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Les agricultrices et agripreneuses doivent agir pour influencer l'agenda du développement

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Les agripreneuses des pays ACP, pour peser dans le débat international, doivent se rassembler selon Dorienne Rowan-Campbell.

© FAO/Cristina Aldehuela

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Au long de l’histoire, les femmes ont enregistré des avancées en termes de contrôle de leur destin, de leurs actifs et de leur visibilité dans un monde dominé par les hommes, avant de régresser. Durant ces moments, telle Pénélope qui attend Ulysse, les femmes font et défont la toile de leur vie. Nous pourrions être en train d’assister à une nouvelle période de régression, alors que rôles et aspirations des femmes sont remis en question dans de nombreux domaines. Il est temps de se remettre à l’ouvrage et de changer la distribution des rôles !

De 1975 à 1995, des conférences mondiales axées sur les femmes, organisées tous les cinq ans, ont braqué les projecteurs sur l’égalité des sexes, permettant ainsi de maintenir des actions en la matière au centre des préoccupations nationales. De nos jours, alors que l’égalité homme-femme est beaucoup plus systématiquement prise en compte et que la dimension du « genre » figure très souvent à l’ordre du jour des réunions internationales, les agricultrices et les agripreneuses sont à peine visibles, et les questions liées à leur accès à l’information, aux intrants, aux activités rémunératrices et au marché mondial sont toujours négligées à l’échelon national.

Rétrospectivement, quels enseignements avons-nous tirés de cette époque prometteuse ? Une importante leçon, apprise à partir de 1975, est que l’action collective et la mise en réseau sont des outils efficaces, qui ont obligé les gouvernements nationaux à prêter attention à des sujets considérés comme importants par les femmes. Mais quelles sont les possibilités permettant aux agricultrices et agripreneuses de mener ce genre d’actions collectives ?

Pour les femmes des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), l’évaluation en cours de l’efficacité des accords de partenariats économique (APE) UE-ACP, et leur renégociation, offrent une telle possibilité. Les APE font partie d’un accord sur 20 ans, signé à Cotonou en 2000, qui définit les relations politiques, commerciales et en termes de coopération et de développement entre les pays ACP et l’Union européenne (UE).

En quoi les APE concernent-ils les préoccupations des agripreneuses ? Aux Caraïbes, par exemple, le Forum caribéen (CARIFORUM) a été mis en place pour améliorer la production alimentaire locale, créer des liens avec le tourisme et renforcer les capacités d’exportation des agriculteurs. Le CARIFORUM, un sous-groupe du Groupe des États ACP, sert de base au dialogue et à la négociation économiques, et a avalisé les APE caribéens. En Afrique, les APE soutiennent le développement de la zone de libre-échange continentale (ZLEC) africaine. En général, l’UE note que les APE « promeuvent les mesures de renforcement des capacités commerciales (qui) soutiennent l’agriculture et l’emploi rural dans les pays ACP, ainsi que les capacités des agriculteurs à se conformer aux normes sanitaires et phytosanitaires, et à d’autres normes agricoles. »

Alors que l’actuel accord arrive bientôt à son terme, en 2020, il est temps de passer à l’action. Mais quelles sont les mesures à prendre ? Voici quelques idées basées sur ma propre expérience et les enseignements que j’ai tirés en essayant – souvent sans y parvenir – de faire en sorte que les agripreneuses soient davantage représentées et prises en compte dans l’accord actuel du CARIFORUM :

  • Identifier les types de programmes dans votre pays ou région qui concernent les entrepreneuses.
  • Effectuer votre propre évaluation de la façon dont ces programmes ont permis – ou non – de répondre aux besoins des productrices.
  • Veiller à la présence de groupes de femmes/réseaux d’agro-entreprises reconnus localement qui peuvent promouvoir ces questions.
  • Consulter les représentants de l’UE pour connaître leur point de vue sur la façon dont l’égalité des sexes est prise en compte dans les APE actuels, et examiner s’il existe des opportunités pour vos groupes de collaborer avec les concepteurs des APE.
  • Faire notre travail, obtenir l’accès aux rapports des équipes d’évaluation (se faire inclure dans une équipe si possible).
  • Nouer des liens avec les ministres des affaires étrangères et les informer des leçons apprises durant le premier APE, des lacunes existantes et des solutions éventuelles.
  • Partager une vision de ce que permettrait un nouvel APE tenant compte des préoccupations des femmes et des questions liées à leur accès à une série d’éléments.
  • Trouver des manières d’intégrer les femmes et l’agripreneuriat à la discussion. Par exemple, prévoir de petites expositions présentant des produits cultivés ou transformés par des femmes ; organiser des débats ; veiller à ce que ces derniers soient couverts par les chaînes de télévision/radio locales ; proposer des visites de terrain en milieu rural aux examinateurs externes ; utiliser les médias sociaux, des vidéos et des photos pour raconter une histoire percutante.

