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Pourquoi les femmes sont parmi les meilleures clientes pour l’assurance bétail en Afrique de l’Est

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Le programme d’assurance bétail indicielle (IBLI), lancé en 2010, aide les gardiens de troupeau à affronter les effets des graves sécheresses qui sévissent de plus en plus souvent dans les régions arides et semi-arides du Kenya et de l’Ethiopie. Selon les chiffres les plus récents, dans ces deux pays, quelque 15 000 propriétaires de bétail – dont, étonnamment peut-être, 45 % de femmes – ont déjà acheté le produit d’assurance proposé par ce programme.

Ce franc succès de l’assurance bétail parmi les femmes a de quoi surprendre quand on sait que, dans la région, la grande majorité des propriétaires de bétail sont des hommes et que les femmes restent largement exclues de la propriété du bétail. Le produit IBLI a connu un succès grandissant ces dernières années, avec un point culminant en 2015, quand le gouvernement kényan l’a adopté sous la forme du Programme d’assurance du bétail du Kenya (KLIP). Mais pourquoi les femmes sont-elles si nombreuses à contracter IBLI ?

L’une de ces femmes est Habiba Jattan, propriétaire de bétail du comté d’Isiolo, au Kenya. Mme Jattan est cliente de l’IBLI depuis 2015. Dans un premier temps, elle a versé une modique prime de 6 000 KES (l’équivalent de 60 €) pour assurer trois vaches et trois chèvres. Cette année-là, les pluies n’étant pas tombées, Mme Jattan a reçu une indemnisation de 12 000 KES (120 €), dont elle a utilisé une partie pour contracter, en vue de la saison suivante, une autre police IBLI, couvrant cette fois 16 bovins et 20 chèvres, cela pour une somme de 15 040 KES (130 €). La saison 2016 ayant vu l’une des pires sécheresses depuis 2011, Mme Jattan a alors touché une indemnité de 150 000 KES (1 500 €).

Mme Jattan semble non seulement avoir bien compris le produit – elle sait qu’elle pourrait ne pas recevoir une indemnisation chaque année –, elle tient également à investir de l’argent dans cette assurance. Depuis le lancement de l’IBLI, de nombreuses autres femmes contractent régulièrement une telle assurance. Une étude réalisée en Ethiopie en 2014 a révélé que la majorité des clients de l’IBLI étaient des ménages dirigés par des femmes, mais cette situation doit recéler d’autres facettes.

Une nouvelle dynamique dans les régions pastorales

A vrai dire, nous n’avons pas encore pu déterminer pourquoi IBLI est si populaires auprès des femmes. Alors que ce type d’assurance indicielle est déjà très répandu parmi les cultivateurs, il reste peu utilisé par les éleveurs et gardiens de troupeaux. Nous sortons donc des sentiers battus en introduisant l’IBLI dans les régions arides.

Plusieurs hypothèses peuvent toutefois être avancées pour expliquer le fait que les femmes sont si nombreuses à contracter une assurance bétail :

  • les femmes pouvant obtenir des micro-prêts, elles ont aussi accès à des services financiers tels que l’IBLI ;
  • la plupart des femmes possèdent de petits ruminants et veulent assurer le bétail qu’elles exploitent ;
  • la sédentarisation croissante des communautés pastorales oblige les femmes à prendre des décisions pour leur ménage.

Ces conjectures résultent essentiellement des informations et de l’expérience accumulées dans le cadre du travail mené dans les régions pastorales. Une valeur négligeable étant en général attribuée aux petits ruminants dans les communautés pastorales, les femmes sont habituellement libres de le vendre, ainsi que les produits comme le lait, sans devoir consulter le chef de ménage. Quant au bétail et aux chameaux, ils sont considérés comme une richesse et un bien. Normalement, c’est donc ensemble que l’on prend la décision de les vendre, souvent pour des occasions spéciales ou pour répondre à un besoin du ménage.

Le cas de Mme Jattan montre cependant que les femmes ne doivent pas nécessairement se limiter aux moutons et chèvres, mais peuvent aussi posséder des bovins et chameaux. En même temps, les femmes sont chargées de l’approvisionnement alimentaire des ménages. Souvent, de graves sécheresses perturbent le système alimentaire du ménage, mettant une pression énorme sur les femmes qui doivent vaille que vaille se procurer la nourriture indispensable à la survie de la famille.

Un domaine à approfondir

De toute évidence, certaines dynamiques sont occupées à changer et méritent que l’on s’y attarde. Les autres aspects qui devraient être étudiés de plus près sont notamment :

  • le contexte socioéconomique ou culturel des femmes qui contractent IBLI ;
  • les motivations et facteurs qui les ont poussées à acquérir cette assurance ;
  • les éventuelles zones ou régions spécifiques couvertes par les assurances IBLI où leur degré d’utilisation est constamment élevé parmi les femmes, et les raisons probables de ce succès ;
  • certaines de ces femmes sont-elles des clientes fidèles de ce système d’assurance ? Dans l’affirmative, pourraient-elles convaincre d’autres personnes (femmes et hommes) de suivre leur exemple ?

Les réponses à ces questions seront essentielles pour bien comprendre le rôle potentiel que les services financiers tels qu'IBLI peuvent jouer dans le développement de la résilience des populations des régions arides de l’Afrique face au changement climatique. Les résultats atteints par l’IBLI sont déjà très prometteurs et la popularité de ce système auprès des femmes est encourageante. Si nous tenons à porter cette initiative un peu risquée au niveau supérieur et à l’étendre à toute la Corne de l’Afrique et au-delà, nous devrons mieux comprendre les facteurs qui motivent les propriétaires de bétail, tant les hommes que les femmes, à investir dans ce type d’assurance.

Cet article a été rédigé dans le cadre d’une initiative menée par le CTA visant à documenter et à partager les connaissances exploitables sur les approches agricoles efficaces pour l’agriculture des pays ACP. Il capitalise sur les connaissances, les enseignements et les expériences pratiques afin de documenter et d’orienter la mise en œuvre de projets axés sur l’agriculture pour le développement.

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