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Réussir en tant que jeune agripreneur des îles Pacifique

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« Je pense qui si les jeunes bénéficient d’une formation pour devenir entrepreneurs, leur niveau de vie s’en trouvera considérablement amélioré. »

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Les îles du Pacifique devraient voir leur population doubler d’ici à 2050. Les pressions pesant sur les systèmes agroalimentaires et de santé, déjà vulnérables, s’en trouveraient ainsi soulagées. Malheureusement, les jeunes – la catégorie des moins de 25 ans représentant plus de la moitié de la population du Pacifique Sud (10 millions) – peinent à accéder aux marchés du travail, formels et informels. En outre, 16 000 habitants de ces îles quittent chaque année leur pays pour trouver un emploi mieux rémunéré en Australie et en Nouvelle-Zélande.

Alors, de quoi les jeunes de cette région ont-ils besoin pour réussir dans l’agripreneuriat ? Des jeunes agripreneurs et des jeunes travaillant pour des organisations qui soutiennent le développement d’entreprises dirigées par des jeunes, issus de cinq Etats insulaires du Pacifique (Fidji, Nioué, Iles Salomon, Tonga et Vanuatu), reviennent sur leur expérience et formulent des recommandations.

Investissement des entreprises

« Poursuivre ses ambitions et se lancer en tant qu’entrepreneur n’est vraiment pas facile. Mais avec de la détermination et des ressources – c’est la base ! – on peut y arriver », explique Agnes Pilopaso, directrice générale de Tupaghotua Cocoa Plantation, aux Iles Salomon. Lauréate d’un « Women in Business Award » de la Banque centrale des îles Salomon en 2015, Agnes Pilopaso a bénéficié à ce titre d’une aide financière au démarrage d’un montant de 10 000 $ SBD (1 100 €). L’année suivante, elle a décroché le prix du Solomon Islands Cocoa and Chocolate Festival « SolChoc » qui lui a permis d'acheter du matériel de transformation pour étendre ses activités. Son entreprise de transformation et d’exportation de cacao emploie aujourd’hui 38 locaux – 16 femmes et 22 hommes. Tupaghotua Cocoa Plantation compte également parmi les 23 bénéficiaires d’une subvention au titre du Mécanisme d'octroi de subventions à l'innovation (Innovation Grant Facility, IGF) lancé au titre du projet « Développer les filières locales pour améliorer la nutrition et les systèmes alimentaires durables dans les îles du Pacifique ». Grâce à l’IGF, Agnes Pilopaso a pu organiser une formation afin de renforcer les capacités de 100 producteurs auprès desquels elle s’approvisionne en fèves de cacao. L’accent a été mis sur la lutte intégrée contre les ravageurs et les maladies, les meilleures pratiques de fermentation et de séchage des fèves de qualité ainsi que sur la formation au contrôle de la qualité et à la sécurité (poudre de cacao et chocolat). L’idée est qu’elle puisse augmenter et stabiliser la production de cacao et les revenus des petits producteurs.

En 2016, aux îles Salomon, Noah Laxton Tiona a pu faire ses premiers pas en tant qu’entrepreneur et lancer son entreprise de vente de kaimaimai – un sirop à base de jus de noix de coco frais qui a un goût de miel – grâce à un programme de prêt public. Noah Laxton Tiona explique toutefois que les jeunes ne sont généralement pas éligibles à une aide financière. Selon lui, les modèles et les success stories qui mettent en avant l’impact de ce type d’initiative, pourraient être très utiles pour attirer des investissements publics et privés supplémentaires pour renforcer la lutte contre le chômage des jeunes. Il aimerait également que les banques facilitent elles aussi l’accès des jeunes à une aide financière – et donc la professionnalisation de leur entreprise – par exemple en abaissant l’âge d’éligibilité aux prêts et en proposant des services de tutorat d’entreprise. « Je pense qui si les jeunes bénéficient d’une formation pour devenir entrepreneurs, leur niveau de vie s’en trouvera considérablement amélioré », nous dit-il.

