Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) confirme sa fermeture pour la fin 2020.
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Réduire l’écart de genre dans l’agriculture sans s’attarder sur le jargon

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Equilibre hommes-femmes, intégration de la dimension de genre, préjugés sexistes, etc. : on parle de plus en plus de la place des femmes dans les cercles de développement agricole. Mais de quoi s’agit-il au juste ? Et surtout, quel est l’impact des initiatives prises dans ce domaine ? Un atelier organisé par le CTA cette semaine veut couper court à tout ce jargon pour mettre en lumière des modèles concrets qui permettront de rendre l’agriculture de nouvelle génération accessible aux femmes dans les pays ACP.

L’amélioration des possibilités offertes aux femmes dans l’agriculture et l’agribusiness est un objectif transversal pour le CTA, qui organisait l’atelier Rendre l’agriculture de nouvelle génération accessible aux femmes à Wageningen (Pays-Bas), du 3 au 7 décembre 2018. Cet événement a rassemblé près de 40 participants du CTA et d’organisations partenaires établies dans des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) qui œuvrent à l’amélioration de la place et du travail des femmes dans le secteur de l’agriculture. Ce public se compose, entre autres, de chercheurs, de sociologues, de représentants d’organisations non gouvernementales (ONG) sensibles à la cause des femmes, et d’« agripreneuses » qui réussissent dans les chaînes de valeur agricoles.

Les femmes qui travaillent dans l’agriculture et l’agribusiness sont confrontées à plusieurs difficultés, notamment l’inégalité d’accès aux terres et aux autres actifs productifs, mais aussi au crédit, aux connaissances et à l’information. Un accès plus facile à toutes ces ressources aiderait les femmes à améliorer la qualité, la vente et la livraison de leurs produits. « Comme nous le savons tous, l’information, c’est le pouvoir », rappelle Rupsha Banerjee, une participante de l’atelier venue d’Inde. Souvent, à cause d’un accès faussé aux ressources agricoles, associé à des facteurs culturels, les femmes n’obtiennent pas une rémunération proportionnelle à leurs efforts.

« La question clé est de savoir comment faire participer les femmes et leur offrir davantage de possibilités, afin qu'elles puissent bénéficier équitablement de l'agriculture et de l’ajout de valeur. En Afrique, 68 % des femmes économiquement actives travaillent dans l’agriculture, mais elles en retirent très peu de bénéfices », souligne Michael Hailu, directeur du CTA, lors de l’ouverture de l’atelier. « Dans le secteur du cacao en Côte d’Ivoire, par exemple, les femmes effectuent 68 % du travail mais ne perçoivent que 21 % des revenus. Un scénario similaire est constaté dans le secteur du café en Éthiopie. On le voit, les disparités de genre sont énormes. »

La fracture numérique appliquée au genre

Des possibilités limitées d’utiliser les technologies innovantes entravent les perspectives de revenus des femmes en milieu rural. C’est pourquoi cet atelier de trois jours insiste particulièrement sur l’utilisation des technologies numériques par les femmes dans l’agribusiness, ainsi que sur la réduction de la fracture numérique appliquée au genre.

En plus d’identifier les défis à relever, l’atelier cherche à examiner les solutions qui contribuent déjà à rétablir l’équilibre en faveur des femmes dans l’agriculture et à leur permettre de réaliser tout leur potentiel, tant à leur avantage que pour leur famille et l’ensemble de la communauté.

Selon l’Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), investir dans les femmes en milieu rural a pour effet d’accroître considérablement la productivité, de réduire la faim et la nutrition et d’améliorer les moyens de subsistance ruraux, pour les femmes mais aussi pour les hommes et en particulier au bénéfice de la prochaine génération. Ces bénéfices s’expliquent en partie par le fait que les femmes dépensent différemment leur argent et économisent leurs revenus en investissant dans des domaines tels que la santé.

Faisant partie d’une série de quatre ateliers de capitalisation des expériences, l’événement du CTA cherche à partager des connaissances et à mettre en lumière des études de cas couronnées de succès. Ces étude de cas portent notamment sur l’ONG du Samoa Women in Business Development (WIBDI), qui renforce les systèmes économiques des villages en formant les femmes en milieu rural à la gestion d’entreprises durables, EuroAfri Link (EAL), qui s’emploie à relier des groupes de petits producteurs agricoles d’Afrique et des acheteurs d’Europe, l’African Women in Agribusiness Network (AWAN) et l’Africa Women Innovation & Entrepreneurship Forum (AWIEF), des partenaires de mise en œuvre clés pour le projet du CTA VALUE4HER, lancé plus tôt dans l’année. Ce programme mené à l’échelle de tous les pays ACP vise à offrir davantage de valeur aux femmes dans le secteur de l’agribusiness en favorisant leur accès aux marchés tout en renforçant leurs connaissances, leurs compétences et les réseaux qu’elles utilisent.

