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Suivre le thon fidjien grâce à la technologie de la blockchain

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Les pêcheurs utilisent la technologie blockchain pour améliorer la traçabilité du thon pêché à la ligne.

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La région du Pacifique est confrontée à une baisse considérable des recettes liées à la pêche, pourtant principale source de revenus et d’emplois depuis ces 10 dernières années. Stop Illegal Fishing rapporte que le gouvernement fidjien estime que «  près de 306  440 t de poisson ont été pêchées illégalement dans la région Pacifique pour un montant estimé à 616,11 millions $, entre 2010 et 2015 ». Aux Fidji, la surpêche et les activités de pêche illicite ont affecté investissements, possibilités d’emploi et pérennité des réserves halieutiques.

Le gouvernement fidjien, avec l’aide de partenaires techniques et financiers, a pris diverses mesures afin de lutter contre le trafic de poissons et mène actuellement de nombreuses patrouilles dans ses eaux afin de contrôler la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN).

Des acteurs internationaux et locaux, tels que des ONG, des militants, des projets de donateurs et des communautés de pêcheurs, se rassemblent également pour lutter contre la pêche illicite et réduire les pertes économiques essuyées par les îles du Pacifique, ainsi que pour combattre les effets négatifs de ces activités de pêche illicite sur la vie marine locale. Malgré les efforts déployés par le gouvernement local et de multiples parties prenantes, le secteur des fruits de mer ne jouit toujours pas de la confiance de toutes les parties prenante : fraudes et activités de pêche INN sont toujours signalées. Ainsi, en février 2019, FBC News rapportait : « Dix-huit navires de pêche locaux ont été condamnés à des amendes fixes, tandis que deux n’ont pas encore été traduits en justice pour pêche illégale et 52 000 $ (46 500 €)) ont été perçus sous forme d’amendes ponctuelles, et ce, uniquement pour la pêche illicite. »

Les efforts en faveur d’une pêche durable et équitable déployés par les entreprises et les leaders du secteur sont peu reconnus par le consommateur final ; les entreprises (comme les exportateurs nationaux), qui s’engagent sur les plans environnemental et social, ne le sont que partiellement. Les producteurs qui travaillent d’arrache-pied pour adopter des pratiques durables et des normes du travail équitables sont injustement dépeints de la même façon que les producteurs aux pratiques illégales et déloyales. Entre-temps, les mesures d’atténuation des risques pour l’image de marque et la réputation des marchés finaux de la chaîne de valeur visent à trouver des mécanismes pour éviter de traiter avec des fournisseurs impliqués dans des pratiques illégales ou non éthiques. Cependant, les systèmes de traçabilité existants n’assurent pas la pleine responsabilité des parties impliquées dans le secteur : « Ces systèmes garantissent la transparence et la sécurité face aux risques liés à l’image de marque ou à la réputation, mais ils s’appuient sur des audits et des vérifications effectués par des tiers, de quoi entraîner d’éventuelles fraudes et polémiques », déclare Bubba Cook, responsable du programme thon dans le Pacifique occidental et central au Fonds mondial pour la nature (WWF).

« De l’appât à l’assiette »

Pour résoudre les problèmes de confiance et de traçabilité rencontrés dans les secteurs des fruits de mer à Fidji, le WWF-Nouvelle-Zélande, le WWF-Australie et le WWF-Fidji se sont associés à ConsenSys (une entreprise mondiale spécialisée dans la blockchain), à TraSeable (une startup spécialisée dans l’application des TIC) et à Sea Quest Fiji Ltd (une société de pêche et de transformation du thon). Ces partenaires travaillent ensemble pour fournir des produits entièrement traçables tout au long de la chaîne d’approvisionnement grâce à la technologie de la blockchain. Il s’agit du projet « bait to plate » (de l’appât à l’assiette). Selon Bubba Cook, le consortium s’appuie sur la blockchain « en raison de la nature immuable et vérifiable de cette technologie, qui garantit une plus grande transparence et une confiance accrue dans les transactions de la chaîne d’approvisionnement ». Elle estime que la blockchain est une alternative parfaite aux technologies existantes, « offrant un niveau de confiance plus élevé par rapport aux informations recueillies dans la chaîne d’approvisionnement et donc aussi par rapport aux décisions d’achat prises par les acteurs du marché ». Cette technologie « garantit une transparence et une traçabilité totales des produits, ce qui permet aux marchés de récompenser les fournisseurs éthiques et durables en leur accordant un accès privilégié ou en leur offrant des primes, tout en excluant de la chaîne d’approvisionnement les opérateurs aux pratiques illégales ou non éthiques », explique Bubba Cook. Elle ajoute que grâce à ce projet, « les producteurs bénéficient d’un meilleur contrôle de leurs produits, d’une meilleure compréhension de leur destination, de leur finalité et de leur état, grâce aux informations recueillies et stockées à distance et disponibles pour réaliser d’autres analyses. Les acheteurs bénéficient d’une sécurité et d’une confiance accrues en achetant auprès de producteurs qui peuvent confirmer la nature légale, durable et éthique du produit qu’ils achètent. En éliminant les produits qui ont réussi à pénétrer les marchés en raison de l’opacité et de la dispersion des chaînes d’approvisionnement existantes, les marchés peuvent éviter des pratiques illégales et non éthiques directement en faisant des choix d’achat, mais aussi en influençant la politique gouvernementale grâce à des activités de plaidoyer. »

« Bait to plate » se connecte à une blockchain existante via Viant, une plateforme créée par ConsenSys et basée sur la technologie de la blockchain qui permet de modéliser les processus de production, de suivre les actifs et de développer des chaînes d’approvisionnement transparentes. Viant accroît l’accessibilité de la plateforme logicielle décentralisée Ethereum, qui permet l’utilisation de « contrats intelligents » (contrats auto-exécutoires dont les termes de l’accord entre l’acheteur et le vendeur sont directement écrits dans les lignes de code afin de suivre les actifs de la chaîne logistique), garantissant ainsi une meilleure efficacité transactionnelle. Le projet pilote devrait promouvoir des pratiques durables et éthiques au sein de la chaîne de valeur du thon et, grâce à une mise à l’échelle, également dans les secteurs mondiaux des fruits de mer.

Cet article fait partie d'une série d'études de cas sur les applications blockchain pour l'agriculture, menée par l'Université de Wageningue pour le CTA. Retrouvez les autres études de cas sur cette page : https://www.cta.int/fr/blockchain.

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