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Adoption d’innovations agricoles climato-intelligentes en Afrique australe : être au courant ne suffit pas

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Les organisations représentant les agriculteurs doivent travailler de concert avec les secteurs public et privé pour faciliter l’adoption des innovations agricoles climato-intelligentes.

© CTA

par Mariam Kadzamira et Oluyede Ajayi

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Certains disent que le savoir, c'est le pouvoir. A l'ère de la connaissance, information et idées sont présentées comme des « matières premières » aussi importantes que des ressources tangibles comme la terre, le travail et l'argent. Cela vaut également pour le secteur agricole. L’expérience acquise dans le cadre d’un projet visant à développer l’agriculture intelligente face au climat (AIC) en Afrique australe montre qu'à elles seules, la connaissance des innovations agricoles climato-intelligentes ne suffit pas à assurer leur adoption.

Les enquêtes de terrain commandées au début de la saison agricole 2017/2018 dans le cadre du projet Déployer à plus grande échelle des solutions d’agriculture intelligente face au climat pour les agriculteurs et les éleveurs d’Afrique australe montrent que la connaissance du concept d’assurance agricole basée sur un indice climatique ne se traduit pas automatiquement par la souscription d’une assurance de ce type. Une enquête a été menée à ce sujet auprès de 4 000 agriculteurs sélectionnés dans différentes zones du projet au Malawi, en Zambie et au Zimbabwe. Elle a montré que les agriculteurs zimbabwéens et zambiens connaissent relativement bien l'existence, les avantages et le fonctionnement de l’assurance basée sur un indice climatique. Au Zimbabwe, par exemple, près de 60 % de tous les agriculteurs de l'échantillon en avaient entendu parler et près de 16 % ont déclaré avoir souscrit ce type d’assurance innovante. En Zambie en revanche, 43 % des agriculteurs interrogés connaissent cette assurance, mais ils sont seulement 4 % à l’avoir adoptée. Pourquoi une telle disparité ?

« De nombreux facteurs limitent l’adoption de l’assurance indicielle, notamment le fait que les agriculteurs ont généralement une perception négative de l’assurance », explique Prince Kuipa, économiste en chef à la Zimbabwe Farmers Union (ZFU). Ce constat a amené la ZFU à coopérer avec Econet Wireless afin de mettre au point un produit d'assurance qui associe l’assurance indicielle à d’autres services, tels que l’assurance-vie/assurance obsèques et l’offre de conseils agronomiques.

Sensibiliser les agriculteurs

Parallèlement à la commercialisation de ce produit, la ZFU et Econet ont aussi investi massivement dans le marketing, afin de sensibiliser les agriculteurs aux avantages de l’assurance indicielle et combattre leurs préjugés à l’égard de l’assurance. Nous expliquons aux agriculteurs que l'assurance-vie couvre leurs proches en cas de décès, mais que l’assurance indicielle les protège – ainsi que leur famille – de leur vivant (en cas de mauvaises récoltes) », poursuit Prince Kuipa. « Nous avons simplifié le message afin que les agriculteurs puissent le comprendre sans risquer de s’enliser dans des détails techniques. »

La ZFU et Econet ont utilisé différents canaux pour commercialiser le produit, notamment en diffusant des messages sms pour promouvoir le « Combo » et en déployant des agents de terrain « Combo ».

« La forte pénétration de la téléphonie mobile a joué un rôle essentiel en nous aidant à accroître notre portée (Econet Wireless) », explique Caroline Mozhendi d'Econet. Tout comme Prince Kuipa, elle estime que le succès du « ZFU Ecofarmer Combo » tient au fait qu’il associe l’assurance indicielle à d’autres services tangibles, notamment une couverture obsèques.

En Zambie, le gouvernement a rendu l’assurance basée sur une indice climatique obligatoire pour tous les agriculteurs participant au Programme de soutien aux intrants agricoles (Farmer Input Support Programme, FISP) pendant la saison 2017/2018. Même si un 1,5 million d’agriculteurs ont ainsi été informés de l’existence de cette assurance, seul un très faible pourcentage (3 %) y ont souscrit.

Le succès très mitigé de ce produit s’explique essentiellement par le fait que seuls les agriculteurs participant au programme FISP de bons électroniques pour des intrants y étaient éligibles. Les autres agriculteurs du pays n'y ont pas accès », explique Kolawole Odubote, chef d’équipe du projet en Zambie.

« L’Association nationale des petits agriculteurs du Malawi (NASFAM) est au courant de l’existence de l’assurance indicielle, car en 2005 elle a mis en œuvre un programme pilote d’assurance indicielle avec le soutien de la Banque mondiale », explique Wycliffe Kumwenda, responsable des services agricoles à la NASFAM. Si l’assurance indicielle n’a pas encore été adoptée au Malawi, c’est parce qu’aucun produit d’assurance de ce type n’est disponible sur le marché. Cela montre clairement que si « savoir, c’est pouvoir », l’information ne permet pas à elle seule d’encourager l’adoption des innovations dans le domaine de l’AIC.

Principaux enseignements

La connaissance à elle seule ne suffit pas pour encourager l’adoption des innovations dans le domaine de l’AIC, comme l’assurance fondée sur un indice climatique. La création de connaissances doit aller de pair avec des efforts visant à commercialiser ces produits. En outre, les activités de sensibilisation doivent associer approches électroniques et méthodes traditionnelles, par exemple la sensibilisation en face à face.

Différentes institutions sont nécessaires pour la mise en pratique des connaissances :

  • Le secteur privé doit participer au développement d’innovations et de produits d’AIC viables et à faible coût, « axés sur l’agriculteur ».
  • L'adhésion du gouvernement est d'une importance primordiale pour l'expansion des solutions résilientes au climat (Kadzamira and Ajayi, 2019), même si cela ne suffit pas pour améliorer le taux d’adoption de l’AIC et l’accès des petits exploitants aux innovations dans ce domaine.

Les organisations paysannes drainent un flux important d’agriculteurs-clients sur le marché grâce à la confiance et l’existence d’un capital social entre les agriculteurs et les promoteurs des organisations paysannes (Njuki et al, 2008). Cependant, si le secteur privé ne commercialise pas les innovations sur le marché et si le gouvernement n'intensifie pas ses efforts, la portée des organisations paysannes restera limitée.

Cet article a été rédigé dans le cadre d’une initiative menée par le CTA visant à documenter et à partager les connaissances exploitables sur les approches agricoles efficaces pour l’agriculture des pays ACP. Il capitalise sur les connaissances, les enseignements et les expériences pratiques afin de documenter et d’orienter la mise en œuvre de projets axés sur l’agriculture pour le développement.

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