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Blockchain et agriculture : quelles possibilités ?

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Le 15 mai 2019, plus de 160 participants se sont réunis à Bruxelles pour discuter des possibilités et des défis liés à la technologie de la blockchain dans le secteur agroalimentaire. Cette rencontre a eu lieu lors du 55e Briefing de Bruxelles sur le développement organisé par le CTA, la Commission européenne (DG DEVCO), le Secrétariat ACP, Concord et BMZ.

Ces dernières années, les transactions commerciales dans l’agriculture ont été transformées par le virage numérique de la chaîne de valeur. De nombreux défis restent encore à relever en matière de traçabilité des produits et de transparence dans la gestion de la chaîne d’approvisionnement, en particulier dans la sécurisation des transactions. La blockchain est une technologie émergente qui entend combler ces lacunes.

La blockchain est une méthode qui permet de documenter des données par le biais d’un registre numérique qui enregistre et vérifie les transactions, les accords et les contrats. Cette technologie permet un transfert immédiat des actifs numériques et réduit (ou supprime complètement) le besoin d’intermédiaires, tels que les banques ou autres fournisseurs de services financiers. Grâce à cette approche décentralisée, la blockchain aide les parties prenantes impliquées dans un réseau de chaîne d’approvisionnement ou un programme d’agriculture sous contrat (de l’agriculteur, du grossiste et du prestataire de services financiers jusqu’au supermarché) à faire des échanges plus rapidement et de manière plus transparente. Toutefois, l’application de la blockchain dans les régions ACP n’en est encore qu’à ses balbutiements et les intervenants de ce Briefing ont mis l’accent sur le travail de sensibilisation aux implications de la blockchain, sur les partenariats et le partage de connaissances, qu’ils considèrent comme des principales priorités du développement de la blockchain.

Afin de donner un aperçu de la situation, Mischa Tripoli, économiste à la Division du commerce et des marchés de la FAO, a présenté les possibilités et les défis que représente la blockchain pour le secteur de l’agroalimentaire. Les principaux domaines d’intérêt pour les applications de la blockchain en matière d’agriculture durable dans les régions ACP qui ressortent du projet du CTA, intitulé « Promouvoir la technologie de la blockchain pour renforcer l’innovation et améliorer les performances dans le secteur agroalimentaire », ont ensuite été partagés par Chris Addison, coordonnateur de programme Sr, Données pour l’agriculture, au CTA.

Les innovations de la technologie de la blockchain pour l’agriculture et le système alimentaire au sein de plusieurs chaînes de valeur incluent de nouvelles possibilités de financement qui peuvent profiter aux petits exploitants, comme le souligne Sander Govers de Moyee Coffee ; il a évoqué la transparence des prix dans la filière du café en Ethiopie rendue possible grâce à la blockchain. L’attrait que suscite la blockchain chez une nouvelle génération d’agriculteurs a également été souligné par Theo de Jager, président de l’Organisation mondiale des agriculteurs : « La nature de la chaîne d’approvisionnement évolue et si vous ne suivez par la cadence, si vous n’êtes plus à la pointe de la technologie, vous disparaissez du métier. Une nouvelle génération de jeunes agriculteurs comprend et affectionne cette technologie. Avec la blockchain, nous pouvons introduire des flux d’informations et de données totalement fiables dans nos chaînes de valeur. »

Parmi les applications de la blockchain dans le secteur agroalimentaire, on retrouve la gestion de la chaîne d’approvisionnement, la sécurité alimentaire, le financement du commerce, les services financiers agricoles, les informations sur les marchés, les registres fonciers et les accords internationaux liés à l’agriculture. A titre d’exemple, la technologie de la blockchain constitue une méthode sûre, rapide et immuable pour enregistrer des titres fonciers, et ensuite, les actifs physiques enregistrés peuvent être utilisés comme garantie pour accéder à des services financiers. Louis de Bruin (IBM) et Anthi Tsilimeni-Archangelidi (Cargill) ont présenté des pistes pour transposer à plus grande échelle les applications du secteur privé. Tous ces développements ont toutefois une incidence sur les politiques et la gouvernance dans les pays ACP. Alice Namuli Blazevic, avocate ougandaise spécialisée dans la blockchain et l’intelligence artificielle, a évoqué les problèmes rencontrés dans son pays et certaines des mesures prises, tant par le gouvernement que par l’Association ougandaise de la blockchain.

Pat Roy Mooney, fondateur du Groupe ETC, a livré une présentation très inspirante, qui a servi d’avertissement. Son rapport intitulé « Too big to feed » met en évidence la concentration du pouvoir des entreprises agroalimentaires qui est favorisée par les nouvelles technologies et la blockchain. Dans sa deuxième étude, « Blocking the chain », il ne s’oppose pas à la technologie en soi, mais nous met en garde sur le rythme de son développement et sur les personnes chargées de sa réglementation, et nous invite ensuite à nous demander si nous comprenons suffisamment bien ces technologies pour être en mesure de les réglementer.

Les présentations et les discussions ont permis de dégager des recommandations. En voici quelques‑unes :

  1. Examiner la possibilité d’améliorer la base de connaissances du secteur public sur l’application de la technologie du registre distribué (DLT) dans les domaines de l’alimentation et de l’agriculture ;
  2. Relever les nombreux défis techniques, réglementaires, institutionnels, d'infrastructure et de renforcement des capacités liés à l’adoption généralisée de la technologie ;
  3. Créer un environnement favorable qui garantit le partage des gains de productivité générés par les DLT entre tous les acteurs du marché, y compris les petits exploitants agricoles, les transformateurs et les MPME. Pour ce faire, il est nécessaire de promouvoir la coopération internationale par le biais de partenariats public-privé et de soutenir la recherche et le développement, mais aussi de fournir des orientations politiques sur l’utilisation des DLT dans les chaînes d’approvisionnement et d’élaborer des règlements et des normes appropriés avec le secteur privé.
  4. Enfin, il est nécessaire d’améliorer les infrastructures et les compétences numériques, ainsi que de mettre en place des approches inclusives.

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