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Promouvoir l'agritourisme à la Barbade

Sunday, 7 October 2018 Mis à jour le Wednesday, 17 October 2018

La Barbade est confrontée à deux crises distinctes. D'une part, cet Etat importe près de 90 % des produits alimentaires consommés par ses habitants. D’autre part, il fait face à une augmentation du niveau d'obésité, un phénomène lié à la consommation de produits transformés. L'agritourisme, qui fait le lien entre agriculteurs, entreprises agroalimentaires et marché du tourisme, peut aider à relever ces défis. Le CTA travaille en étroite collaboration avec des partenaires locaux pour soutenir le développement du marché alimentaire local.

Depuis près de 20 ans, l'Institut interaméricain de coopération pour l'agriculture (IICA) consacre beaucoup de temps et d’efforts à faire le lien entre les agriculteurs et les transformateurs d’une part et les restaurants et les hôtels d’autre part. De nombreux grands chefs jouent d’ailleurs maintenant un rôle de premier plan dans le développement du secteur de l’agritourisme. « En collaboration avec le CTA, nous avons encouragé les chefs cuisiniers à se faire les défenseurs de la sécurité alimentaire et nutritionnelle et à promouvoir les produits locaux dans leur cuisine », explique Ena Harvey, représentante de l'IICA sur l’île de la Barbade. « Ce faisant, ils peuvent soutenir nos agriculteurs et réduire les importations alimentaires. »

Peter Edey est l’un des cuisiniers les plus célèbres de la région ; quelque 15 millions de téléspectateurs des Caraïbes et d’Amérique du Nord suivent régulièrement ses émissions télévisées. « Je m’approvisionne dans la mesure du possible sur les marchés locaux et j'insiste sur l'importance de développer et d’exploiter notre cuisine et nos produits locaux, » explique-t-il. Ses concours de cuisine pour futurs chefs se sont révélés extrêmement populaires. « Il est encore difficile de se procurer régulièrement des carottes, des choux et bien d'autres produits dont nous avons besoin, mais plus de 80 % des produits alimentaires utilisés comme ingrédients dans ces concours, sont originaires de la région. » En septembre 2016, Peter a partagé son expérience lors d'un Briefing de Bruxelles organisé par le CTA sur le potentiel des marchés associés au tourisme et le rôle des jeunes chefs dans la promotion des produits locaux. 

« Les produits frais sont toujours plus savoureux »

Damien Hinds, responsable technique du programme national de l'IICA à la Barbade, travaille en étroite collaboration avec des agriculteurs et des coopératives agricoles. Il se dit fort impressionné par les changements qu’il observe depuis quelques années. « Nous voyons apparaître sur l’île de la Barbade une nouvelle génération d’agriculteurs qui réfléchissent à ce que les consommateurs souhaitent vraiment et qui adaptent leurs stratégies agricoles à la demande du marché, » explique-t-il. Et pour illustrer son propos, il nous emmène faire un petit tour de l’île.

Escale chez Richard Archer, qui a créé une entreprise de production aquaponique dans une ancienne plantation de canne à sucre. L’aquaponie consiste à cultiver des plantes hors sol, dans un milieu liquide enrichi en nutriments produits par des poissons – le tilapia, dans le cas de cette exploitation. Son entreprise, Archer's Organics, approvisionne aujourd'hui environ 16 chefs cuisiniers de l’île. L'un d'eux, Kirk Kirton, officie au Fairmont Royal Pavilion, un complexe hôtelier exclusif. « Nous, les chefs cuistots, ce que nous recherchons, ce sont des produits frais d’excellente qualité, des produits qui décorent aussi joliment les assiettes. Les produits frais sont toujours plus savoureux que les produits importés, et leur durée de conservation est beaucoup plus longue. »

Les touristes ne sont toutefois pas les seuls à profiter de cette disponibilité accrue de produits frais issus de l’agriculture locale. Plusieurs coopératives approvisionnent à présent des restaurants et les consommateurs locaux en aliments de qualité. La plus ancienne, la St George Farmers Marketing Cooperative Society, gère un magasin bien achalandé à The Glebe, un village près de Bridgetown. Les clients y trouvent une grande variété de légumes et de fruits frais locaux. Plus loin dans les terres, sur les collines, la coopérative Addis Alem, fondée par une église rastafarienne, propose une gamme de sauces épicées et de ketchups produits localement. La plupart de ses membres ont bénéficié de programmes de formation organisés par l'IICA.

En contact direct avec les hôtels, restaurants et marchés

La vente d’aliments bio, soutenue par l’augmentation de la demande des touristes et des professionnels locaux, est également en plein essor. Les membres de l'Organic Growers and Consumers Association (OGCA) vendent leur production directement aux hôtels, aux restaurants et aux marchés. Cette coopérative a aussi son propre magasin, où se pressent les habitants et les restaurateurs du coin. « Vers 11 h 30, nous savons exactement quels seront les légumes que nous pourrons proposer. J’envoie alors un message WhatsApp aux différents chefs pour qu'ils puissent passer leur commande du jour, » explique John Hunte, secrétaire de l'OGCA.

Dane Saddler est l’un des voisins de John. Avant de fonder Caribbean Villa Chefs, il a travaillé dans certains des meilleurs restaurants de l’île. Son entreprise met des chefs à la disposition de villas et de restaurants et prépare des repas pour des événements spéciaux. De nombreuses familles locales profitent maintenant de son service de livraison d'aliments précuits. Les plats sont en grande partie à base d'ingrédients locaux. « Voici quelques-uns des plats prévus pour cette semaine, » nous dit-il en nous montrant sur son iPhone des photos de lasagnes au haché de porc et patates douces, un plat sans gluten à base de produits frais locaux, et un steak au poivre accompagné de purée de fruit à pain.

Initiatives de promotion de l'alimentation locale

« Ce que vous voyez à la Barbade est représentatif de ce qui se passe et se fait dans toutes les Caraïbes, » explique Ena Harvey, de l'IICA. On observe une évolution identique dans le Pacifique, en partie grâce aux activités et aux partenariats soutenus par le CTA, qui a notamment contribué à l’initiative « Chefs pour le développement », lancée en 2016. Le site web de l'initiative est devenu un portail et un lieu d’échange pour les chefs et les autres acteurs associés à la promotion des produits locaux.

Lors de la 14e Semaine de l’agriculture caribéenne, organisée aux îles Caïmans en octobre 2016, Peter Edey et une dizaine d'autres chefs ont décidé de mettre en place un nouveau réseau culinaire. L'année suivante, l’IICA, le CTA et des cuisiniers de premier plan lançaient à la Barbade l'Alliance culinaire des Caraïbes, un réseau qui contribue aujourd’hui à la promotion de l'alimentation locale, au rapprochement avec les agriculteurs, à l'organisation d'événements et à la formation des jeunes dans le domaine des arts culinaires. Comme on le voit, l’agritourisme est donc un mouvement appelé à se renforcer, conclut Ena Harvey.

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