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Le “crowdfunding”, un nouveau modèle de financement pour l’agriculture africaine porté les jeunes

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Face au manque de financement des entreprises agricoles par les banques, certains entrepreneurs innovent en tirant parti des technologies numériques pour mobiliser des investissements auprès du grand public. Les plate-formes de « crowdfunding » présentent plusieurs avantages, mais aussi des risques à appréhender pour un développement harmonieux de ce modèle de financement alternatif porté par les jeunes.

L’Afrique possède 61 % des terres cultivables inexploitées dans le monde. Beaucoup de producteurs disposent de terres mais ne les exploitent pas suffisamment, faute de moyens financiers, les institutions financières étant réticentes à investir dans le secteur agricole qu’elles jugent souvent trop risqué. Moins de 5 % des prêts qu’elles octroient sont réservés à l’agriculture.

D’un autre côté, de nombreux particuliers, notamment les salariés d’organismes publics ou privés, disposent d’épargne qu’ils peuvent investir dans l’agriculture. Cet investissement est aujourd’hui mobilisé par de jeunes entrepreneurs qui utilisent les outils numériques pour appuyer les producteurs agricoles (la plupart du temps regroupés au sein d’organisations professionnelles) dans leurs opérations saisonnières (mise à disposition des semences, engrais, services mécanisés pour la préparation des sols et les récoltes, commercialisation, etc.). Les ressources générées sont ensuite partagées entre les producteurs, les jeunes entrepreneurs et les investisseurs.

BaySeddo, une plate-forme de crowdfunding agricole au Sénégal

A titre d’exemple, l’entreprise sénégalaise BaySeddo se positionne comme un acteur de référence, utilisant le numérique pour favoriser l’investissement participatif et solidaire dans le secteur agricole.

Après identification de projets d’investissement agricole spécifiques, le besoin financier total est réparti en actions agricoles fixées à 100 000 FCFA l’unité (environ 150 €). Ce besoin de financement est diffusé sur la plateforme numérique BaySeddo 2.0, ce qui permet aux particuliers nationaux et aux Africains de la diaspora d’acheter des actions pour des durées limitées (6 à 12 mois) correspondant à une campagne agricole(les durées variant d’une culture à l’autre). Il peut s’agir de projets de production de riz, oignons, arachide, pommes de terre, maïs ou poulets. En général, ces investisseurs peuvent espérer un retour sur investissement d’au moins 10 %. En outre, leur est donnée la possibilité de recevoir, à travers la plate-forme, ou via Whatsapp ou courrier électronique, des rapports périodiques montrant l’évolution des projets. Des visites de terrain peuvent également être organisées. BaySeddo utilise une partie de la dotation remportée lors de Pitch AgriHack 2017 (concours organisé par le CTA) pour finaliser le développement de son application mobile et prépare l’intégration de dispositifs de paiement électronique sur la plate-forme.

Après 18 mois d’activité, BaySeddo a pu mobiliser 125 millions de FCFA (soit environ 190 000 €) investis dans divers projets agricoles qui ont permis aux producteurs sénégalais d’emblaver 55 ha de terres, produire 10 000 poulets, et commercialiser 220 tonnes d’oignons. Un retour sur investissement a été assuré aux investisseurs. BaySeddo ambitionne de lancer un programme d’envergure sur le riz dans la vallée du fleuve Sénégal fin décembre 2018[1] . Le projet sera réalisé sur une superficie de 1 000 ha répartis sur plusieurs villages et impliquant 2 000 familles de producteurs. Des partenariats stratégiques sont en cours avec des institutionnels comme le CNCR (Conseil national de concertation et de coopération des ruraux) et Orange (dont les employés ont investi dans l’un des projets), et une collaboration avec le gouvernement via la Délégation de l'entreprenariat rapide des jeunes et des femmes (DER) se met en place. Compte tenu de son succès et de l’engouement qu’il suscite au niveau de la sous-région, BaySeddo envisage de se déployer au Mali en phase pilote dans les mois à venir.

D’autres initiatives en Afrique

Ce modèle de financement participatif existe aussi dans d’autres pays africains. La start-up nigériane Farmcrowdy est sans doute le leader africain sur ce créneau. Fin 2017, l’entreprise a même levé un million de dollars auprès de différents investisseurs internationaux pour son développement. A travers la plate-forme numérique Farmcrowdy, le futur « sponsor » (terme par lequel ses créateurs désignent les personnes achetant des actions agricoles) peut simuler ses gains, visualiser les projets d’exploitations et interagir avec les responsables de l’entreprise. Parmi les autres jeunes entreprises nigérianes s’investissant dans ce domaine, citons eFarms et Farmignite, toutes deux lauréates de la compétition Pitch AgriHack du CTA en 2018.

