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Projet Manioc 21 - Vers des coopératives commerciales de manioc en Afrique centrale

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Au Cameroun et en République démocratique du Congo (RDC), le projet Manioc 21 a permis de renforcer les chaînes de valeur manioc et moderniser les méthodes de production et de transformation à l’échelon des coopératives.

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Le projet Manioc 21 du CTA fournit à des coopératives du Cameroun et de la République démocratique du Congo des outils de gestion essentiels pour les aider à adopter de nouveaux modèles économiques et à moderniser leurs processus de transformation et de commercialisation du manioc.

La transformation industrielle du manioc en amidon et en farine de manioc de haute qualité au Cameroun et en République démocratique du Congo (RDC) est souvent décrite comme une opportunité qui pourrait permettre au secteur agro-alimentaire local – et notamment aux boulangeries – de diminuer les importations. Toutefois, dans un contexte économique défavorable en Afrique centrale, l'activité n’est pas encore rentable ni financièrement viable. En outre, l'offre industrielle réelle totale reste très limitée par rapport à la demande totale des ménages urbains, friands de produits transformés traditionnels à base de manioc - gâteau au manioc, chikwangue, chips, farine, etc.

En 2018, en partenariat avec l'Institut international d'agriculture tropicale et la Plateforme régionale des organisations paysannes d'Afrique centrale, le CTA a ainsi lancé le projet Manioc 21. L’objectif ? Renforcer les chaînes de valeur en lien avec cette plante populaire et moderniser les méthodes de production et de transformation à l’échelon des coopératives. Dix d’entre elles, cinq dans chaque pays, qui comptent au total plus de 10 000 membres, bénéficient actuellement de cette initiative. Le projet, mis en œuvre depuis un peu plus de 18 mois, a déjà débouché sur des résultats mesurables, grâce à l’approche de formation utilisée pour atteindre les objectifs. Les coopératives ont ainsi pu accroître leur productivité grâce à des techniques de transformation, améliorer leur gouvernance interne, prendre des décisions commerciales et de gestion plus judicieuses et créer des emplois coopératifs dans l’ensemble de la filière du manioc.

Le projet entend non seulement aider les coopératives à accroître leur productivité mais aussi leur offrir un accompagnement tout au long de la chaîne de valeur. Pour réaliser ces deux objectifs, une série d’obstacles à la production, à la transformation et à la commercialisation du manioc était idéntifée. Voici les principaux : une faible productivité, un accès limité à la mécanisation, aux équipements et aux infrastructures, des coûts de transformation élevés, des capacités de stockage réduites, un accès limité au marché et enfin, des problèmes d’accès à des systèmes de conditionnement approprié et de qualité. Pour aider les coopératives à y remédier, le projet a dispensé une série de formations visant à développer les capacités des agriculteurs. Plus de 6 000 membres des coopératives participantes en ont bénéficié.

Grâce à la formation sur le rouissage, axée sur l’utilisation d'un nouveau starter permettant d’accélérer le processus et d’améliorer la qualité du produit, les coopératives sont parvenues à réduire considérablement la durée de cette étape de la transformation – de 96 à 24 heures. Le starter a été mis au point par le Centre international de recherche agricole pour le développement (France) et l'Ecole nationale supérieure des sciences agro-industrielles, dans le cadre d'un projet pilote financé par le CTA en 2017. Comme l’explique Marie Joseph Medzeme Engama, coordinatrice régionale de la PROPAC : « La nouvelle méthode a suscité beaucoup d’enthousiasme chez les participants qui ont pu se rendre compte à quel point l’utilisation du starter pendant la production fait la différence, au niveau de la qualité des produits finis. »

Plus de 3 600 membres des 10 coopératives ont également été formés aux bonnes pratiques d’hygiène alimentaire à respecter pendant la phase de transformation. La formation visait surtout à sensibiliser les participants aux risques pour l’homme et l’environnement du non-respect de ces pratiques. Elle a porté sur les normes du Codex Alimentarius établies par la FAO et l'OMS. Les coopératives, pour être en mesure de répondre à la demande en termes de qualité du produit, étaient appelées à mettre en pratique les connaissances acquises pour produire des produits transformés de couleur blanche ne dégageant aucune odeur putride due au processus de fermentation. Le produit devait également être tendre et avoir un goût agréable. Ces deux caractéristiques de qualité imposent de maintenir un taux d’humidité approprié pendant tout le processus de transformation. Grâce à l’adoption de ces bonnes pratiques, les coopératives produisent des aliments sains et sûrs sur le plan sanitaire, conformément aux normes nationales.

Pour aider les coopératives à identifier une approche de conditionnement et de commercialisation appropriée, un expert en marketing a analysé de manière détaillée le profil et les spécificités de chaque coopérative pour mettre au point des stratégies personnalisées. Le plan de marketing a offert aux coopératives un aperçu des prix de référence du marché pour leurs produits ainsi que de l’éventail des produits proposés par la concurrence. Ce plan les a ainsi aidées à faire des choix éclairés, leur permettant de fixer judicieusement leurs prix et d’identifier avec précision leurs marchés cibles et leur stratégie de branding. Soulignons à ce propos qu'en raison de la forte concurrence au sein de la filière de la commercialisation du manioc, tant au Cameroun qu’en RDC, les stratégies mettent l’accent sur l’offre de produits de qualité supérieure, qui permet de se démarquer de la concurrence. Par ailleurs, les coopératives bénéficiaires ont eu l’occasion de participer à des séances de coaching sur la commercialisation et le branding.

Les coopératives ont aussi reçu du matériel de conditionnement, des équipements et des infrastructures, choisi en consultation avec les différents experts, pour pérenniser leurs activités. Les coopératives utiliseront bientôt des food trucks et des triporteurs pour vendre leurs produits dans les capitales de Kinshasa et Yaoundé. Tout le monde croise les doigts pour que ces produits de qualité à base de manioc commercialisés sous la marque Manioc21 séduisent ces consommateurs urbains.

Le projet Manioc 21 modernise 10 coopératives agricoles d’Afrique centrale

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Si l’histoire des coopératives agricoles d’Afrique centrale depuis les années 1980 a été marquée par de nombreux échecs, notamment liés à une faible gouvernance institutionnelle et l’absence de réponse économique aux besoins des acteurs sur le terrain, les 10 dernières années dessinent une tendance nettement plus positive. L’organisation du mouvement coopératif et associatif paysan de cette région est une condition forte du développement agricole tant sur le plan des politiques à mettre en place que sur celui des pratiques sur le terrain.

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