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Regrouper les connaissances autochtones et scientifiques pour renforcer l’adaptation au changement climatique

Les agriculteurs sont encouragés à utiliser leur propres méthodes de prévisions météorologiques, basées sur les connaissances indigènes

CIAT

Thursday, 29 November 2018

par Olu Ajayi - Senior Programme Coordinator Agriculture & Climate Change

Le changement climatique constitue une menace majeure pour la sécurité alimentaire des populations rurales d’Afrique subsaharienne (ASS), où les conditions sont déjà très difficiles. La grande vulnérabilité des communautés rurales de la région s’explique surtout par le fait qu’elles dépendent de l'agriculture pluviale et des ressources naturelles.

Pour améliorer la capacité d'adaptation des agriculteurs d’Afrique subsaharienne et contribuer à protéger leurs moyens d’existence, il est impératif d’exploiter toutes les informations météorologiques et climatiques disponibles afin de les aider à mieux anticiper les risques, tels que la sécheresse ou les inondations, et à y faire face. Il existe deux grandes sources d'information sur le climat : les prévisions météorologiques officielles et les connaissances autochtones. Les premières se fondent sur les connaissances scientifiques et technologiques officielles pour prévoir les conditions climatiques. Les savoirs autochtones concernent en revanche toutes les connaissances accumulées au fil des générations par les communautés autochtones, qui servent de base à leur compréhension de leur environnement immédiat et à leurs interactions avec celui-ci.  Les agriculteurs se fondent sur les connaissances autochtones pour prévoir la météo au cours de la prochaine saison et utilisent ici de nombreux indicateurs environnementaux, comme le moment où certains arbres donnent des fruits ou le comportement des oiseaux et des insectes.

Malheureusement, le changement climatique perturbe le régime habituel des précipitations en Afrique subsaharienne et le comportement de ces indicateurs « autochtones » est de plus en plus imprévisible. Cette méthode de prévision météorologique risque donc de devenir moins fiable. « Il y a donc lieu d'identifier les différentes pratiques autochtones encore utilisées par les petits exploitants pour faire face au changement climatique en Afrique subsaharienne (ASS) et d’examiner dans quelle mesure ces savoirs traditionnels restent pertinents et exploitables dans le contexte actuel, compte tenu de la croissance démographique et du changement climatique, » explique Oluyede Ajayi, co-auteur de Indigenous Knowledge Systems and Climate Change Management in Africa (Systèmes de connaissances autochtones et gestion du changement climatique en Afrique) et coordinateur principal de programme du CTA, en charge du changement climatique.

Combler les lacunes des prévisions scientifiques

Les progrès au niveau des modèles culturaux et climatiques, l’amélioration des technologies de télédétection et l’accès aux bases de données spatiales sur l’environnement ne cessent d’améliorer la précision des prévisions météorologiques. Ces prévisions souffrent toutefois toujours d’incertitudes majeures en ce qui concerne la variabilité intra-saisonnière des précipitations. En outre, elles manquent souvent de précision et ou ne sont pas disponibles en temps réel, ce qui ne permet pas de répondre aux besoins des agriculteurs. En outre, les utilisateurs finaux d’Afrique subsaharienne, tels que les agents de vulgarisation agricole, les agriculteurs, les ONG et les décideurs, ne comprennent pas suffisamment bien les prévisions météorologiques saisonnières, ce qui les empêche d’en tenir correctement compte. Cette situation est liée non seulement à une mauvaise interprétation et une communication insuffisante des prévisions, mais aussi au fait que les agriculteurs n’ont pas suffisamment accès aux semences, aux engrais et aux équipements nécessaires pour s’adapter aux conditions météorologiques attendues.

Outre l'amélioration de l'accès des agriculteurs aux intrants et au crédit pour s’en procurer, l’organisation d’ateliers participatifs, qui visent à aider les agriculteurs à interpréter les prévisions saisonnières, est un moyen efficace d’encourager les communautés rurales à utiliser les informations climatiques. Toutefois, ces ateliers ne devraient pas seulement être utilisés pour transférer les connaissances scientifiques aux agriculteurs ; ils devraient également les inciter à compléter ces prévisions météorologiques scientifiques avec leurs méthodes autochtones de prévision, qui prennent en compte des paramètres et des échelles différentes. Alors que les prévisions météorologiques s’intéressent au volume total des précipitations dans des régions entières au cours d’une saison donnée, les prévisions autochtones se concentrent sur le type et le moment des précipitations dans des zones plus limitées. Les agriculteurs peuvent identifier les conséquences de différents régimes de précipitation sur leurs cultures, en fonction du moment où ces précipitations se produisent et de leur type. Ils doivent donc disposer de connaissances autochtones approfondies qui ne peuvent être fournies uniquement par la science.

Encourager la production commune de nouvelles connaissances

S’ils ont accès à des informations climatiques fiables et localisées, grâce à une combinaison de connaissances autochtones et de prévisions météorologiques, les agriculteurs sont en mesure de gérer leurs cultures et leur élevage de façon à réduire les risques lorsque la saison est défavorable et à exploiter les opportunités lorsque les conditions météorologiques sont favorables. Les communautés vulnérables et les institutions responsables de la gestion des impacts du changement climatique doivent coopérer pour réunir efficacement les informations dont elles disposent sur le changement climatique. Comme le souligne le Dr Ajayi, « il est important d’intégrer les connaissances dont disposent les agriculteurs, des connaissances qu’ils ont acquises en étant confrontés dans leur vie quotidienne aux conséquences du changement climatique. Il faut aussi identifier comment les planificateurs du développement peuvent les utiliser pour élaborer des politiques et stratégies appropriées qui soutiendront les efforts d’adaptation des agriculteurs.

Compte tenu des risques élevés liés au changement climatique et de son impact sur l’agriculture, il s’avère urgent d’élaborer des stratégies et de mettre au point des mesures qui favorisent la production conjointe de nouvelles connaissances. « Les politiques doivent être planifiées et formulées au travers d’un effort de recherche interdisciplinaire qui associe les détenteurs de connaissances autochtones et les scientifiques de diverses disciplines, » estime le Professeur Paramu Mafongoya, co-auteur de la publication du CTA sur les savoirs autochtones. « Nous devons aussi documenter ces connaissances afin que les communautés et d’autres acteurs puissent continuer demain à les utiliser. »

Les faiseurs de pluie des communautés nganyi de l'ouest du Kenya et les agriculteurs du village de Messa, au sud du Malawi, collaborent avec des météorologues afin de produire des prévisions météorologiques intégrées qui seront diffusées par des canaux autochtones et traditionnels afin de renforcer la résilience des communautés. Ces méthodologies transversales et interculturelles assurent une impartialité nécessaire à l'adaptation au changement climatique sur le terrain. Face aux défis du changement climatique et aux inconnues toujours plus nombreuses, les efforts visant à créer un dialogue constructif entre les populations autochtones et les scientifiques constituent une étape importante vers la prise de décisions fondées sur les meilleures connaissances disponibles.   

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