Pour un développement harmonieux du financement agricole participatif

La valeur ajoutée de ce type d’offre entrepreneuriale est multiple : développement de l’investissement agricole, de la production locale et du commerce national, renforcement des capacités des producteurs et augmentation de leurs revenus… Cette activité illustre parfaitement l’intérêt multiple de l’insertion des jeunes dans l’agriculture : en effet, les initiateurs de ces entreprises sont généralement des personnes âgées de moins de 35 ans sensibilisées au potentiel des technologies digitales en tant qu’outils de mobilisation sociale.

Ces entrepreneurs sont bien conscients des risques que présente cette activité, en particulier des conflits éventuels avec les producteurs ou les investisseurs en cas de rendements agricoles insuffisants. C’est pourquoi ils souscrivent à des polices d’assurance couvrant les catastrophes et autres risques agricoles. Les primes reçues, le cas échéant, peuvent permettre de rembourser l’investisseur, même si le remboursement peut ne pas être intégral vu qu'elles ne couvrent pas toujours 100 % du capital fourni. Les futurs investisseurs et sponsors doivent être conscients de ce risque, même s’il est minoré par le dispositif mis en place par les entrepreneurs pour accompagner les producteurs impliqués (fourniture d’intrants, conseils agricoles, etc.). Un cadre juridique adéquat doit être mis en place incluant les différentes parties prenantes, protégeant adéquatement chacune d’elles, de l’entrepreneur au producteur ou la coopérative en passant par l’investisseur. Les jeunes entrepreneurs s’investissant dans ce créneau doivent mettre en œuvre un management rigoureux de l’activité, eu égard à tous les risques et complexités induits, y compris la responsabilité qu’ils portent en collectant des ressources provenant du grand public.

Telles sont quelques-unes des conditions de développement harmonieux de cette activité aux avantages multiples pour la sécurité alimentaire et l’économie africaine, en particulier lorsqu’elle est conduite par de jeunes entrepreneurs.

Cet article a été rédigé dans le cadre d’une initiative menée par le CTA visant à documenter et à partager les connaissances exploitables sur les approches agricoles efficaces pour l’agriculture des pays ACP. Il capitalise sur les connaissances, les enseignements et les expériences pratiques afin de documenter et d’orienter la mise en œuvre de projets axés sur l’agriculture pour le développement.

TechShelta : des solutions d’agriculture sous serre pilotées par la technologie

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Quatre jeunes Ghanéens, animés par une vision et une passion pour les technologies, se sont donné pour mission de révolutionner l’agriculture dans leur pays. Ce groupe, dont les membres se sont rencontrés en 2018 lors d’un concours d’innovation, a fondé TechShelta. Leur objectif ? Maximiser l’efficacité de l’agriculture sous serre en utilisant des solutions innovantes.

Maziwaplus - Des solutions pour les producteurs laitiers kenyans

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Selon le Livestock Research for Rural Development (LRRD), la production laitière est le sous-secteur agricole le plus important du Kenya. Cette industrie contribue au produit intérieur brut (PIB) à concurrence d’environ 8 % avec une production de lait annuelle de 3,43 milliards L. Les petits producteurs laitiers représentent jusqu'à 80 % de l’ensemble des producteurs du secteur, ils assurent 56 % de l’ensemble de la production laitière au Kenya, mais leurs activités se heurtent à divers obstacles.

ProFish, une solution attrayante pour les pêcheurs ghanéens

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Le "Rapport sur la numérisation de l'agriculture africaine, 2018-2019" met en avant le faible taux d’adoption des solutions digitales en agriculture (D4Ag) chez les femmes d’Afrique subsaharienne. Alors qu’elles représentent jusqu’à 50 % de la main-d’œuvre agricole, seulement 25 % d’entre elles environ sont abonnées à une solution D4Ag. Une femme s’emploie à changer la donne au Ghana ; elle utilise et met au point, une solution pour améliorer la sécurité alimentaire. Son nom : Caroline Pomeyie, cofondatrice et PDG de ProFish Ghana Limited.

Trackball Global Technologies - Aider les agriculteurs urbains

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Trackball Global Technologies, fondée en 2019, est l'une des plus jeunes entreprises nigérianes de fourniture de solutions numériques pour l’agriculture (D4Ag). AgriCo, sa plateforme d'apprentissage en ligne, permet aux agriculteurs urbains de s’initier aux meilleures pratiques agricoles et d’élevage sans sortir de chez eux, grâce à des cours interactifs animés par des experts agricoles.

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