Mais si certains entrepreneurs de la région du Pacifique ont la chance d'avoir accès à des possibilités de financement, des voix s’élèvent pour que les gouvernements et les donateurs consentent davantage d’efforts pour aider les jeunes entrepreneurs à se lancer. « Le gouvernement doit investir dans des programmes et des projets qui inciteront les jeunes à se lancer dans l’agriculture. Ce qu’il faut, c’est une stratégie simple mais qui ait un maximum d’impact », affirme Lorfan Pomana, 28 ans, qui travaille pour MORDI Tonga Trust, une organisation communautaire des Tonga. Hinima Charles, qui travaille pour le programme Youth at Work, mis en œuvre dans les îles Salomon, souligne lui aussi la nécessité de programmes publics en faveur du secteur agricole : « Les jeunes ne sont généralement pas éligibles à des prêts. Il faut donc lancer de nouveaux programmes en faveur des jeunes, afin de les aider à avoir accès au financement », explique-t-elle.

Conseils professionnels

Feofaaki Sakalia Fou a utilisé la petite subvention reçue du FIDA en 2013 pour construire une cuisine professionnelle et développer un système de conditionnement pour sa gemme de collations. Feofaaki Sakalia Fou a également reçu un soutien supplémentaire du département local de l'agriculture et d’entreprises de transformation, comme Niue Food Processors et Niue Island Organic Farmers. Elle a pu ainsi négocier le prix payé aux agriculteurs auprès desquels elle s’approvisionne et commercialiser ses produits à l’étranger, en Nouvelle-Zélande. « Il faut encourager le développement personnel mais aussi le développement professionnel. » Aux jeunes qu’elle conseille, elle adresse par ailleurs le message suivant : « Prenez des risques, saisissez l’occasion qui se présente, n’ayez pas peur de retrousser vos manches et demandez conseil ! »

Selon le rapport Doing Business 2018 de la Banque mondiale, dans une région où lancer et gérer une petite ou moyenne entreprise est des plus difficiles, les jeunes ne doivent pas sous-évaluer l’importance des conseils spécialisés aux entreprises. « Enregistrer une entreprise aux Fidji est extrêmement coûteux et difficile. Vu les difficultés d’accès au financement, j’y suis arrivée par le biais d’essais et d’erreurs », explique Litia Kirwin, 30 ans, qui dirige une start-up de développement durable aux Fidji. Dans ce pays du Pacifique, il faut environ 40 jours pour enregistrer une entreprise. La procédure comprend 11 étapes, contre une seule seulement en Nouvelle-Zélande, où il ne faut généralement qu’une demi-journée environ pour enregistrer son entreprise. Quand on lui demande ce qu’il faudrait faire pour aider les jeunes à lancer et à développer leur petite entreprise agricole, Litia Kirwin recommande « d’exposer davantage les jeunes aux bonnes pratiques internationales et d’améliorer leur visibilité. Il y a lieu également d’encourager la création de réseaux organisés de pairs ».

Proposer des parcours

Ce qui motive de nombreux jeunes agripreneurs du Pacifique, y compris ceux auxquels nous avons donné la parole, à se lancer, c’est le souhait d’améliorer les conditions de vie au sein de leur communauté. Ils estiment évidemment le soutien financier et les services de mentorat insuffisants pour que le plus grand nombre puisse se lancer et développer leur entreprise. Les gouvernements et les programmes des bailleurs de fonds peuvent dégager des moyens utiles permettant de tester des approches efficaces de soutien aux jeunes agripreneurs. Ils doivent reconnaître et soutenir ces personnes très motivées, car l'état d'esprit de ces jeunes est essentiel au changement économique et au bien-être de leurs communautés.

Cet article a été rédigé dans le cadre d’une initiative menée par le CTA visant à documenter et à partager les connaissances exploitables sur les approches agricoles efficaces pour l’agriculture des pays ACP. Il capitalise sur les connaissances, les enseignements et les expériences pratiques afin de documenter et d’orienter la mise en œuvre de projets axés sur l’agriculture pour le développement.

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