Le Forum économique mondial offre une deuxième possibilité de sensibiliser le monde politique au besoin d’innovation et de changement. Chaque année, en préparation à la réunion à Davos, en Suisse, les pays sont invités à présenter une enquête d’opinion menée auprès de chefs d’entreprise – y compris de petites et moyennes entreprises – de tous les secteurs. Cette enquête se penche sur les problèmes auxquels ils sont confrontés, leurs attentes, les solutions pouvant les aider, et leurs contraintes – le sexe du chef d’entreprise est à chaque fois précisé.

Si un nombre significatif d’agripreneuses est représenté dans ces enquêtes, les défis auxquels elles sont confrontées finiront par émerger et seront ensuite discutés sur la scène mondiale. Chaque pays dispose de différents points de contact pour Davos. En Jamaïque, par exemple, il s’agit de la Mona School of Business. Pour que les femmes fassent entendre leur voix et partagent leurs visions et préoccupations à Davos, il faut persuader le point de contact de chaque pays ou région participant d’inviter des femmes chefs d’entreprise – en l’occurrence dans le secteur agricole – à répondre à l’enquête.

Alors utilisons tous les enseignements que nous avons tirés sur les manières de susciter un changement en faveur des femmes et tissons une nouvelle toile qui met en avant les problèmes, les besoins et les solutions des agripreneuses des pays ACP, et leur énorme potentiel de contribuer à un meilleur avenir pour tous.

Cet article a été rédigé dans le cadre d’une initiative menée par le CTA visant à documenter et à partager les connaissances exploitables sur les approches agricoles efficaces pour l’agriculture des pays ACP. Il capitalise sur les connaissances, les enseignements et les expériences pratiques afin de documenter et d’orienter la mise en œuvre de projets axés sur l’agriculture pour le développement.

Réduire le fossé numérique entre les sexes et offrir des perspectives aux femmes dans le secteur de l’agriculture

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Les technologies de l'information et de la communication (TIC) sont promues en tant qu’approche d’égalité des chances – mais l’accent n’est pas toujours mis sur les femmes. Plusieurs initiatives africaines mettent en avant le rôle clé que l’information et les connaissances peuvent jouer dans l’amélioration de la productivité agricole et de la rentabilité des exploitations agroalimentaires dirigées par les femmes.

Les réseaux numériques améliorent les perspectives financières des agripreneuses

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Alors que le secteur agricole pourrait garantir la sécurité alimentaire, les établissements financiers financent peu l’agriculture et les agriculteurs. Les agricultrices et les agripreneuses citent l’accès au financement comme leur principale difficulté. Nombre d’entre elles gèrent des exploitations informelles. De très nombreuses conditions sont nécessaires à l’expansion de leurs activités mais possibles à mettre en place.

Des « bouquets » de services pour donner un coup de pouce aux agripreneuses

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Les femmes sont des acteurs essentiels du secteur agricole en Afrique, mais elles doivent surmonter une série d’obstacles pour développer et gérer des entreprises agricoles prospères. L’offre de « bouquets » de services – incluant l’accès à la terre et au financement, le développement des compétences commerciales, des conseils de vulgarisation et l’offre de débouchés porteurs – aidera davantage d’entrepreneuses à se tailler une place dans le secteur agroalimentaire.

Améliorer l'accès des femmes à l'information dans les zones pastorales – défis et opportunités

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L'information permet d’améliorer les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire des femmes dans les régions pastorales, facilite l’accès aux services et influence la participation à la prise de décisions. Dans le cadre des efforts visant à encourager l'adoption de l'assurance du bétail indexée sur la sécheresse (IBLI) en Afrique de l'Est, les chercheurs de l'Institut international de recherche sur l'élevage (ILRI) se sont rendu compte que le manque d’information est l’un des principaux facteurs nuisant à la qualité de vie des femmes.

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