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Réduire le fossé numérique entre les sexes et offrir des perspectives aux femmes dans le secteur de l’agriculture

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En Ethiopie et au Kenya, un programme d'assurance-bétail suscite un vif intérêt auprès des éleveuses.

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Les technologies de l'information et de la communication (TIC) sont promues en tant qu’approche d’égalité des chances – mais l’accent n’est pas toujours mis sur les femmes. Plusieurs initiatives africaines mettent en avant le rôle clé que l’information et les connaissances peuvent jouer dans l’amélioration de la productivité agricole et de la rentabilité des exploitations agroalimentaires dirigées par les femmes.

Dans le monde, seulement 25 % des personnes ayant accès à internet sont des femmes. Selon la World Wide Web Foundation, c'est en Afrique que l'écart entre les homme et les femmes, en termes d’utilisation d’internet, est le plus important, et ce, alors que seulement 22 % de la population totale du continent est connectée. Les gouvernements africains doivent donc encourager et stimuler les investissements dans des programmes visant à réduire le fossé numérique toujours plus large entre les sexes, conclut la Fondation.

Pourtant, grâce à l’innovation numérique, des agripreneuses sont déjà en train de transformer l’agriculture et le secteur agroalimentaire. La digitalisation facilite en effet le partage de connaissances, la formation professionnelle et l’accès à des marchés rentables, y compris pour les femmes.

« L'agriculture est LE secteur d’avenir et les technologies de l'information et de la communication (TIC) jouent un rôle essentiel dans la participation des femmes au secteur agroalimentaire, en facilitant la formation professionnelle, le mentorat et l'accès aux marchés », affirme Beatrice Gakuba, agripreneuse et directrice de l'African Women Agribusiness Network (AWAN), et qui est aussi à la tête d’une entreprise prospère d’exportation de fleurs.

L’AWAN, basée à Nairobi, au Kenya, aide les agripreneuses à pénétrer les marchés mondiaux en leur offrant des formations axées sur la gestion et le développement du leadership ainsi que des opportunités de réseautage. Ce réseau compte plus de 300 membres en Afrique australe et de l’Est.

« Nous donnons à nos membres les moyens d’avoir accès à des marchés rentables en leur communiquant nos informations. Nous aidons aussi les agripreneuses à se rencontrer, physiquement et virtuellement », explique Béatrice Gakuba. « Nous avons utilisé des médias sociaux, comme Facebook et Twitter, pour créer des réseaux et partager des informations et des connaissances sur les opportunités commerciales. »

Diffuser l’innovation

En Ethiopie et au Kenya, un programme d'assurance-bétail innovant suscite un vif intérêt auprès des éleveuses. L’assurance-bétail indicielle (Index-Based Lifestock Insurance, IBLI), qui est considérée comme la plus importante assurance pour les éleveurs africains, a permis aux femmes d’assurer leur bétail contre le risque de sécheresse.

Dans les régions pastorales, les femmes ont toujours difficilement accès aux moyens d’existence mais les TIC peuvent contribuer à relever ce défi. Tel est l’avis de Rupsha Banerjee, en charge du projet IBLI à l’Institut international de recherche sur l'élevage (ILRI).

L’IBLI utilise l’imagerie satellitaire et la télédétection pour surveiller la disponibilité du fourrage, en recueillant des données tous les dix jours. Un seuil minimum de disponibilité fourragère a été fixé et lorsque celle-ci descend sous ce seuil, des indemnités sont versées aux assurés. Des études menées par l’ILRI ont montré que les femmes sont demandeuses d’informations sur l’élevage et qu’elles sont particulièrement nombreuses à souscrire à cette assurance-bétail.

Rupsha Banerjee explique que l'IBLI illustre bien la diffusion des technologies tenant compte de la dimension de genre, ainsi que des dimensions politiques de l’innovation agricole.

« Nous devons encore analyser pourquoi les femmes sont si nombreuses à souscrire à l’IBLI (entre 40 et 45 % de l’ensemble des assurés), ce que nous constatons depuis quelque temps », poursuit Rupsha Banerjee, qui explique que des données empiriques montrent que les femmes qui ont accès au micro-crédit sont plus enclines à souscrire à cette assurance. Les femmes sont nombreuses à élever des petits ruminants et à les assurer.

Ne laisser aucune femme sur la touche

En Ouganda, les agricultrices revendiquent leurs droits sur les moyens de production, par exemple la terre, en utilisant des services juridiques en ligne, explique Hellen Mukasa, co-fondatrice et directrice exécutive de Lawyers for Farmers (LFF), une organisation de services juridiques et de promotion de la justice sociale. Grâce à un service de messagerie sms, les femmes peuvent avoir accès à des conseils juridiques et se faire représenter par un avocat, facilement et sans sortir de chez elles.

« La plateforme en ligne nous a aidés à sensibiliser davantage les femmes à leurs droits. Il est en effet impossible de faire respecter ses droits si on ne les connaît pas », poursuit Hellen Mukasa. « Grâce à notre service sms, nous pouvons identifier les besoins les plus urgents et informer les femmes sur leurs droits et la législation, et la façon dont celle-ci les protège. Les femmes savent désormais mieux ce que à quoi elles ont droit et sont donc davantage en mesure d’éviter d’éventuels problèmes. »

Cependant, pour bénéficier réellement des avantages offerts par la digitalisation, les agripreneuses doivent non seulement avoir accès aux TIC mais aussi pouvoir les utiliser efficacement, souligne Dorothy Okello, fondatrice et coordinatrice du réseau Women of Uganda Network (WOUGNET).

WOUGNET aide les agricultrices à se familiariser avec les nouvelles technologies grâce au partage d’informations sur les meilleures pratiques agricoles, à la sensibilisation et à des formations axées sur l’utilisation de la radio communautaire, des services de messagerie sms et d’internet.

Un plus grand nombre de femmes sont aujourd’hui mieux armées pour prendre des décisions, car elles ont à présent plus facilement accès aux informations agricoles et commerciales. Elles ont pu ainsi améliorer leur productivité, poursuite Dorothy Okello.

« Il est important et même urgent de développer les capacités des agripreneuses pour qu’elles puissent se prendre en main pour tout ce qui concerne les technologies, car elles seules sauront alors ce qu’elles peuvent en faire. Et elles ne pourront bientôt plus se passer d’un téléphone portable pour avoir accès à l’information », conclut-elle.

Cet article a été rédigé dans le cadre d’une initiative menée par le CTA visant à documenter et à partager les connaissances exploitables sur les approches agricoles efficaces pour l’agriculture des pays ACP. Il capitalise sur les connaissances, les enseignements et les expériences pratiques afin de documenter et d’orienter la mise en œuvre de projets axés sur l’agriculture pour le développement.

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