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De l’importance des intermédiaires

Opinion

WeFarm is a free peer-to-peer service that enables farmers to share information via SMS

© © Wefarm

par Muchiri Nyaggah

Hawali Lucy est une petite productrice de Namingo, en Tanzanie. Elle fait partie d’une communauté de petits producteurs qui utilisent le service mobile « Agri-Info ». Grâce à l’introduction de services mobiles comme Sokopepe, We-Farm, Agri-Info et d’autres de nature similaire dans des régions d’Afrique de l’Est et de l’Ouest, les petits producteurs, ont depuis quelques années, accès à des données pour prendre des décisions informées pour leur exploitation agricole.

Ces services reposent toutefois sur une série d’hypothèses quant à leurs utilisateurs cibles. Ils supposent ainsi que les petits producteurs des zones rurales, comme Hawali, qui constituent la majorité des agriculteurs dans les pays ACP, possèdent les compétences technologiques et un niveau d'alphabétisation suffisant pour les exploiter pleinement. Mais dans les faits, le manque de compétences est un réel obstacle pour la majorité des bénéficiaires potentiels.

Et ce ne sont pas les seuls obstacles. Dans le monde, la moyenne d’âge des agriculteurs est de 60 ans mais, dans les régions en développement, nombre d’entre eux sont plus âgés ou sont des femmes. Quant à leur taux d’alphabétisation, il est inférieur à la moyenne. Ils ont également moins accès aux services financiers officiels, un faible accès au crédit (quand ils n’en sont pas exclus) et peuvent rarement se permettre d’acquérir les ressources que la plupart des applications et services mobiles utilisent, comme l’Internet à haut débit. Et pourtant, les applis mobiles et les services internet qui leur sont destinés se multiplient sans cesse, de nouvelles technologies s’ajoutant à la panoplie d’outils connectés censés protéger les petits producteurs des pays ACP d’un avenir bien sombre. Les drones, l’Internet des Objets (IdO)i, le développement des infrastructures et les données satellitaires comptent parmi ces outils.

Si l’agriculture axée sur les données est peut-être l’avenir de nos agricultures, les petits agriculteurs des pays ACP susceptibles d’utiliser ces données n’ont sans doute rien en commun avec leurs homologues des pays développés. Leur e-agriculture ne sera pas forcément pilotée par les iPads, smartphones, capteurs et drones qu’ils possèdent. Il pourrait être nécessaire de se concentrer sur d’autres aspects et cibler l’écosystème élargi plutôt que les seuls petits producteurs.

Si certains, à l'instar d'Hawali et ses collègues, ont rapidement adopté les approches mobiles de gestion des exploitations et de commercialisation de l’agriculture traditionnelle, la majorité continuera à dépendre des intermédiaires qu’ils connaissent et auxquels ils font confiance depuis de nombreuses années. Ces intermédiaires font le travail d’information nécessaire pour faire découvrir aux agriculteurs des pratiques, semences et engrais améliorés. Des intermédiaires qui, avec les agriculteurs, travaillent en première ligne pour améliorer la production en vue d’atteindre l’objectif de production alimentaire durable pour nourrir le monde d’ici à 2050. Ils relaient et traduisent l’information, d’où le nom que nous leur donnons : « infomédiaires ».

C’est sur eux que nous devons nous concentrer lorsque nous examinons des pistes pour transformer l’agriculture axée sur les données en réalité. Ce sont eux qui utilisent les appareils mobiles, ont accès aux données satellitaires et sont capables d’utiliser judicieusement les données très fragmentées sur les sols pour décider des cultures à produire, des intrants à utiliser ou des pratiques à adopter. Ce sont ces infomédiaires qui transformeront les données en informations et connaissances en affichant des instructions documentées par ces données sur des panneaux dans les marchés ruraux, en traduisant leurs connaissances en langage clair et en les expliquant à la radio, en publiant des infographies et des articles d’information dans les journaux et en passant à la télévision. Ce sont les infomédiaires – par exemple les vulgarisateurs – qui iront frapper à la porte des agriculteurs et s’assiéront à leur table pour leur expliquer ce que signifient les données et quelle est la prochaine étape.

Un jour, dans un avenir lointain, des petits producteurs adopteront l’agriculture de précision et d’autres pratiques basées sur les technologies et les données. Mais en attendant,, nous devons ajuster nos attentes en tenant compte de leur situation afin d’aller de l’avant.

Emplacement:

De multiples usages : opportunités et défis

L’agriculture axée sur les données est-elle l’avenir du secteur agricole ACP ? La réponse la plus succincte serait : cela dépend… C’est bien possible, mais les divers sous-secteurs et acteurs en profitent d’une manière bien différente.

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Un changement de perspective

Alors que la population mondiale devrait atteindre les 9 milliards en 2050, et que la superficie de terres arables disponibles restera approximativement la même, nul doute que la productivité agricole devra être améliorée, en particulier celle des petits producteurs. Les données ont toujours été utilisées pour accroître les informations et les connaissances sur l’agriculture.

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