« L’idée à la base de cet atelier est de tirer des leçons de notre expérience et de dégager des pistes avec lesquelles nous pourrons réellement faire une différence, en permettant aux femmes de jouer un rôle plus actif dans les chaînes de valeur agricoles », explique Michael Hailu. « Comment maintenir des conditions égales pour les femmes, afin qu’elles puissent bénéficier de leur implication dans les filières économiques ? »

Adopter des solutions adaptées

Deborah Rubin, spécialiste en anthropologie culturelle et co-directrice de Cultural Practice, une société américaine d’analyse de la dimension de genre, a mis l’assistance en garde contre les généralisations exprimées à propos des femmes et des difficultés qu’elles rencontrent, et souligné l’importance des analyses et de solutions spécifiques.

« Les contraintes fondées sur le genre varient selon le type d’acteur que l’on est dans la chaîne de valeur, et l’ampleur de ces contraintes varie selon le positionnement que l’on a dans la chaîne de valeur », nuance Deborah Rubin. « Je pense que nous devrions cesser d’écouter les généralisations et prêter davantage attention aux contraintes spécifiques. Sans prendre en compte ces spécificités, il est impossible de concevoir des interventions réellement efficaces. »

Les solutions possibles identifiées par Deborah Rubin consistent notamment à :

  • Dépasser le stade de la production pour appuyer les femmes au niveau de chaque maillon clé de la chaîne de valeur agricole.
  • Identifier les options entrepreneuriales et rémunérées hors exploitation pour les jeunes femmes.
  • Fournir des services regroupés pour les « agripreneuses », par exemple l’accès au crédit, des formations de développement d’entreprise et des services de transport.
  • Faciliter l’accès des femmes aux téléphones mobiles, aux applications numériques et aux services financiers numériques afin de les aider à tirer parti des informations de marché, des services d’argent mobile et des informations de vulgarisation agricole.

« Je ne crois pas que les services de vulgarisation actuels répondent aux besoins de la majorité des femmes », estime Dorienne Rowan-Campbell, une agricultrice biologique jamaïcaine, formatrice et activiste de longue date pour la cause de l’égalité des sexes. « En général, les politiques ne se préoccupent pas non plus des besoins des agricultrices, en particulier celles qui travaillent à petite échelle. Ce sont pourtant ces femmes qui, un peu partout, forment la majorité de la main-d’œuvre dans ce secteur. Dans ces conditions, il est donc très difficile de répondre aux besoins spécifiques des femmes. »

Emplacement:

Réduire le fossé numérique entre les sexes et offrir des perspectives aux femmes dans le secteur de l’agriculture

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Les technologies de l'information et de la communication (TIC) sont promues en tant qu’approche d’égalité des chances – mais l’accent n’est pas toujours mis sur les femmes. Plusieurs initiatives africaines mettent en avant le rôle clé que l’information et les connaissances peuvent jouer dans l’amélioration de la productivité agricole et de la rentabilité des exploitations agroalimentaires dirigées par les femmes.

Les agricultrices et agripreneuses doivent agir pour influencer l'agenda du développement

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Au long de l’histoire, les femmes ont enregistré des avancées en termes de contrôle de leur destin, de leurs actifs et de leur visibilité dans un monde dominé par les hommes, avant de régresser. Durant ces moments, telle Pénélope qui attend Ulysse, les femmes font et défont la toile de leur vie. Nous pourrions être en train d’assister à une nouvelle période de régression, alors que rôles et aspirations des femmes sont remis en question dans de nombreux domaines. Il est temps de se remettre à l’ouvrage et de changer la distribution des rôles !

Les réseaux numériques améliorent les perspectives financières des agripreneuses

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Alors que le secteur agricole pourrait garantir la sécurité alimentaire, les établissements financiers financent peu l’agriculture et les agriculteurs. Les agricultrices et les agripreneuses citent l’accès au financement comme leur principale difficulté. Nombre d’entre elles gèrent des exploitations informelles. De très nombreuses conditions sont nécessaires à l’expansion de leurs activités mais possibles à mettre en place.

Des « bouquets » de services pour donner un coup de pouce aux agripreneuses

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Les femmes sont des acteurs essentiels du secteur agricole en Afrique, mais elles doivent surmonter une série d’obstacles pour développer et gérer des entreprises agricoles prospères. L’offre de « bouquets » de services – incluant l’accès à la terre et au financement, le développement des compétences commerciales, des conseils de vulgarisation et l’offre de débouchés porteurs – aidera davantage d’entrepreneuses à se tailler une place dans le secteur agroalimentaire.

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