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Le mentorat, coup de pouce aux jeunes agripreneurs

La formation et le mentorat permettent aux jeunes agripreneurs d’apprendre à gérer leur entreprise et leur trésorerie.

CTA-MUIIS

Friday, 4 January 2019 Mis à jour le Sunday, 13 January 2019

par Clare Pedrick - Journalist and Communications Consultant Specialised in Development and Environmental Issues

Une idée lumineuse d’agribusiness ? Comment la concrétiser ? Se faire aider et conseiller par quelqu’un qui est passé par là peut être très utile, en particulier pour les jeunes entrepreneurs peu aguerris.

Le mentorat, c’est-à-dire l’accompagnement par un professionnel ou par quelqu’un qui connaît, pour les avoir vécus, les problèmes qui peuvent se poser au moment de la création d’une entreprise, peut faire toute la différence entre la réussite et l’échec pour les jeunes agripreneurs, en particulier dans les premiers temps.

Les participants à un atelier organisé par le CTA pour explorer l’esprit d’entreprise et la création d’emplois dans l’agriculture ont expliqué comment la supervision et l’accompagnement pouvaient aider les jeunes à acquérir les compétences requises pour créer et gérer un agribusiness rentable, susceptible de créer des emplois pour d’autres par la suite. Le soutien peut porter sur un large éventail de domaines, par exemple l’élaboration d’un business plan, le développement de produits, les aspects financiers et l’accès aux marchés.

« Lancer son entreprise peut être difficile. De nombreux jeunes ont de bonnes idées, mais il faut des compétences particulières pour transformer des idées en une entreprise viable », explique Tony Nsanganira, qui travaille au Ghana dans le cadre du programme de réduction de la pauvreté rurale de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Ce programme vise en particulier à promouvoir la création d’emplois décents en milieu rural pour les jeunes en Afrique grâce à l’agribusiness. « Il faut suivre une formation pour créer son entreprise, puis être régulièrement conseillé. Il faut non seulement aider les jeunes à gérer leur entreprise et leur trésorerie, mais également les exposer à la réalité des faits pour qu’ils puissent prendre leur envol. »

Des conseils pratiques, avec à la clé des résultats concrets

Au Kenya, des mentors professionnels ont aidé, dans le cadre du programme de la FAO, un groupe de jeunes femmes venant de créer leur entreprise d’agrotransformation à concevoir et à peaufiner leur business plan et à accéder au financement et aux marchés. Des conseils allant de la valorisation au conditionnement en passant par l’étiquetage de produits à base de fruits les ont aidées à développer un petit agribusiness rentable.

Idéalement, l’accompagnement devrait se poursuivre, avec des objectifs à atteindre régulièrement, disent celles qui ont reçu de cette aide. Litia Kirwin a bénéficié de plusieurs initiatives de mentorat, qui se sont révélées cruciales pour lui permettre de créer son entreprise de développement durable, Loving Islands, aux Fidji. Cette entreprise vise à garantir que les petites communautés insulaires puissent commercialiser leurs produits, dont de l’huile biologique de noix de coco, des cosmétiques, des bougies et des tissus.

« Personnellement, j’ai trouvé que le mentorat était réellement important, en particulier à mes débuts, car il m’a aidé à valider mes choix. C’est extrêmement précieux de recevoir des confirmations », explique Litia Kirwin (30 ans). Son entreprise en est à sa deuxième année et a déjà embauché trois personnes, toutes jeunes, et Litia Kirwin est désormais le mentor d’un agripreneur fidjien, un étudiant qui essaie de créer une petite pépinière à Suva. Le réseau de producteurs The Loving Islands Farmer Enterprise (LIFE) organise des formations en agriculture biologique et apporte un soutien au développement commercial et à l’accès au marché dans les communautés insulaires rurales.

Accompagner les agripreneurs

Lilian Mabonga, directrice des programmes de la fondation kenyane Ustadi, qui tire son nom du mot « compétence » en swahili, distingue clairement la formation du mentorat. Cette ONG établie à Nairobi est axée sur le développement des capacités des jeunes et des femmes en milieu rural dans un éventail de chaînes de valeur agricole et propose du mentorat dans quatre domaines essentiels, à savoir la planification, le financement, le marketing et le service à la clientèle.

« De nombreux jeunes échouent lorsqu’ils créent leur entreprise parce qu’ils n’ont pas bénéficié de mentorat, mais uniquement de formations, explique Lilian Mabonga. La formation ne suffit jamais à elle seule. Il faut un suivi pratique aussi. » Lilian Mabonga tient à rendre visite aux jeunes agripreneurs dans leur magasin ou autre point de vente pour voir comment ils s’y prennent avec leurs clients. Elle les suit aussi lorsqu’ils développent leurs produits, du début à la fin. Grâce à cela, plusieurs milliers de jeunes entrepreneurs ont réussi à financer leur initiative d’agribusiness dans 23 comtés au Kenya, dans diverses filières, notamment la volaille, l’ananas, le manioc et la noix de cajou, ainsi que dans la production d’énergie à base de déchets.

Le mentor peut être une personne plus âgée qui a une longue expérience, mais les jeunes entrepreneurs peuvent avoir des connaissances précieuses à se transmettre, selon Michael Sudarkasa, fondateur de la Global African Agribusiness Accelerator Platform (GAAAP), qui vise à aider des jeunes à créer leur agribusiness dans quatre pays d’Afrique.

« Je crois aux échanges intergénérationnels, mais aussi aux transferts de connaissances intragénérationnels. Cela peut par exemple impliquer de réunir de jeunes agripreneurs de différentes parties d’Afrique, que ce soit par l’intermédiaire de Snapchat, d’Instagram ou de WhatsApp, pour qu’ils partagent des solutions qui se sont révélées efficaces. »

Cet article a été rédigé dans le cadre d’une initiative menée par le CTA visant à documenter et à partager les connaissances exploitables sur les approches agricoles efficaces pour l’agriculture des pays ACP. Il capitalise sur les connaissances, les enseignements et les expériences pratiques afin de documenter et d’orienter la mise en œuvre de projets axés sur l’agriculture pour le développement.

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