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Soutenir et diffuser une plateforme de commercialisation en ligne de produits agricoles en Afrique de l’Est

Les plateformes de commercialisation en ligne pour l’agribusiness peuvent améliorer de manière significative les performances.

Monday, 26 November 2018 Mis à jour le Thursday, 29 November 2018

par Samwel Rutto - Directeur régional des systèmes d’échange structurés, EAGC

Samwel Rutto, en sa qualité de directeur régional des systèmes d’échange structurés au sein de l’organisation Eastern Africa Grain Council, est notamment chargé de promouvoir des marchés structurés pour faciliter le commerce et de remédier aux problèmes d’efficacité dans l’industrie céréalière. Il partage son expérience, en matière de conception et de gestion d’un système électronique pour le commerce des céréales, pour éviter les pièges quand il s’agit de diffuser à plus grande échelle des plateformes de commercialisation pour l’agribusiness.

Les investissements dans des solutions numériques liées à l’industrie agroalimentaire dans la région d’Afrique de l'Est ont considérablement augmenté au cours de la dernière décennie. Cependant, peu de ces investissements se sont avérés viables après la phase pilote ou ont eu un impact durable. Beaucoup sont encore confrontés à des obstacles substantiels qui entravent la croissance. Mon expérience en matière de conception et de gestion d’un système électronique d’échange de céréales – le système GSoko, propriété du Eastern Africa Grain Council (EAGC) – m’a appris beaucoup de choses à propos du soutien et de la diffusion  des plateformes de commercialisation en ligne dans le secteur de l’agroalimentaire.

La phase de conception et de développement du logiciel est souvent longue - les financements doivent être étalés sur une période de 5 ans environ. Le développement de GSoko, par exemple, a duré 4 ans, principalement à cause de la nécessité de consulter régulièrement les utilisateurs finaux pour s’assurer que la solution était facile à utiliser et répondait à leurs besoins de commercialisation. Le système a dû être repensé et amélioré d’innombrables fois. Sans surprise, ce processus finit par coûter cher et a une incidence sur la diffusion des plateformes à plus grande échelle.

L’adoption de solutions numériques dans le secteur de l’agroalimentaire joue un rôle crucial pour déterminer la mise à l’échelle et la durabilité d’un projet. Cependant, le taux d’adoption subit les effets néfastes de difficultés techniques non prévues et non voulues, comme le manque de maîtrise des technologies de l'information et de la communication (TIC), en particulier chez les agriculteurs. Pendant le déploiement de GSoko, j’ai découvert que certains petits agriculteurs n’avaient jamais utilisé de téléphone portable Android et ne savaient donc pas comment utiliser le système. Les difficultés d’accès à Internet affectent également le fonctionnement des systèmes en ligne. Par exemple, la coopérative agricole ougandaise de Katine exporte des céréales au Kenya via la plateforme GSoko, mais la connexion Internet limitée a empêché ses membres de participer à certaines sessions d’échange en ligne.

En gérant la plateforme GSoko, j’ai compris que les plateformes régionales d’échange en ligne doivent être durables et viables sur le plan commercial. Cela implique de se doter d’un modèle économique qui génère des revenus pour compenser les obligations en termes de coûts. D’un autre côté, la génération de revenus dépend de la capacité de traitement du système/de la valeur et du volume des produits de base échangés chaque saison via le système. D’après mon expérience et un examen des autres plateformes présentes dans la région, les volumes échangés sont parfois trop faibles et irréguliers, tandis que les coûts du développement et de l’entretien des systèmes sont extrêmement élevés et dépassent souvent les bénéfices générés. Parmi les principales causes à l’origine d’une baisse des volumes échangés sur les plateformes en ligne que j’ai moi-même pu observer, il y a notamment les mauvaises conditions météorologiques et les sécheresses – qui font baisser les rendements –, le manque d’entrepôts liés aux agriculteurs pour le regroupement et des problèmes de qualité, comme des niveaux élevés d’aflatoxines, des récoltes de produits pourris, malades ou cassés, des variétés mélangées, etc. J’ai aussi constaté que le caractère saisonnier des cultures influe sur les performances des systèmes, en particulier des systèmes basés sur des cultures annuelles comme le maïs. De plus, les autorités et l’administration des pays d’Afrique de l'Est font souvent obstacle aux plateformes en ligne en imposant des taxes, des droits de douane et des réglementations pour les exportations.

Les activités de promotion et de marketing jouent un rôle de plus en plus important pour diffuser les plateformes d’échange en ligne à plus grande échelle : elles contribuent à étendre la clientèle et à augmenter le volume de produits échangés. Je pense que la gamme de services proposés et les frais facturés aux utilisateurs devraient être abordables, car la plupart des utilisateurs ne sont pas en mesure ou pas disposés à payer des montants élevés. Voilà pourquoi il convient de réaliser une analyse de la rentabilité assortie de consultations approfondies avec les parties prenantes pour fixer des frais raisonnables. Les agriculteurs se sont habitués à bénéficier de services gratuits, offerts par des organisations non gouvernementales et des donateurs, ils sont donc réticents à l’idée de mettre eux-mêmes la main à la poche. Tant les agriculteurs que les négociants peuvent refuser d’adopter une plateforme en ligne s’ils ont le sentiment que cette plateforme est trop complexe à utiliser. Enfin, l’existence de diverses plateformes concurrentes qui ciblent les mêmes utilisateurs – en particulier les agriculteurs – peut également avoir une incidence sur l’adoption des solutions numériques.

Je suis convaincu que les plateformes de commercialisation en ligne peuvent contribuer de manière significative à l’amélioration des performances, de la compétitivité et de la rentabilité des agro-entreprises. Cependant, les difficultés liées à la conception de ces systèmes, à leur production de revenus et à leur adoption ont un impact négatif sur leur mise à l’échelle et leur durabilité. C’est pour cette raison qu’il est essentiel, lorsqu’on investit dans des solutions numériques liées à l’agriculture, de réfléchir à des modèles économiques qui présentent un intérêt manifeste pour les utilisateurs. De même, il est crucial d’associer les utilisateurs potentiels au processus de conception afin de développer des solutions faciles à utiliser et de diversifier la gamme de produits agricoles couverts par la plateforme. Négliger l’un de ces aspects risque de compromettre l’avenir à long terme de la plateforme d’échange en ligne elle-même, ainsi que les avantages potentiels pour ses utilisateurs. 

Cet article a été rédigé dans le cadre d’une initiative menée par le CTA visant à documenter et à partager les connaissances exploitables sur les approches agricoles efficaces pour l’agriculture des pays ACP. Il capitalise sur les connaissances, les enseignements et les expériences pratiques afin de documenter et d’orienter la mise en œuvre de projets axés sur l’agriculture pour le développement.

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