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Engager les femmes dans l’agriculture intelligente face au climat

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La production agricole doit augmenter au moins de 50 % d’ici les 30 prochaines années pour faire face à la croissance démographique et à l’évolution des habitudes alimentaires. Ces phénomènes entraînent un accroissement de la demande de fruits, de légumes et d’aliments riches en protéines. C’est déjà un défi colossal, mais les incertitudes climatiques et le fait que les agriculteurs sont de plus en plus exposés au risque de sécheresse, d’inondation et autres épisodes dévastateurs le rendront encore plus difficile à relever.

Le concept de l’agriculture intelligente face au climat (AIC) propose des approches susceptibles d’atténuer ces risques. Depuis une vingtaine d’années, des chercheurs, des responsables politiques et des acteurs du développement s’intéressent aux aspects techniques de l’AIC et explorent des pistes pour relever le triple défi de la productivité, de l’adaptation et de la réduction des émissions et permettre l’adoption de pratiques climato-intelligentes.

Toutefois, la dimension sociale de l’adoption de ces pratiques, en particulier pour les femmes qui élèvent du bétail ou qui dirigent une entreprise, a reçu nettement moins d’attention. Certaines pratiques d’AIC peuvent réduire le temps que les femmes consacrent à des corvées, par exemple la plantation d’arbres pour disposer de bois de chauffage à proximité. Les implications de certaines pratiques d’AIC en matière de travail comptent – avec la sécurité des régimes d’occupation, l’accès au crédit et le niveau et les types de connaissances – parmi les facteurs déterminants que les femmes prennent en considération au moment de décider d’adopter de telles pratiques. L’évolution des tendances climatiques recèle également du potentiel pour de nouvelles entreprises, car certaines plantes seront plus faciles ou plus difficiles à cultiver à cause des changements de température et de régime de précipitation. Elle offre aux agripreneuses de nouveaux créneaux commerciaux en lien avec les trois piliers de l’AIC : la productivité, l’adaptation et l’atténuation.

Pour répondre à la question de savoir comment faire en sorte que l’AIC séduise les femmes dans la filière agricole, il est utile d’envisager trois moyens différents de convaincre les femmes d’adopter des pratiques d’AIC à plus grande échelle, sur la base des stratégies d’intervention « REACH », « BENEFIT » et « EMPOWER » (RBE) mises au point par l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires. Les interventions se différencient selon la mesure dans laquelle elles permettent d’améliorer la participation des femmes (« REACH »), d’accroître ce qu’elles retirent de leurs efforts (« BENEFIT ») ou de renforcer leur capacité de faire des choix de vie stratégiques et de concrétiser ces choix (« EMPOWER »). Analyser les projets de la sorte favorise l’adoption d’une approche plus délibérée à l’égard de la conception de programmes de développement visant à atteindre l’égalité entre les sexes et à autonomiser les femmes.

Dans le cadre de l’AIC, les interventions « REACH », c’est-à-dire les interventions destinées à atteindre les femmes, peuvent entre autres consister :

  • A diffuser des informations sur la météo et les marchés par les canaux de communication les plus accessibles aux femmes, par exemple la radio, la télévision et le téléphone portable, ainsi que lors d’entretiens individuels avec des agents de vulgarisation formés aux interactions avec les femmes. Le CTA aide, par exemple, World Vision à lancer un programme d’alerte météo au Mali qui prévoit l’envoi de textos à des chefs de groupe sachant lire qui sont chargés d’informer les membres de leur groupe du contenu des textos.
  • A présenter aux femmes et aux hommes de nouvelles variétés de plantes qui tolèrent mieux le stress lors de foires aux semences (par exemple du maïs résistant à la sécheresse, des arachides plus productives ou du riz résistant au stress), une composante du projet UPCSA que le CTA mène au Mali pour promouvoir l’adoption de pratiques d’AIC à plus grande échelle. D’autres projets ont pour but de faire en sorte que les semences soient vendues dans des volumes et à des prix abordables pour les femmes. Grâce au branding, les caractéristiques des espèces tolérantes au stress sont aisément reconnaissables.
  • A proposer des formations ciblées pour amener les femmes à diffuser les pratiques d’AIC et accélérer l’adoption de ces pratiques. C’est une composante du projet CLI-MARK du CTA, qui vise à aider des groupes de femmes pratiquant l’élevage à adopter de nouvelles techniques en vue d’améliorer la gestion des pâturages.

Les interventions « BENEFIT » permettent aux femmes de bénéficier d’une plus grande sécurité alimentaire ou de revenus plus élevés, ou encore d’être plus performantes dans les chaînes de valeur agricole. Ces interventions consistent à amener les femmes :

  • A entrer dans de nouveaux créneaux en rapport avec les activités du CTA, par exemple ouvrir des points de vente d’intrants agricoles qui vendent des semences tolérantes au stress ou des équipements qui réduisent la main-d’œuvre dans les techniques d’adaptation.
  • A se lancer dans l’agribusiness en profitant du changement climatique qui permet de cultiver de nouvelles espèces sur de nouveaux sites.
  • A entrer dans des chaînes de valeur de produits alimentaires d’origine animale (viande, œufs, produits laitiers, etc.) qui leur permettent d’améliorer la nutrition de leur famille et d’adopter des procédés de production ayant moins d’effets néfastes pour l’environnement.
  • A assurer leurs cultures ou leur bétail pour protéger leur investissement contre le changement climatique et les phénomènes climatiques dévastateurs. L’assurance-bétail indexée de l’Institut international pour la recherche sur l’élevage (IBLI) permet aux éleveurs de s’assurer contre les pertes d’actifs dues à la sécheresse. Ce programme se base sur des données satellitaires météo et une modélisation statistique pour déterminer les quantités de fourrage disponibles pendant une période déterminée. Des indemnités sont versées aux assurés dès que les niveaux de fourrage tombent sous un certain seuil.

Les interventions « EMPOWER » sont destinées à autonomiser les femmes, grâce à des projets spécialement conçus pour amener les femmes :

  • A faire des choix de vie stratégiques en vue de pérenniser leur activité de production ou de transformation dans la filière agricole.
  • A tirer des revenus et des avantages de l’adoption de l’AIC, un moyen de faire mieux entendre leur voix dans la prise de décision, à la fois dans leur foyer et leur communauté.

Comme les femmes deviennent une cible plus privilégiée des défenseurs de l’AIC, il est important d’aller au-delà de la production et de tirer parti de créneaux commerciaux sur la base des connaissances actuelles sur les conséquences potentielles de la variabilité climatique. Faire adhérer les femmes aux principes de l’AIC requiert l’adoption d’approches qui se renforcent les unes les autres : accorder une attention ciblée aux implications pour les femmes dans la conception des programmes d’AIC ; prendre en compte l’ergonomie pour les femmes dans le développement des pratiques d’AIC ; améliorer l’image des femmes à tous les niveaux dans les forums où des décisions sont prises à propos de l’AIC ; et donner des informations sur les créneaux commerciaux pour aider les femmes à prendre en toute connaissance de cause des décisions sur des investissements liés à l’AIC.

Cet article a été rédigé dans le cadre d’une initiative menée par le CTA visant à documenter et à partager les connaissances exploitables sur les approches agricoles efficaces pour l’agriculture des pays ACP. Il capitalise sur les connaissances, les enseignements et les expériences pratiques afin de documenter et d’orienter la mise en œuvre de projets axés sur l’agriculture pour le développement.

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