont appliquées.

A la question de savoir si elle a des conseils à donner à de jeunes entrepreneurs de son acabit, elle répond sans hésiter : « S’en tenir à des transactions officielles, aider ses fournisseurs et se vendre. » Elle travaille en étroite collaboration avec ses nombreux fournisseurs et définit la taille et le poids qu’ils doivent viser pour leurs produits, mais leur avance aussi les fonds dont ils ont besoin pour acheter les aliments. « C’est une relation de travail, la communication est essentielle », martèle-t-elle.

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