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Informations sur le marché agroalimentaire via téléphone portable : un outil, plusieurs impacts

Les services d’information sur le marché aide les agriculteurs à améliorer leurs décisions et à augmenter leurs revenus.

Wednesday, 28 November 2018 Mis à jour le Thursday, 29 November 2018

par Pierre Ricau - Senior Market Research Analyst, nitidæ , Hermann Tossou - Chargé de projets, TIC pour l’Agriculture, CTA , Osseni Senou - Stagiaire Appui technique et suivi-évaluation TIC pour l’agriculture, CTA et Marc Ghislain Bappa Se - Stagiaire TIC pour l’Agriculture, CTA

Un service d’information sur le marché via téléphone portable contribue à promouvoir la transparence au Sénégal, en permettant aux agriculteurs – y compris ceux qui ne sont pas abonnés au service – d’obtenir des prix plus justes pour leurs produits.

« La clé, c’est d’avoir du pouvoir de négociation. Avec ces SMS, nous nous sentons mieux armés et sommes plus confiants. Lorsqu’un bana-bana (intermédiaire) offre un prix inférieur à celui indiqué sur mon téléphone, je dis à tous les autres agriculteurs de ne pas vendre. Je laisse le bana-bana parler et, quand il a terminé, je lui indique que je connais le prix réel. »

Lamine Sagna, producteur de noix de cajou dans la région de Sédhiou, au Sud du Sénégal, a appris que savoir, c’est pouvoir. Il est l’un des agriculteurs – de plus en plus nombreux – à s’être abonnés à N’kalô, un service d’information sur le marché disponible au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, au Mali et au Sénégal, et qui a bénéficié du soutien du CTA durant sa phase d’élargissement. Le service envoie aux agriculteurs et aux organisations paysannes des bulletins hebdomadaires par téléphone, qui leur fournissent des informations précieuses sur la situation du marché et les tendances relatives à des cultures en particulier, y compris les prix qu’ils peuvent espérer.

Un réseau de collecte d’informations

Chaque semaine, l’équipe de N’kalô collecte des informations en téléphonant et envoyant des e-mails à un vaste réseau d’acteurs privés – agriculteurs, négociants, transformateurs – au niveau local et international, ainsi qu’en discutant avec eux sur WhatsApp. Après avoir analysé la situation du marché et les perspectives, l’équipe envoie des conseils à des milliers d’agriculteurs, principalement par SMS.

« Lorsque je reçois ces messages, je me sens plus fort. Je dis aux intermédiaires : “c’est à prendre ou à laisser. Si vous n’achetez pas, ce sera pour quelqu’un d’autre”, et ils n’ont pas d’autre choix que d’accepter », déclare André Sadio, un agriculteur de la région de Ziguinchor, au Sénégal, qui utilise le service.

N’kalô a notamment eu pour impact de permettre à tous les agriculteurs, y compris ceux qui ne sont pas abonnés aux bulletins, de faire de meilleures affaires. En effet, les négociants ne peuvent pas deviner quels producteurs reçoivent ou non les SMS. Par conséquent, ils n’osent pas proposer de prix trop bas, de peur de perdre leur crédibilité.

« Avant, nous recevions des informations uniquement de la part des intermédiaires, qui fixaient les prix entre eux », explique Karamouko Toure, producteur de noix de cajou de la région de Kolda, au Sénégal. « Aujourd’hui, le simple fait que le bana-bana, qui vient ici régulièrement, sache que nous recevons des informations via N’kalô contribue à garantir qu’il offre un prix plus juste dans tout le village. »

De meilleures informations sur le marché font gagner du temps et réduisent les frais de transport, puisque les négociations sont plus faciles et plus susceptibles de se conclure favorablement.

« Cela aide à accélérer les choses », affirme Bacary Mangdien, coordinateur de la coopérative de cultivateurs de sésame AJAC, dans la région de Sédhiou. « Nous négocions moins et les discussions se déroulent sur une base plus saine. »

Vendre ou ne pas vendre, telle est la question…

Les messages envoyés via N’kalô incluent des conseils et des prévisions basés sur l’évolution des prix, ce qui aide les agriculteurs et organisations paysannes à peaufiner leurs stratégies de commercialisation à court et moyen terme, et à décider s’il est judicieux d’attendre avant de vendre leurs produits.

La récente décision d’Ibrahima Diop, cultivateur de maïs, de reporter ses ventes en raison de la hausse prévue des prix en est un parfait exemple. « Cette année, nous avions un petit stock de maïs que nous avons conservé plus longtemps que prévu, parce que nous avions reçu des SMS nous prévenant d’une possible hausse des prix », déclare Ibrahima Diop, trésorier de la coopérative Yachalal, dans la région de Sokone. « Nous avons vendu notre stock en avril, à un bon prix (210 FCFA/kg ou 0.32 EUR/kg), ce qui a permis à la coopérative de faire des profits. » La Fédération nationale des producteurs de sésame (FENPROSE) a signé un contrat avec un exportateur étranger pour la saison 2018/2019, stipulant que les prix utilisés pour chaque transaction seront basés sur les chiffres de N’kalô.

Bon nombre d’utilisateurs de N’kalô signalent avoir de meilleures relations avec les clients tout au long de la chaîne de valeur, en raison de la grande disponibilité d’informations fiables et objectives sur le marché. Les dirigeants d’organisations paysannes indiquent que le service les aide à gagner la confiance de leurs membres et à lancer la discussion avec ceux-ci. Globalement, les agriculteurs sénégalais sont d’avis que le service d’informations sur le marché à créé un meilleur climat commercial.

« N'kalô me rappelle le proverbe chinois selon lequel “Quand un homme a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson” », observe Amath Diouf, cultivateur et négociant en noix de cajou dans la région de Sokone. « En effet, N'kalô apprend aux petits exploitants à comprendre les marchés. Mais le service les aide aussi directement, car les agriculteurs obtiennent souvent des prix plus élevés rien qu’en mentionnant les messages aux acheteurs. »

Cet article a été rédigé dans le cadre d’une initiative menée par le CTA visant à documenter et à partager les connaissances exploitables sur les approches agricoles efficaces pour l’agriculture des pays ACP. Il capitalise sur les connaissances, les enseignements et les expériences pratiques afin de documenter et d’orienter la mise en œuvre de projets axés sur l’agriculture pour le développement.

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