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La jeunesse, tremplin pour la transformation numérique du secteur agroalimentaire dans les pays ACP

Monday, 3 December 2018

par Rose Funja - Managing Director, Agrinfo Company Limited et Mamy Ingabire - Managing Director, CHARIS UAS

La technologie des systèmes aériens sans pilote (UAS ou drones) laisse entrevoir la possibilité de développer l'agriculture de précision, tout associant les jeunes à l’objectif d’augmentation de la production alimentaire, qui constitue un défi clé. Rose Funja et Ingabire Muziga Mamy – toutes deux à la tête d’une entreprise de drones en Afrique de l’Est – expliquent le potentiel de cette technologie pour l'agriculture et le soutien dont les jeunes ont besoin pour se lancer dans cette aventure.

Alors qu’en Afrique, les agriculteurs sont âgés en moyenne de 60 ans, les jeunes entrevoient la possibilité de se lancer dans ce secteur par le biais de l’e-agriculture. Des jeunes utilisent aujourd’hui les technologies numériques pour promouvoir l'agriculture de précision. Cette évolution témoigne de l’abandon des méthodes traditionnelles, où le choix et le calendrier des cultures et l’utilisation des engrais relevaient surtout de l’approximation. Les entreprises de drones utilisent désormais par exemple des engins sans pilote et des capteurs pour recueillir des données. Celles-ci sont ensuite utilisées par les agronomes pour conseiller les agriculteurs sur la façon d’assurer la santé de leurs cultures et d’appliquer les engrais afin d’obtenir des rendements plus importants et d’améliorer la qualité de leurs produits. L’arrivée d’un nombre croissant de jeunes dans ce secteur contribue par ailleurs à améliorer les revenus et à créer des emplois pour d’autres jeunes.

Le renforcement des investissements dans les technologies numériques, l’amélioration des politiques relatives à l’utilisation des drones et la sensibilisation des organisations paysannes encourageront les jeunes à adopter les technologies numériques et à se faire les champions de l’agriculture de précision.

Les changements climatiques sont en train d’influencer négativement la qualité des décisions agricoles fondées sur les connaissances traditionnelles et de saper l’autorité des aînés qui formulent habituellement les recommandations quant au choix et au calendrier des cultures. Les conditions météorologiques deviennent certes de plus en plus irrégulières, mais les TIC et la diffusion d’informations en temps réel peuvent permettre d’y remédier. Et les jeunes sont ici les mieux placés pour avoir accès à ces connaissances et les exploiter. C’est à ce niveau que les jeunes disposent d’un avantage comparatif potentiel, et peuvent avantageusement se lancer dans l’agriculture ou soutenir les activités de ce secteur.

Les services de drones sont fournis par des entrepreneurs qui investissent dans l'équipement, acquièrent les compétences nécessaires pour les exploiter, recueillent des données, analysent et interprètent les résultats et conseillent les agriculteurs. Ce genre d'entreprise et d’activités présente un réel attrait pour les jeunes diplômés. Les avantages sont multiples : saisie accélérée des données, amélioration de la qualité des produits et diminution du coût des intrants, grâce à l’utilisation d’analyses poussées pour l’offre de conseils sur la fertilisation ciblée des cultures.

Notre expérience dans le secteur émergent des drones, mis au service de l’agriculture africaine, nous a permis de mettre en avant l’importance d’une série de facteurs clés. Les voici :

Faire découvrir ces technologies aux étudiants dès l’adolescence. Pour que les jeunes se lancent dans l’agriculture numérique, il est impératif de les leur faire découvrir dès leur plus jeune âge. Il convient de leur apprendre comment elles peuvent être utilisées pour relever une série de défis dans le domaine de l’agriculture.

  • Solliciter le soutien et l’approbation des autorités officielles. L’exploitation des drones fait intervenir de nombreux secteurs dans le contexte africain : les autorités aéronautiques, le ministère de la défense et les autorités locales. Tous ces acteurs devraient être consultés pendant les phases de lancement du projet, afin de pouvoir contribuer au projet et à soutenir sa réussite.
  • Assurer un financement initial. Il y a lieu de prendre contact avec les partenaires du développement qui sont prêts à tester de nouvelles théories et qui s’intéressent de près aux thèmes de la jeunesse et du développement.
  • Identifier des stagiaires potentiels. Il s’agit de sélectionner les stagiaires dans le cadre d’un processus de mise en concurrence tout en les faisant participer au coût de cette expérience de formation. Le CTA a ainsi demandé aux propriétaires de start-up qui participent à des activités de formation sur les drones de contribuer au coût des drones et du matériel qu’ils emportaient avec eux à la fin de la formation. Il leur a également été demandé de s’engager à partager leurs expériences une fois la formation terminée et ce pendant un an.
  • Renforcer les capacités. La formation devrait être dispensée tant au niveau théorique que pratique, afin de que les stagiaires puissent effectuer les tâches de manière autonome.
  • Assurer le suivi et l’évaluation du projet pilote. Un suivi, une évaluation et un soutien devraient être offerts aux jeunes diplômés à l’issue de leur formation. En Afrique, le paysage agricole est dominé par les petits exploitants, qui ne sont pas toujours en mesure de payer directement pour les services offerts. Un business model novateur doit être mis au point pour que les jeunes développent une activité rentable. Il est important que pendant la phase pilote, ces jeunes puissent bénéficier d’un soutien pour que leur entreprise atteigne un certain seuil de stabilité.
  • Apprendre et reproduire ensuite le modèle. Tout au long du processus, il est essentiel d’assurer le partage des enseignements acquis et d’en tenir compte pour adapter le programme de formation et le modèle de renforcement des capacités.

Si l'Afrique veut avoir les moyens de nourrir une population toujours plus nombreuse, il va de soi qu’il faut impliquer les jeunes dans le secteur de l’agriculture et les associer au développement économique du continent. La numérisation de l'agriculture offre une réelle chance d’attirer les jeunes dans ce secteur. La technologie des drones offre par exemple une réelle chance d’augmenter la production alimentaire et de créer des nouvelles possibilités d’emplois à haute intensité de savoir dans les zones rurales, offrant aux jeunes diplômés des régions rurales une alternative à la migration. La prochaine étape critique consistera à mettre en place des programmes de renforcement des capacités pour les jeunes, afin de leur permettre de se lancer dans la fourniture de services de drones aux agriculteurs.

Cet article a été rédigé dans le cadre d’une initiative menée par le CTA visant à documenter et à partager les connaissances exploitables sur les approches agricoles efficaces pour l’agriculture des pays ACP. Il capitalise sur les connaissances, les enseignements et les expériences pratiques afin de documenter et d’orienter la mise en œuvre de projets axés sur l’agriculture pour le développement.

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