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Fairfood se lance dans la blockchain

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Fairfood, une ONG néerlandaise, s’est donné pour objectif de contribuer à la réalisation de six des 17 Objectifs de développement durable. Lonneke Craemers, en charge du développement commercial et de la gestion de projet, détaille comment la technologie de la blockchain leur permet d’apporter leur contribution.

Transformer l'industrie alimentaire

L'industrie alimentaire est confrontée à des défis environnementaux et d’injustice sociale, comme les faibles revenus des petits agriculteurs des premiers maillons de cette chaîne de valeur. Le système alimentaire de Fairfood dépend d'environ 70 à 80 millions de petits exploitants agricoles qui vivent actuellement sous le seuil de pauvreté. Ce phénomène est à l’origine d’autres problèmes de développement, comme le travail des enfants.

L’approche choisie par Fairfood est la suivante : rechercher des solutions qui profitent à tous les acteurs des chaînes agro-alimentaires en mettant au point des méthodes innovantes et entrepreneuriales pour faire le lien entre ces acteurs afin de parvenir à un changement durable. La blockchain est l’une de ces solutions. Cette technologie peut en effet contribuer à instaurer une relation de confiance entre les acteurs de la chaîne agro-alimentaire, par exemple en permettant le contrôle des accords et des exigences, sans qu’il ne soit nécessaire de partager ou de divulguer des informations sensibles à une autorité centrale. La décentralisation des données permet aux entreprises, mais aussi aux agriculteurs, de mieux revendiquer la propriété des produits tout en améliorant la transparence et l’efficacité des flux de production et de données tout au long de leurs chaînes respectives.

Tous les acteurs d'une chaîne d'approvisionnement, y compris les consommateurs, sont ainsi connectés entre eux et peuvent examiner les transactions des autres acteurs de la blockchain. Les données des différentes transactions sont stockées dans un registre numérique public. Les données de la blockchain ne peuvent être modifiées et toute anomalie éventuelle peut donc être détectée ou résolue. Pour Fairfood, l’avantage de cette technologie réside surtout dans le fait que les producteurs des premiers maillons des chaînes agro-alimentaires peuvent être identifiés, revendiquer la propriété de leurs produits, renforcer leur pouvoir de négociation et avoir accès aux marchés et aux informations qui les intéressent.

Apprendre par la pratique

Fairfood a été la première organisation aux Pays-Bas – et une des premières au monde – à mettre la technologie de la blockchain au service des chaînes agro-alimentaires. Elle l’a d’abord utilisée pour la filière de la noix de coco, en 2017. L’ONG a pu faire preuve d’une transparence totale pour le millier de noix de coco qu’elle avait importées : lieu(x) d'origine, prix payé et prix équitable certifié. Le système a même permis aux agriculteurs de confirmer s’ils avaient bien reçu le prix convenu – un avantage incontestable. Agissant en tant qu’acheteur, Fairfood a conclu des accords avec le fournisseur de noix de coco prévoyant qu’elle n’achèterait la production qu’après que tous les agriculteurs aient bien reçu le prix convenu.

Fairfood a ensuite adapté la structure de la blockchain pour deux autres entreprises - en utilisant la transparence des données rendue possible grâce à cette technologie pour développer des chaînes de valeur du café basées en Ethiopie et en Colombie. Fairfood a pu confirmer les exigences et la qualité en créant une interface consommateur permettant au consommateur final de « remonter la chaîne », visualiser le nom et l’origine des producteurs de « leur » café et s’assurer que ces derniers avaient bien reçu le prix plus élevé convenu pour leurs cerises de haute qualité.

Fairfood développe le logiciel avec chaque projet et espère rendre cette technologie plus accessible à tous les acteurs du secteur. Fairfood travaille actuellement avec l’entreprise familiale néerlandaise Verstegen Spices & Sauces sur le traçage d’un lot de noix de muscade originaire d’Indonésie. Pour Verstegen, une entreprise soucieuse d’assurer la transparence de toutes ses filières, l’utilisation de la blockchain a pour principal avantage de permettre aux petits producteurs de vérifier le prix reçu pour leurs produits.

En pratique

Un peu de théorie à présent. Les agriculteurs participants reçoivent un portefeuille numérique dans lequel leurs produits sont identifiés. Tous leurs produits – ou lots de produits – se voient attribuer un « jeton ». Ce jeton suit alors un parcours numérique parallèle au parcours réel du produit ou des lots. En cours de route, le jeton amasse de la valeur et des informations qui peuvent être partagées ou utilisées pour vérifier les accords et le respect des exigences. Il est ainsi possible, à n’importe quel moment du processus, de remonter jusqu’au produit – grâce à son jeton – et à l’agriculteur. L'étape suivante – la plus intéressante – est celle où la valeur et les informations accumulées reviennent directement à l'agriculteur.

Tous les agriculteurs ne possèdent évidemment pas un smartphone mais il est possible de contourner ce problème. Dans le cas des producteurs de noix de muscade indonésiens, Fairfood vérifie que les agriculteurs ont reçu le prix convenu en leur envoyant un sms et en leur attribuant un hot wallet. L'entreprise conserve la clé cryptée de ce portefeuille et envoie un SMS sur le portable (qui n'est donc pas un smartphone) de l’agriculteur. Lorsqu'un agriculteur a livré ses produits, il reçoit un SMS permettant à l’entreprise de vérifier les quantités et le paiement du prix, par exemple « Vous avez vendu (x) kilos et devriez recevoir (y). Avez-vous reçu ce montant ? » La réponse de l'agriculteur est enregistrée sur la blockchain et est accessible publiquement.

Un petit conseil

La blockchain n’en est encore qu’à ses débuts. De obstacles pratiques et techniques doivent encore être surmontés, notamment l'accès insuffisant des agriculteurs aux smartphones et à l’internet. Toutefois, s’agissant des principales limitations actuelles de la blockchain, l’innovation est déjà en marche et les avancées sont rapides. Mon conseil à ceux et celles qui souhaitent franchir le pas ? Allez-y, ne compliquez pas les choses, développez vos connaissances et foncez. Il ne s’agit pas de rester sur la touche !

Cet article fait partie d'une série d'études de cas sur les applications blockchain pour l'agriculture, menée par l'Université de Wageningue pour le CTA. Retrouvez les autres études de cas sur cette page : https://www.cta.int/fr/blockchain.

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