Leading image

Les réseaux numériques améliorent les perspectives financières des agripreneuses

Blog

Les technologies numériques sont un moyen de développer les réseaux et d'améliorer l’accès des agripreneuses au financement.

© Karel Prinsloo/Arete/Rockefeller Foundation/AGRA

Blog

Alors que le secteur agricole pourrait garantir la sécurité alimentaire, les établissements financiers financent peu l’agriculture et les agriculteurs. Les agricultrices et les agripreneuses citent l’accès au financement comme leur principale difficulté. Nombre d’entre elles gèrent des exploitations informelles. De très nombreuses conditions sont nécessaires à l’expansion de leurs activités mais possibles à mettre en place.

« Le financement est l’un des principaux défis pour les femmes actives dans le secteur agricole, mais il est essentiel pour le développement des activités et l’accès à des marchés rémunérateurs », explique Sabdiyo Dido Bashuna, coordonnatrice de programme Sr, Chaîne de valeur & agri-entreprises au CTA.

Madame Bashuna est en charge de la coordination du programme VALUE4HER du CTA, un réseau qui facilite les interactions entre agripreneuses. Le programme cartographie les entrepreneuses d’Afrique et les met en contact avec des investisseurs et acheteurs potentiels.

« Nous formons les femmes pour qu'elles acquièrent les compétences et les connaissances nécessaires pour accéder au financement, pour savoir vers qui se tourner pour obtenir des fonds et connaître les conditions d’accès », explique-t-elle, ajoutant que les entreprises dirigées par des femmes doivent avoir accès aux marchés mondiaux, aux chaînes d’approvisionnement et aux investisseurs.

« Nous préparons les entreprises dirigées par des femmes à assurer leur visibilité grâce aux réseaux numériques, afin de les mettre en contact avec des financiers », poursuit-t-elle, en précisant que cette initiative fait le lien entre les organismes de financement et des entreprises dirigées par des femmes, qui sont généralement considérées comme « non bancables ».

« Lorsqu’on observe les marchés agricoles et les entreprises agroalimentaires, on constate que peu de femmes travaillent dans des entreprises bien positionnées, aux yeux des investisseurs et des banquiers, pour bénéficier d’investissements. Elles sont généralement à la tête de petites exploitations informelles », fait remarquer la coordonnatrice. Selon elle, un soutien diversifié, intégrant aussi bien le développement des compétences que l’amélioration de leur connaissance du marché, peut réellement contribuer à améliorer l’accès des entrepreneuses au financement.

Par le biais de la formation et du travail en réseau, AWIEF apporte aux entrepreneuses un soutien lors des premières phases du développement de leur entreprise, en les aidant à déployer leur stratégie commerciale afin d’attirer des fonds et des investissements.

« L’étape de l’accès au financement peut faire peur aux entrepreneurs qui viennent de se lancer et elle représente parfois un défi majeur. Mais ils doivent faire preuve de résilience et de détermination C’est la clé de la réussite en affaires », explique Irene Ochem, fondatrice et directrice générale de l'AWIEF.

Des profils positifs de rentabilité

Même si la formation est essentielle au renforcement des capacités des agripreneurs, un profil positif augmente leurs chances d’accès au financement. La start-up jamaïcaine en ligne FarmCredibly a ainsi utilisé la technologie de la blockchain pour aider les agriculteurs non bancarisés à obtenir un prêt ou un crédit. Les chaînes de blocs ou « blockchains » sont des registres numériques de transactions qui sont mises à jour régulièrement et peuvent être vérifiés en ligne.

Le fondateur de l'entreprise, Varun Baker, explique que son entreprise aide les agriculteurs à développer un profil personnel basé sur les données commerciales disponibles. Grâce à des partenariats avec des entreprises, les agriculteurs négocient et font des affaires avec des fournisseurs d’intrants, des transformateurs agricoles, des hôtels et des supermarchés. FarmCredibly peut ainsi établir le profil de solvabilité des agriculteurs, que ceux-ci peuvent présenter aux banques auxquelles elles demandent un prêt.

Le Réseau des femmes ougandaises (WOUGNET) a également opté pour la technologie de la blockchain pour aider les agricultrices à accéder au financement. Celles-ci ne peuvent en effet souvent pas présenter des garanties ou un titre de propriété foncière, indispensables pour obtenir un prêt.

« Nous pouvons aujourd’hui y remédier en utilisant la technologie de la blockchain. Les profils que nous établissons intègrent des données comme la superficie de leurs terres, l’historique de leur exploitation ou de leurs activités ou la superficie des terres louées à ferme pour améliorer leur productivité », explique Dorothy Okello, fondatrice et coordonnatrice de WOUGNET. « Les femmes peuvent ainsi présenter un dossier vérifiable, ce qui améliore leur crédibilité aux yeux des institutions financières. Celles-ci les considèrent sous un autre angle lorsqu’elles disposent d’informations sur leurs capacités, même si elles ne peuvent pas présenter des garanties traditionnelles, comme un titre de propriété foncière. »

Mettre en relation acheteurs et fournisseurs

Convaincue que l’information peut réellement améliorer le développement agricole, une start-up basée aux Pays-Bas met en contact des agriculteurs et des investisseurs basés en Europe en présentant à ces derniers de précieuses informations sur la valeur ajoutée de l’agribusiness. L’idée est de faciliter ainsi les échanges commerciaux.

Patience Chindong, fondatrice d'EuroAfri Link, déplore le manque d’information des petits agriculteurs africains sur le financement et les possibilités commerciales. Les investisseurs internationaux désireux de financer des petits exploitants agricoles ou de s'approvisionner en produits africains ne disposent généralement pas non plus des informations dont ils ont besoin pour entrer en jeu. En utilisant les médias sociaux, EuroAfri Link a facilité leur mise en rapport et en adéquation en diffusant des informations utiles sur le secteur africain de l’agribusiness.

Au Kenya, l'Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA) a mis au point un mécanisme de financement, l'Agriculture Finance Corporation (AFC) qui finance les prêts à long terme que les coopératives d'épargne et de crédit accordent aux agriculteurs.

Mellyne Ongango, coordinatrice de programme à l'AGRA, explique que les petits exploitants agricoles préfèrent les microcrédits, que les grandes organisations comme l'AFC ne leur octroient pas de prêts, contrairement aux coopératives d’épargne et de crédit. Ces prêts en nature sont faciles à gérer et sont accessibles à un plus grand nombre d’agriculteurs.

Cet article a été rédigé dans le cadre d’une initiative menée par le CTA visant à documenter et à partager les connaissances exploitables sur les approches agricoles efficaces pour l’agriculture des pays ACP. Il capitalise sur les connaissances, les enseignements et les expériences pratiques afin de documenter et d’orienter la mise en œuvre de projets axés sur l’agriculture pour le développement.

Ne pas manquer l'opportunité de travailler avec CTA. Abbonez-vous maintenant!