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Assurance basée sur un indice climatique : une solution viable pour les petites îles du Pacifique ?

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Les gouvernements des îles du Pacifique sont souvent en mesure de mobiliser des fonds internationaux pour soutenir les opérations de secours et les efforts de redressement après une catastrophe, mais seulement 6 % environ des besoins de réhabilitation sont généralement couverts.

© Aleta Moriarty / World Bank

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Depuis 20 ans, les phénomènes météorologiques extrêmes commes les cyclones ou les inondations et d’autres catastrophes naturelles telles que les éruptions volcaniques coûtent des milliards de dollars de dommages et de pertes aux Etats insulaires du Pacifique (EIP). Ces pays, en raison de leur petite taille et de la nature diversifiée de leurs systèmes de production agricole, n’attirent pas les investissements des assureurs privés.

Les cultures, le bétail et les poissons ne sont généralement pas couverts par les assurances classiques. Cette situation entraîne une certaine frilosité de la part des petits agriculteurs et des pêcheurs de la région à se lancer dans une activité à risque. Or, il est possible de transférer les risques liés aux conditions météorologiques vers des produits d’assurance qui peuvent profiter aux petits producteurs, à condition toutefois de convaincre les autorités publiques, les assureurs, les partenaires de développement et les producteurs eux-mêmes d’investir dans de tels régimes d’assurance. Pour ce faire, les Etats insulaires du Pacifique (EIP) devront également étudier attentivement la capacité des produits d’assurance basée sur un indice climatique (WIBI, weather-index based insurance) à accélérer les efforts de reprise d’activité après une catastrophe et à renforcer la résilience des systèmes agroalimentaires.

Pourquoi opter pour une assurance basée sur un indice climatique ?

L’agriculture contribue significativement (10 à 30 %) au produit intérieur brut (PIB) et constitue une source de revenus importante pour 80 % de la population rurale des EIP. Ces pays sont exposés à des phénomènes météorologiques extrêmes et à d’autres catastrophes naturelles. Le changement climatique ne fait qu’exacerber la situation. Le coût des dommages et des pertes dus à ces phénomènes a de lourdes conséquences sur le PIB. A titre d’exemple, en 2012, le cyclone tropical Evan a couté 24 millions $ (environ 21,8 millions €) de dommages et de pertes au secteur agricole des Fidji. Bien souvent, il faut des années à ces pays pour se remettre de la perte de revenus qui en découle en raison de la réduction de la production, des exportations, de la perturbation des flux de biens et de services, ainsi que du chômage.

Les gouvernements des îles du Pacifique sont souvent en mesure de mobiliser des fonds internationaux pour soutenir les opérations de secours et les efforts de redressement après une catastrophe, mais seulement 6 % environ des besoins de réhabilitation sont généralement couverts. Des régimes d’assurance innovants pourraient donc contribuer à combler cette lacune en protégeant les moyens de subsistance des agriculteurs et des pêcheurs vulnérables, ainsi que d’autres acteurs de la chaîne de valeur en difficulté.

L’assurance basée sur un indice climatique se distingue de l’assurance classique basée sur l’indemnisation. Il s’agit d’un contrat de créance qui prévoit le versement d’une indemnisation forfaitaire en fonction de la survenance d’un paramètre météorologique spécifique étroitement lié aux rendements, aux coûts ou aux revenus. Les indemnités d’assurance sont versées sur la base de dommages préalablement déterminés pour un impact météorologique spécifique (précipitations, sécheresse, force du vent…) et non sur la base de pertes mesurées et vérifiées sur le terrain. Le principal avantage de ces contrats d’assurance réside dans leur flexibilité : leur conception leur permet de refléter le niveau d’exposition et de risque rencontrés dans des domaines spécifiques. Ni les producteurs ni les assureurs ne peuvent influencer l’indice.

Les assurances basées sur un indice climatique dans les EIP

Vu le risque élevé d’exposition aux catastrophes naturelles dans les EIP, il est recommandé de mettre en place des systèmes d’assurance basée sur un indice climatique simplifiés, en particulier lors du lancement d’un nouveau régime d’assurance dans la région. Puisque les versements d’indemnisation reposent sur des dommages déterminés au préalable, les agriculteurs ne doivent plus fournir autant de données et toutes les cultures peuvent être incluses dans un seul système d’assurance, sans qu’il ne soit nécessaire de mettre en place des systèmes différents pour un nombre potentiellement très réduit d’agriculteurs produisant différentes cultures. Au fil du temps, à mesure que les systèmes seront mieux compris, des mécanismes d’assurance basée sur un indice climatique plus complexes, reposant sur des données plus détaillées, pourront être mis en place.

Facteurs de réussite déterminants

Les EIP peuvent tirer des enseignements des autres pays ayant mis en œuvre des régimes d’assurance basée sur un indice climatique adaptés aux divers systèmes de production de leurs petits exploitants. Ainsi, l’Inde dispose de trois régimes d’assurance WIBI qui couvrent les précipitations (déficit, excès et écart), l’humidité relative, la température (élevée et basse), la vitesse du vent ou une combinaison de ces facteurs. Les primes sont alors subventionnées par les autorités et tous les agriculteurs qui ont accès à des prêts bancaires doivent être couverts par une assurance.

La réussite des régimes WIBI réside dans plusieurs facteurs déterminants : l’implication d’organisations de producteurs et d’assureurs fiables dans la conception du produit WIBI ; la coordination des autorités publiques et leur volonté de subventionner le régime ; la possibilité de combiner l’assurance contre les intempéries avec des prêts, une assurance vie ou des contrats de vente d’intrant ou de récoltes pour attirer les agriculteurs et garantir la sécurité des marchés ; des systèmes bancaires mobiles et un taux de pénétration du téléphone suffisamment développés ; des données suffisantes sur les coûts de production et les rendements des cultures ; une autorité météorologique compétente disposant de données historiques de qualité suffisante ; une législation en matière d’assurance ; et l’aptitude à identifier les bons événements déclencheurs pour les assurances et les indemnisations.

Principales recommandations

Pour résumer, les EIP peuvent tirer des enseignements précieux en observant d’autres pays ayant un système de production similaire et ayant instauré avec succès des régimes d’assurance basée sur un indice climatique. Il s’agit notamment d’organiser des consultations multipartites sous la houlette des gouvernements afin de convenir de l’adéquation de ces régimes d’assurance et de déterminer les risques de catastrophe et les indemnités à verser en cas de telles catastrophes. L’assurance relative à des événements météorologiques marginaux (tempête, inondation, sécheresse...) ne peut pas être mise en place dans d’autres pays, car elle a une incidence sur le coût des primes. Il faut débloquer des fonds publics pour attirer les investissements privés ; une subvention initiale de 50 à 75 % devrait donc être envisagée par les gouvernements des EIP pour financer les indemnisations WIBI. Lier ces subventions à d’autres services, tels que les prêts bancaires, permettrait de réduire la volatilité du marché.

Enfin, il sera nécessaire de renforcer les capacités de tous les bénéficiaires du régime WIBI, et surtout celles des producteurs et des PME du secteur agroalimentaire, afin qu’ils comprennent bien tous les avantages du régime – même si le paiement des primes peut s’avérer inutile certaines années.

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